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“TU AS AIMÉ LE LIBAN ?”, ÉPISODE #12

27/05/2021

“Tu as aimé le Liban ?”, c’est cette phrase que les Libanais répètent inlassablement à chaque Français venu les visiter. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’archétype d’une traduction trop littérale, injustement conjuguée, représentative du multilinguisme qui caractérise le pays. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’expression d’une hospitalité envers le visiteur, mais aussi le reflet de préoccupations concernant la situation politique, économique et sanitaire. Oui, on a aimé le Liban, mais on l’aime encore, et on l’aimera.

 

 

TU AS AIMÉ LE LIBAN ? 

 

Yaël :

 

Le Liban, terre de paradoxes 

 

« Un mélange d’horreur et de splendeur », « de magnifique et de maléfique », « qui nous fait du bien mais aussi beaucoup de mal ». « Ce pays qu’on adore mais duquel on a besoin de s’éloigner ». Lorsque, lors de nos interviews, la question du rapport au Liban se pose, tous les Libanais évoquent les contradictions, les paradoxes, la dualité de ce pays dont ils sont pourtant passionnés. Cet amour mais aussi cette haine pour la terre de toutes les incertitudes. Ils ont grandi dans une succession de difficultés, bercé par les récits d’un temps glorieux mais passé.

 

Beyrouth, tu es à la fois ouverte et fermée, fascinante et repoussante. Tu les agaces autant que tu les retiens ici. Tu les accompagnes où qu’ils soient. Je me suis surprise, parfois, à être ridiculement, stupidement jalouse. Jalouse de ne jamais pouvoir connaître de sentiments aussi forts envers mon pays, parce que le confort, aussi agréable soit-il, provoque l’ennui. Jalouse d’une relation pourtant toxique, destructrice, mais qui fait vivre, qui fait ressentir. Je crois que si l’on peut t’accorder une chose, c’est que tu ne laisses personne indifférent.   «Mais qu’est-ce que vous faites là? Pourquoi êtes-vous venus au Liban ? » C’est cette question que l’on nous pose sans cesse, en riant. Et bien je crois que c’est pour se sentir vivants.

 

TU AS AIMÉ BEYROUTH ?

 

Emma :

 

L’exercice auquel je me prête ici vise à rendre compte de situations particulières, aperçues dans les rues de Beyrouth. A la manière d’un scénario, il s’agit de décrire des prises de vue délibérément microcosmiques qui ont su retenir mon attention par leur singularité et qui racontent le Liban sans trop en dévoiler. 

 

Un terrain vague à Ras el Nabeh. Autour, des murs peints en un rose dégarni. Des nombres y sont inscrits à la peinture, pour délimiter ce qui se trouve être des places de parking. Seulement deux ou trois voitures sont garées. Au milieu du terrain, une table pliante et une chaise en plastique. Un homme y est installé. Le soleil tape. L’endroit est désert. 

 

Un monsieur, la cinquantaine, propre sur lui. Au supermarché. Il a deux boites de thon dans la main. Il demande le prix de l’une, puis d’une autre. Il ne peut se permettre d’en acheter aucune. 

 

Gemmayzé. A Pâques. Une procession de voitures défile. En tête, une des automobiles est parée d’un gigantesque Christ crucifié. Une autre diffuse des chants religieux grâce à un haut-parleur dont le volume sonore empêche toute conversation. 

 

A Tripoli. L’entrée des souks. La place attenante à la mosquée. Beaucoup d’enfants. Certains jouent sur des balançoires. D’autres boivent une limonade. D’autres encore, paradent, faux pistolets à la main. Aux voitures et passants, ils crient « Thawra! Thawra ! ». 

 

Sur le palier d’un building d’Achrafieh. Un gardien d’immeuble, en uniforme, discute avec une bonne sœur. Sa cornette, blanche et bleue, est soyeuse et vole au rythme du vent. Sa peau est marquée par le temps qui passe et les saisons qui défilent. 

 

Sur l’autoroute. Quatre files. Les voitures circulent, à toute allure. Une mendiante, syrienne. Elle doit avoir dix ans, pas plus. Elle traverse, sereine. Lentement, elle arrive sur le trottoir qui sépare les voies. Elle s’assoit. Imperturbable. 

 

Tripoli encore. Quelques familles embarquent pour une balade en mer sur un des bateaux touristiques du port. Les femmes sont voilées, ont des jupes longues et parfois des gants. Les jeunes filles portent du vernis, des crop tops et trémoussent épaules et ventres sur les hits libanais. 

 

TU AS AIMÉ LES DIMANCHES ?

 

Ce dimanche, nous avons vécu le rêve de tout bobo qui se respecte. On aurait presque cru avoir trente ans, un job dans une start-up et un intérieur de magazine. 

D’abord, une balade revigorante, d’une quarantaine de minutes, de Sodeco à Mar Mikhaël. Arrivées à destination, on s’attable à Beyt, un café/restaurant niché dans un immeuble typiquement beyrouthin. Tout a été reconstitué à la façon d’un appartement : on commande à la cuisine, chacun s’installe sur la terrasse, dans le salon, sur la table de la salle à manger ou bien sur le balcon. Paradis du mouneh - une pièce est dédiée à l’épicerie -, les boissons et gâteaux sont fait-maisons. L’endroit opportun pour bouquiner. 

 

Et pour la suite de cette journée ensoleillée, quoi de mieux que d’aller au marché. Direction Souk el Tayeb pour la deuxième édition de Souk El Kotob, où sont exposés de nombreux stands. Les livres, les vinyles, les illustrations, et toutes sortes de produits bio foisonnent sur les étals. On sirote une limonade et on feuillette la dernière parution de The Art of Boo. On repart avec un exemplaire de l’essai photographique de Gregory Buchakjian, un livre de Mazen Kerbaj, un carnet et de la lessive. 

On rentre cuisiner, une sauce tomate maison pour l’une, une tarte aux légumes pour l’autre. On se couche, se surprenant presque à rêver d’avocado toast dans une assiette en céramique. Promis, demain, on revient à la réalité. 

 

 

Face à une situation déroutante, les Libanais vous diront « C’est le Liban », façon de vous expliquer que si vous pensez avoir compris le Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. Mais on cherchera, du mieux qu’on peut, à le déchiffrer : 

 

Leçon n°12 : Prêtez attention aux détails, ils sont souvent révélateurs. 

 

Nos coups de cœur de la semaine

 

- Le désormais classique Arabe du Futur de Riad Sattouf. Décliné en cinq - bientôt six - tomes, ces bandes dessinées retrace l’histoire de l’auteur et de son enfance au Moyen Orient.

 

- Dans Le Chemin vers Roma, Alfonso Cuaron revient sur les souvenirs, les détails d’époque et les choix artistiques qui l’ont mené à la création et la réalisation de Roma, multiplement primé.

 

- A l’occasion de la 6ème saison de Zyara, on vous recommande cette touchante web série libanaise qui vous emmène à la découverte du Liban et des Libanais pour partager leurs histoires, leurs souvenirs, leurs peurs, leurs traumatismes mais aussi leurs rêves.

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