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Liban au cœur du chaos par Alfred de Montesquiou, sur une musique de Gabriel Yared

18/11/2021|Zeina Saleh Kayali

Tourné entre avril et octobre 2021, ce documentaire bouleversant nous fait sillonner le Liban du nord au sud et d’est en ouest, nous mettant en contact avec les multiples couches de la société libanaise dans leur extraordinaire diversité, toutes communautés et sensibilités politiques confondues. Pas de langue de bois, tout est dit sans ambages. Pas de misérabilisme non plus, mais des situations humaines que le spectateur prend en pleine figure et qui touchent profondément au cœur. Conçu comme un road movie, le film donne à voir le pays dans son entièreté, valorise son majestueux patrimoine naturel et culturel, mais montre aussi sans ambiguïté, l’immonde dépotoir qu’il est devenu en certains endroits. 

 

A l’instar de tous les Libanais qui subissent, impuissants, une série de cataclysmes quotidiens, d’humiliations toujours plus aberrantes et de pénuries quasi surréalistes, Liban au cœur du chaos pose une question fondamentale : Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi le Liban va-t-il si mal ? Comment un pays autrefois si prospère, envié pour son système de cohabitation entre les communautés, unique au monde, est-il devenu aussi lamentablement misérable, un cloaque déliquescent où chacun cherche désespérément à survivre en se retranchant au sein de sa communauté et en jetant la faute sur les autres ? Comment une jeunesse au bord du gouffre et qui ne pense qu’à partir, a -t-elle vécu l’explosion du 4 août 2020, dont le mystère reste entier, dans une impunité absolue vis-à-vis de coupables-fantômes que personne n’ose nommer et qui continuent à parader au nez et à la barbe des victimes ? 

 

Si le film ne répond pas à ces questions lancinantes et obsessionnelles, il donne toutefois de sérieuses pistes, montrant d’un œil impartial, sans pathos, l’origine de certains problèmes et la façon dont chacune des parties en présence entend les résoudre.

 

Pour le réalisateur, longtemps grand-reporter au Moyen-Orient, le Liban est « otage du Moyen-Orient, et reste un concentré de tous les problèmes et de toutes les violences qui travaillent la région. Un pays minuscule sur la carte, mais immense sur l’atlas géopolitique. Aujourd’hui exsangue, ce Liban fascine pourtant toujours, notamment pour sa propension à se réinventer sans cesse, et à révéler au monde arabe les forces souterraines qui le travaillent… »Alfred de Montesquiou connaît bien le Liban puisqu’il y a réalisé un premier documentaire en 2005, Dancing on the rubble sur la vie nocturne beyrouthine, et couvert différents conflits dans le pays, à commencer par la guerre de 2006. 

 

La musique du film, composée par l’immense Gabriel Yared, joue un rôle essentiel dans le processus affectif qui prend le spectateur à la gorge dès les premières images et les premières mesures. Yasmina Joumblatt prête sa merveilleuse voix, reconnaissable entre toutes, à deux chansons au début et à la fin et à de (trop courts !) extraits vers le milieu du documentaire. 

 

Non, ce film n’est pas un « enième documentaire sur le Liban », il est une prise de conscience sans concession qui a le mérite d’éclairer la complexité d’une situation à laquelle les Libanais eux-mêmes, du fond du trou où ils se trouvent, ne comprennent plus rien. 

 

A savoir

Diffusion le 28 novembre 2021 à 20h55 (heure française) sur France 5

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