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Lumineux Laurent Gaudé

06/10/2023|Maya Trad

Aussi inspirant qu’inspiré, Laurent Gaudé nous emporte dans l’épopée de son imaginaire. De La mort du Roi Tsongor à Chien 51, sa littérature très ancrée dans la dramaturgie nous donne à voir et en entendre des romans vivants, amples, polyphoniques qui se dévorent comme des contes pour adultes. 

Si ses thèmes sont sombres et ses personnages écorchés, sa plume elle, est extrêmement solaire et incarnée. 

 

Parisien de naissance, c’est pourtant loin de Paris et de son paysage urbain que l’imagination de Gaudé va puiser ses histoires. Sa plume s’immerge dans une Antiquité africaine imaginaire (La mort du Roi Tsongor), la terre brûlante des pouilles (Sous le soleil des Scorta), la nature déchaînée de la Nouvelle Orléans (Ouragan). Elle prend racine en Sicile (Eldorado) et entremêle les champs de bataille des héros militaires Américains, Carthaginois ou Ethiopiens (Écoutez nos défaites) pour finir dans une Grèce éclatée, dystopique (Chien 51). « Ce que j’aime dans l’écriture c’est cette capacité de projections qui ne sont pas les miennes, je n’aime pas considérer la page comme le lieu de la confession de ma vie. Je ne sais pas faire ça, ce n’est pas mon territoire. Alors que, envisager une réalité assez lointaine et profiter du travail d’écriture pour s’en approcher, ça m’intéresse beaucoup plus. Il y a un fantasme sur l’ailleurs, un plaisir de l’imagination. Je ne sais pas écrire sur le quotidien, ça m’ennuie, je n’ai pas envie de parler de moi, ça ne m’intéresse pas. La période de Covid a été pour moi très peu fertile, je me sentais asséché. J’ai besoin de voyager, même si ce ne sont pas de longs voyages, ça me permet d’attraper des choses et d’y revenir après». 

 

C’est une littérature prenante qui embarque son lecteur dans une action narrative dramaturgique, qui donne à voir et à sentir les nombreux personnages qu’elle incarne. Personnages historiques (Alexandre le Grand, Hannibal, Selassié, Grant…) ou fictifs, ils sont toujours en prise à des désastres réels ou intimes. Des tragédiens qui se trouvent au bord d’une certaine forme de rupture ou de folie. Gaudé leur prête à chacun une voix singulière, puissante, humaine. « Plus le temps passe et plus je me rends compte que je travaille de la même manière que ce soit pour le Théâtre ou pour le Roman avec à un moment donné le passage obligé de lire le texte à voix haute. Je pense que j’écris pour la voix. C’est cette chose- là qui m’a fait aller vers le théâtre. C’est cette question d’oralité que je décline au Roman, et même dans la poésie. Je me suis rendu compte que je savais très rarement à quoi ressemblaient mes personnages de roman, je suis incapable de dire si ils sont blonds, bruns, si ils ont une moustache ou portent des lunettes. Ce sont des éléments que je ne précise pas dans mes livres. Ce qui m’aide c’est d’essayer de trouver comment mon personnage parle. Quand je suis content d’un personnage c’est parce que je suis content d’avoir trouvé sa parole ». 

 

Attiré par cet ailleurs, Laurent Gaudé puise ainsi son inspiration autant dans son imaginaire que dans les sujets forts de l’actualité et adapte ses dispositifs littéraires pour servir ses sujets. Des grandes catastrophes, comme la tempête Katarina en Nouvelle Orléans ou les immigrations clandestines en Sicile, donnent lieu à des récits polyphoniques où les voix des personnages s’entremêlent autour d’un même événement « Quand il y a un événement fort, une fatalité qui tombe sur un endroit du monde ça permet de créer un Nous, un socle. Quand est ce qu’on cesse d’être un individu et qu’on fait partie d’un Nous ? Je m’empare de ces événements qui font basculer la colère et la rendent collective. Une foule devient un peuple. Ce sont des moments passionnants, tragiques, douloureux. Même dans le Soleil des Scorta qui ne fait pas partie de mes romans polyphoniques, il y aurait aussi ce même rapport à cet effacement de l’individualité qui m’intéresse beaucoup à moi en tant que Parisien». 

C’est donc avant tout nous l’aurons compris, l’imagination ainsi que l’oralité qui donnent forme à l’énergie dionysiaque de ses épopées. « A ma grande surprise j’ai retrouvé dans l’écriture de Chien 51 des points communs assez forts avec celle du Roi Tsongor, alors qu’ils sont aux antipodes temporels. L’un est dans l’Antiquité et l’autre dans le futur, mais ils me donnent tous les deux la même carte blanche, je peux tout inventer, et ça c’est le plaisir de l’imagination. Ça fait d’ailleurs des écritures assez joyeuses pour moi dans le plaisir d’inventer » 

 

Quant à la question de savoir si un jour il pourrait se tourner vers un sujet moins sombre que les guerres, les catastrophes et les drames il nous dit : « J’ai beaucoup d’admiration pour la comédie et ceux qui y parviennent, mais ce n’est pas vraiment par choix que moi je me suis tourné vers la tragédie. C’est un peu comme les peintres, chacun a sa palette. J’ai besoin d’avoir la question de la tragédie qui s’invite dans le récit, peut-être parce que ce basculement tragique débarrasse mes personnages du quotidien, les dépouille de ce qu’ils sont, mais qui sait, peut-être que dans 10 ans je serai plus léger »  pour conclure dans un sourire plein de charme « Je détesterais être un auteur accablant ».

 

Consultez le prgramme de Beyrouth Livres en cliquant ici

 

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