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Rencontre avec Ibrahim Tabet

23/01/2020

Pourquoi avoir voulu écrire ce livre ?

Féru d’histoire, c’est après avoir écrit sept ouvrages historiques que j’ai décidé de m’atteler au récit de la saga des Tabet, sur la suggestion de ma sœur. Au départ mon idée était de raconter seulement celle de la branche de Beyrouth de la famille dont je suis issu. Puis j’ai décidé d’aborder aussi la chronique de ses branches de Bhamdoun et de Deir-el Qamar malgré la difficulté de la tâche. 

 

Bien que l’histoire des Tabet figure dans des livres en arabe sur l’histoire des familles libanaises et qu’il existe une biographie d’Ayoub Tabet (chef de l’Etat à l’époque du mandat), les archives la concernant sont rares et il y a des contradictions entre certains récits provenant de la tradition orale. J’ai pu cependant obtenir les arbres généalogiques des trois branches de la famille et recueillir les témoignages écrits ou oraux de plusieurs de ses membres ; en particulier de l’ambassadeur Joy Fouad Tabet qui m’a permis de consulter ses archives et m’a fourni des photos et de précieux renseignements. 

 

A quand remonte l'histoire de votre famille ?

Selon le livre de Mgr. Louis el-Hachem sur l’histoire d’Akoura et notre tradition familiale, l’origine des Tabet remonte à un ancêtre qui vivait au VIIIe siècle dans ce village reculé de montagne de la région de Jbeyl, bastion de la communauté maronite. Appelé Ya’coub Al Maradi Al Akoury, c’était un émir des Marada, communauté de guerriers chrétiens qui se joignirent aux Maronites. On perd toutefois un peu la trace de ses descendants car jusqu’au XVIe siècle l’histoire de la famille est très peu documentée et repose uniquement sur la tradition orale. Sous le règne de Fakhredine Ier ses descendants émigrèrent à Deir el-Qamar et à Bhamdoun. Puis l’un d’entre eux, Ibrahim Tabet, mon aïeul, venant de Saïda, s’établit à Beyrouth en 1725. A partir du XIXe siècle plusieurs membres de la famille firent parties des vagues d’émigrants libanais qui essaimèrent sur les cinq continents. Politiciens, diplomates, hommes d’affaires, membres des professions libérales, écrivains ou religieux, de chacune des trois branches de la famille sont issues des personnalités qui se sont illustrées dans leurs domaines. 

 

L'écriture du livre vous a-t-elle donné un nouvel éclairage sur l’histoire contemporaine du Liban ?

J’évoque les bouleversements dramatiques qui ont influencé le destin de nos aïeux et le nôtre, alternant avec des périodes de paix et de prospérité. Les événements tragiques de 1860 et la famine qui a décimé la population du Mont-Liban durant la Première guerre mondiale. L’âge d’or des trente premières années du Liban indépendant, suivi de sa descente aux enfers entre 1975 et 1990 qui a jeté beaucoup de Libanais sur le chemin de l’exil. Leur dynamisme qui leur a permis de briller à l’étranger. La destruction du centre-ville de Beyrouth et d’autres lieux de mémoire.  Sa reconstruction et le visage contrasté qu’offre aujourd’hui le pays : miné par la corruption et le confessionnalisme, mais plein de charme et débordant de vitalité. Le livre parle aussi des Tabet de la diaspora, en particulier de l’Égypte de la belle époque d’avant la révolution qui fut la deuxième patrie de beaucoup d’entre eux. Il ne cite évidemment pas tous les membres de notre nombreuse famille répartie sur les cinq continents, mais uniquement ceux dont la biographie figure dans les livres d’histoire ou sur la toile, de mes proches et de ceux qui m’ont raconté leurs souvenirs. 

 

Quelle est votre anecdote préférée ?

Je la tiens de Joy Fouad Tabet qui elle-même lui a été racontée par son père. Elle se situe en 1917 lors d’une entrevue historique entre Jamal pacha et Mgr. Elias Howayek au domicile de son grand-père, Khaled Tabet, à Bhamdoun. Ce dernier était l’oncle maternel de Zalfa Tabet, future épouse du président Camille Chamoun. Celle-ci qui avait sept ans à l’époque logeait chez lui, sa mère anglaise, donc ressortissante d’une puissance ennemie de la Porte, ayant été déportée en Turquie. Sachant que Jamal pacha était responsable de sa déportation elle demanda à son oncle si elle pouvait plaider sa cause auprès de lui. Khalef Tabet lui conseilla d’aller lui offrir un bouquet de fleurs. « Qui est cette jolie petite fille ? » demanda Jamal Pacha quand elle entra dans le salon. L’ayant fait asseoir sur ses genoux, elle l’implora en lui caressant la barbe : « rend-moi ma maman s’il-te-plait ! », ignorant qu’elle était déjà malheureusement morte du typhus en Anatolie 

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