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L’insoutenable légèreté de notre civilisation

15/04/2020|Ibrahim Tabet

La pandémie du coronavirus souligne non seulement “ l’insoutenable légèreté de l’être” mais de notre civilisation postmoderne et postindustrielle.  Est-il concevable que, malgré les progrès de la médecine, nous soyons réduits à nous calfeutrer chez nous pour prévenir la propagation de la maladie ? Que resurgissent les grandes peurs, comme celles que provoquait la peste au Moyen-âge ? Grandeur et misère de la condition humaine ! Les dieux ont-ils voulu punir les hommes d'avoir voulu les égaler après les avoir mis à mort ? L'avènement d'un " Homo deus" prophétisé par Shlomo Sand paraît bien lointain face au cataclysme viral de dimension biblique qui frappe aujourd’hui l’humanité.  

 

L’histoire nous apprend qu’après les grandes crises il n’y a jamais fermeture de la parenthèse. Il y aura certes un jour d’après. Mais l’ampleur de la crise économique, sociale et politique pourrait nous mener vers un monde différent. A cela s’ajouter les risques d’une crise morale comparable à celle qui s’est produite après chacune des deux guerres mondiales qui ont été un choc pour l’idée de progrès et de la croyance en un monde meilleur. Il a suffi d’un grain de sable pour gripper le mécanisme de notre économie mondialisée ; plus fragile parce que plus interconnectée que par le passé. Le Fond Monétaire International estime même que le coronavirus pourrait engendrer les pires conséquences économiques au niveau mondial depuis la grande crise de 1929. Cette récession va probablement freiner le processus de mondialisation, et de libre circulation des biens. Elle risque d’exacerber la guerre économique entre la Chine d'une part et les Etats-Unis et l'Europe d'autre part. Ces derniers voudront sans doute amoindrir leur dépendance envers la Chine en relocalisant certaines industries. Quand l’Empire du Milieu avait le monopole de la production de la soie, il prit des mesures drastiques afin d’empêcher l'exportation de ce savoir-faire, avant que des marchands italiens ne parviennent finalement à en dérober le secret à la fin du Moyen-âge. Plus naïf, l'Occident a permis au cours des trois dernières décennies à la Chine de piller ses technologies et d’accumuler un excédent commercial colossal à son détriment. Donald Trump a été le premier à prendre la mesure de ce danger. L'Europe lui emboîtera-t-elle le pas ? La maitrise dont a fait preuve la Chine pour juguler l’épidémie est en tout cas un indice révélateur du défi grandissant que pose à l’Occident son modèle autoritaire, sa puissance économique et ses avancées technologiques, ainsi que du déplacement du centre de gravité du monde vers l'Empire du Milieu.

 

Au plan politique, la crise a révélé à la fois les limites de la gouvernance mondiale dans le cadre de l'utopie appelée " communauté internationale" et des gestes de solidarité de la part de certains pays, contrastant avec le repli nationaliste et égoïste d’autres pays. C’est ainsi par exemple que Cuba, la Chine et la Russie ont envoyé des équipes médicales pour aider l'Italie à lutter contre le coronavirus, contrairement à ses voisins et partenaires au sein de l'Union Européenne : l'Allemagne et la France, ce qui a suscité une profonde amertume de la part des Italiens. Certes finalement les membres de l’Union Européenne sont parvenus à un accord sur un fond de soutien commun à  l’économie qualifié de « grand jour pour la solidarité européenne » par Berlin. Il n’en reste pas moins que la pandémie qui a surtout frappé l’Italie et l’Espagne montre la fracture béante entre les pays du Nord et du Sud de l’Union Européenne déjà ébranlée par le Brexit. 

 

Au niveau individuel, selon Boris Cyrulnik « Il y a deux catégories de gens : ceux qui vont souffrir du confinement et ceux qui le vivent comme une forme de ressourcement » Provoquera-t-il chez eux un changement de valeurs, de paradigmes ? Une revalorisation d’un mode de vie d’avantage en harmonie avec soi-même, les autres et la nature. Au niveau global y aura-t-il un monde d’avant et d’après la catastrophe ? Une remise en question du modèle économique néolibéral ? Une réaffirmation de la souveraineté de l’Etat et un    renforcement de la compétition entre Etats, ou au contraire une prise de conscience de la nécessité d’une meilleure coopération face aux défis communs qu’affronte l’humanité ? S’ajoutant au réchauffement climatique dénoncé par sa jeune Cassandre, la crise provoquée par le coronavirus montre en tout cas qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond sur notre petite planète. Et les habitants desautres planètes de notre galaxie doivent se réjouir que les hommes n'aient pas encore inventé des vaisseaux spatiaux capables d'arriver jusqu’à eux.

 

 

 

illustration  @reineabbas

 

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