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Lecture 25 : Lunch-box, Émilie de Turckheim

22/08/2022|Gisèle Kayata Eid

Il est de ces romans qui vous transportent ailleurs, ce qui parfois nous convient parfaitement. C’est ce qui peut vous arriver avec cette fiction de 250 pages qui se déroule sur la côte Est des États-Unis, pourtant racontée par une jeune Française. D’emblée, le regard est autre et c’est un des grands intérêts du livre. Autour d’une école bilingue, une petite communauté franco-américaine nous intrigue. Surtout quand un drame l’endeuille suite à une « boîte à lunch » bêtement responsable de la tragédie.

Ficelée avec ingéniosité, l’histoire voyage dans l’extravagance, mais toujours superbement connectée aux émotions de tous les protagonistes. On pourrait se perdre dans les descriptions fantasques, les personnages qui s’invitent à l’intrigue, mais on y reste comme scotchés tant l’intensité des sentiments est disséquée avec justesse.  Quand le deuil s’installe : « Vous êtes invitée à une fête. La plupart des visages vous sont inconnus. Vous engagez la conversation avec une femme qui très vite vous pose la grande question. Vous lui répondez, vous décidez de lui dire la vérité. Vous êtes toutes les deux mal à l’aise. Durant le reste de la soirée, elle vous évite mais ne peut s’empêcher de vous observer de loin, vous et votre catastrophe scintillante. … Cette femme vous en veut… Elle estime que vous lui avez tendu un piège. Vous auriez dû mentir pour ne pas lui causer ce vertige de gêne. Vous lui avez gâché sa soirée. À cause de vous, elle n’a plus le droit de se montrer enjouée ou légère. Elle surveille ses réactions… »

Quand l’amour subtil, évanescent, mais bien violent n’ose même pas s’évoquer : « Nos corps ruisselaient d’immobilité » ou encore « Entre nous, si ça commence, c’est fini ».

Une écriture si proche de la réalité toute crue que le lecteur sent jusqu’à la morsure des tragédies, décrites avec un poignard dans le cœur : « Seule la douleur était réelle. Une douleur en expansion, qui voulait habiter partout, régner sur le visible et l’invisible, sur le jour et les rêves. La douleur jaillissait d’une cuillère, elle jaillissait d’un air à la radio, d’une odeur de lessive, d’une barrette à cheveux retrouvée entre deux coussins du canapé. »

Un roman écrit par une quatra au talent confirmé (c’est son dixième roman) qui, à travers une  histoire qui tourne autour d’une malencontreuse « boîte à lunch », nous introduit puissamment dans un  monde imaginaire aussi intensément qu’elle l’a fait dans ses deux récits-témoignages : « La femme à modeler » (2012), celle qu’elle est devenue en posant pour les artistes-peintres ou « Le prince à la petite tasse » (2018) qui rapporte ce qu’elle a vécu, elle et sa famille, quand ils ont adopté un petit Afghan chez eux pendant un an.   

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