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Ta vie au miroir du confinement

14/04/2020|Lina Zakhour

1/AVEC QUI VIS-TU ? 

Derrière la porte close, celle que tu claques une fois rentré(e) chez toi, qui retrouves-tu ? 

L’amour de ta vie ? 

Une mère et un père vieillissants ?

Une fratrie et des parents encore actifs, débordés ? 

Un parent seul : divorcé ou veuf ? 

Un ou des enfants ?

Une famille nombreuse : un conjoint et des enfants…

Un vieux compagnon, une épouse ?

Un ami ou une colocataire ?  

De l’amour ? De la tendresse ? De la complicité ? Des conflits ? De la violence ? 

Ou tout simplement, la solitude ?

Qu’est ce qui t’y attend ? 

Es-tu heureux(se) de rentrer chez toi ? 

 

2/OÙ VIS-TU ? 

Chez toi, c’est grand? C’est petit? 

Combien de pièces ? 

Est-ce une maison individuelle, un appartement, un studio, une studette ?

Est-ce confortable ? 

Est-ce insalubre ? 

Y at il une fenêtre, qui laisserait passer une brise, ou entrevoir un rayon de soleil ?

Ultime luxe : un balcon, un jardin ? 

Tout simplement, un arbrisseau, une plante, une fleur ? 

Mesures-tu la chance d’avoir un toit ? 

 

3/OÙ VAS-TU ?

Toi qui prends l’avion deux fois par semaine, par mois, par an.  

Qui ne t’attardes pas sur ton quotidien. Qui le fuis, peut-être.

Toi qui habites cette maison depuis tant d’années. Sans vraiment l’occuper.

Toi qui n’as pas pris le temps de t’y installer. De t’ancrer. 

Toi qui ne vis toute l’année que dans l’attente de ces deux semaines de vacances, qui te permettront de t’évader… 

Toi, désormais otage de ton lieu de vie. 

Toi, que fais-tu, maintenant qu’ils ont fermé les aéroports ? Que tu ne peux plus aller ailleurs…

Toi qui découvres ton chez toi. Qui l’habites. Qui ne vas plus nulle part.

Toi qui as toujours dit que le monde est un village… 

Es-tu à ta place ici ?  

 

4/ À QUELLE TERRE APPARTIENS-TU ?

Toi qui as embrassé une belle carrière, habité un pays / une ville et y as construit une vie…

Une fois les mesures de confinement annoncées, t’es-tu inscrit (e) sur une liste auprès d’une ambassade pour être rapatrié(e) sur le prochain vol, affrété par ton pays d’origine ? 

T’es-tu empressé(e) de prendre une voiture, un train ou un avion pour retourner vers ce pays que tu as quitté. Cette maison de village abandonnée, bien loin de la ville. Cette matrice. 

Et-tu retourné(e) t’y réfugier ? As-tu couru t’y lover ? 

Soudain, t’es-tu rappelé(e) que tu appartiens à un ailleurs, seul à même de te protéger contre le monde extérieur, comme le ferait le ventre d’une mère ?  

Soudain, le souvenir de tout ce, et de tous ceux que tu as voulu perdre en route, que tu as cru avoir oubliés, t’a rattrapé(e) ? 

As-tu décidé qu’il valait mieux être confiné (e), te faire soigner, guérir, ou mourir, entouré(e) de ceux qui te connaissent le mieux ?  

Ces êtres chers, où sont-ils ? 

Es-tu un(e) étranger(e) dans ta ville ? 

 

5/QUE FAIS-TU ? 

Tu n’as jamais quitté ta ville, et tu as un « job alimentaire » que tu accomplis mécaniquement, jour après jour, afin de subvenir à tes besoins ? 

À l’aise dans la mondialisation, tu as fait de brillantes études, et suivi le marché du travail ?

Bien confiné(e) chez toi, aujourd’hui, difficile de reconnaitre un(e) libraire, un(e) avocat(e), un(e) économiste, un maçon, une vendeuse … en pyjama ou sur son sofa.

Soudain tu n’es plus occupé(e) ! 

Submergé(e) par cette oisiveté, tu te noies. 

Que ta carrière soit terminée ou mise entre parenthèses, ta vie, elle, continue.  

Tu découvres que le télétravail a parfaitement remplacé ces voyages que tu pensais indispensables à la bonne tenue de nombre de réunions. 

Que le bureau n’est pas une condition sine qua non à l’accomplissement de certaines tâches,et que tout le concept d’espace de travail doit être repensé.

Mais pas que. 

Tout ce système qui menait une course folle. Qui a dû stopper net. Doit être restructuré, réfléchi différemment. Questionné.

Ce que tu veux désormais accomplir, tes envies, tes besoins aussi… 

Demain, perdras-tu ton poste à cause de la crise économique ? Sera-t-il modifié ?

Retrouveras-tu ce travail, ou un autre, à la sortie du confinement ? 

 

6/QUI ES-TU ? 

Pourquoi te réveilles-tu le matin ? 

Assis(e) sur ton canapé, aujourd’hui, tu t’appliques à rester en vie. 

Pour cela, il suffit de te lever, te laver, t’habiller, te nourrir et te désaltérer. Surtout, te soigner, si tu tombes malade. 

Tu es reconnaissant(e) à ceux qui te permettent d’accomplir ces tâches simples, tout en restant confiné(e). 

Les éboueurs, les agents de propreté, de sécurité…

Les employé(e)s des circuits de l’alimentation : des agriculteurs, aux producteurs, aux conducteurs de poids lourds, à la caissière du supermarché…   

Les maîtres et maîtresses d’école. Et bien d’autres professions aussi. 

Bien sûr, tout le personnel médical…

Aujourd’hui, même si chaque citoyen doit apporter sa pierre à l’édifice, le premier de cordée, celui que l’on applaudit chaque soir, ce n’est pas toi ?

Tu portes désormais un regard neuf sur ce que tu es, ce que tu as… Tout cela a-t-il le même sens ? 

Que dois- tu changer à ta façon de vivre ? 

 

7/ QUE POSSÈDES-TU ? 

Oui, tu es privilégié(e) si tu es confiné(e) dans un bel appartement, et que tu as assez d’économies pour remplir ton frigo et regarder Netflix confortablement installé(e) … Si tu ne fais pas partie de ceux qui peinent à survivre, et nourrir leur famille, confiné(e)s dans une habitation insalubre ! 

Mais au-delà de ces inégalités, nous nous ressemblons tous, au final, reliés à ces ventilateurs dans ces hôpitaux publics. 

Dans ce moment de vérité, alors que le Covid 19 menace de t’emporter si tu mets le nez dehors, même toi qui pouvais tout te permettre, force est d’admettre, que tes propres biens ne sont plus à ta portée. 

Avec ta voiture payée si cher, et garée sur le trottoir en face de ton bel appartement, tu n’irais pas plus loin qu’un(e) autre.    

Ce yacht amarré au port ? Cette villa aux caraïbes ? Ils te narguent, parce qu’il y a un grand risque que tu sois mort(e) avant de les revoir. 

On t’avait souvent dit que l’on n’emporte rien. Mais ces paroles, ce n’est qu’aujourd’hui qu’elles prennent tout leur sens.  

Et si ce que tu as cherché tout une vie, ne valait rien, au final ? Ou si peu... 

 

8/ QUE CHERCHES-TU ?

Un virus a paralysé le système et renversé les données ?

Tu es seul(e) face à toi-même, dans un monde qui ne tourne pas rond ? 

Dis-toi que ce confinement marque une rupture bienvenue avec le monde pré Covid19 !

Les questions de société, la politique, l’économie, l’écologie… Peux-tu encore y rester indifférent (e)?  Et si tu t’y intéressais ? 

Si tu mettais ce temps mort à profit, pour tenter de : réinitialiser les données, remélanger les cartes, renverser l’ordre des priorités, revisiter les vérités…

Ce, afin de redéfinir les luttes qui méritent d’être menées. Sauver ce qui doit être gardé. Et puis, effacer tout le reste. Ce qui n’a pas d’importance….  

Et si tu faisais en sorte, qu’à la sortie du confinement, l’humain et le vivant soient désormais mis sur un piédestal, au centre des préoccupations ? 

A commencer par toi ! 

 

Huit questions, huit réponses, qui composent, font et défont une vie. 

Celle-ci, demain, reprendra.

Comme avant. Ou pas.

A toi de décider, aujourd’hui, assis (e) entre quatre murs.

Profitant de ce temps mort, pour observer, sans fard, le reflet de ta vie. 

Bien confiné(e), dans l’ici et le maintenant. 

 

 

 

Lina Zakhour 

Écrivaine. Dernier roman : « Imane » (Hémisphères éditions,2018)

linazakhour.com

 

 

 

@ Jeune file à la fenêtre de Salvador Dali

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