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Transit Tripoli : Un vibrant tangage

18/03/2024|Maya Trad

C’est une pièce chargée et intense qui charrie dans son flot la puissante question existentielle du sens d’une vie prise entre deux. Entre deux états ou entre deux rives. Entre la réalité et l’ivresse. Ou une vie en dérive. Et qui questionne de manière philosophique le thème du passage. Être en Transit, c’est être ni en partance, ni en résidence, mais en attente, ni ici, ni ailleurs, mais dans un sas. C’est peut-être tout simplement ne pas être. C’est cette question très Shakespearienne, que Caroline Hatem aborde dans sa libre adaptation en langue arabe du roman Allemand de Anne Seghers : Transit, dont elle fait : Transit Tripoli. Elle y transpose l’action du port de Marseille dans les années 40 dans le port de Tripoli d’aujourd’hui et choisit de prêter à son acteur de prédilection, Joseph Akiki, l’accent d’un réfugié Syrien qui nous livre dans une performance extrêmement puissante et incarnée son récit, accompagné en arrière fond par la musique Rock/ électro du compositeur Rabih Gebeile.

 

Des origamis de bateaux de papiers sont jetés çà et là sur le plancher de la scène. Un homme est échoué sur ce rivage imaginaire, une bouteille d’arak à la main. C’est ainsi que s’ouvre ce spectacle, comme une invitation au voyage, ou plutôt au naufrage. En tout cas au tangage. Le jeune homme semble chercher un horizon, mais il est comme sur un radeau, dans cette attente oisive, pris dans les affres des administrations qui sont la triste réalité des réfugiés. Il raconte son histoire, nous emportant au fil de son récit, avec un jeu techniquement très maitrisé qui surfe sur une large palette dramaturgique allant du comique à la tragédie. Mais les origamis restent d’abord un jeu d’enfant, tout comme ce personnage que Caroline Hatem a choisi exprès entre deux âges. « C’est l’histoire d’un jeune homme qui est une sorte de Peter Pan, qui ne s’attache à rien, qui change, qui a des humeurs, des envies et qui s’est trouvé en chemin deux ou trois idéaux auxquels s’attacher : Le premier c’est son pays, la Syrie, la deuxième c’est l’Amour et la troisième la littérature ». Ainsi, il nous raconte comment, par un curieux hasard, il retrouve le manuscrit abandonné d’un célèbre écrivain, Ramez Sleiman, qui s’est donné la mort par désespoir d’amour et d’asile. Ramez Sleiman est ici le substitut ou le double de l’ami d’Anne Seghers, le philosophe Walter Benjamin qui s’est lui aussi donné la mort. 

L’acteur seul en scène nous amène au fil de son récit de Beyrouth à Tripoli. La deuxième partie fait basculer la pièce dans une quête d’amour impossible. Caroline Hatem signe là une pièce exigeante et engagée dans laquelle elle trouve un souffle de vie pour parler de sujets graves et nécessaires, comme la question philosophique de savoir quoi faire quand l’Histoire s’abat sur nous ? « Comment les gens réagissent et tiennent face aux évènements et circonstances qui questionnent leur humanité profonde ». Comment faire bouger son propre bateau en quelque sorte quand on est dans une situation stagnante ? Où trouver la force de croire en quelque chose ? Pour elle la question est dans la manière avec laquelle le personnage de la pièce se laisse aller au gré du courant à l’instant présent. « La plus grande liberté c’est d’être au présent, d’être dans cet équilibre instable qui permet d’aller dans toutes les directions ». En refusant de s’inscrire dans l’action et en choisissant le non passage à l’acte, le jeune homme fait le choix de déployer ses ailes uniquement dans le présent quitte à laisser filer les occasions, ce qui est là la plus grande liberté de non action. 

Cofondatrice du collectif Yazan en 2018, Caroline Hatem a aussi fondé un programme qui leur permet de tourner dans les régions du Liban, la Bekaa, Tripoli… et trouver dans les publics une très grande gratitude et une soif pour les spectacles vivants. « Aujourd’hui Beyrouth ne m’émeut plus de la même façon qu’avant alors que Tripoli a une créativité vivante malgré la douleur … » 

 

Pour en savoir plus, cliquez ici

 

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