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Le CELQ à Montréal présente l’Orient-Express

27/07/2023|Gisèle Kayata Eid, Montréal

Brillante conférence culturelle offerte à Montréal par Jacqueline Shammas Azar, présidente de l’ONG « Culture et écriture des Libanais (es) au Québec, » sur ce fameux train mythique qui, dès les années 1880, reliait Paris à Haïfa en passant par le Liban. 

 

Mais d’abord, qu’est-ce qui anime le CELQ ? Est-ce l’envie de se réunir et de parler d’autre chose que de politique ? Établir des ponts entre la patrie-mère et la terre d’accueil ? Ou même se retrouver autour de son patrimoine culturel ? Peut-être un peu des trois. Ajoutez à cela le désir de faire connaître la culture libanaise et la faire rayonner auprès du public québécois, de quoi ne jamais oublier ce qui distingue les Libanais : un peuple francophone, ouvert sur le monde, qui secrète des talents notamment dans le domaine de la littérature, mais pas exclusivement. Ce sont probablement toutes ces aspirations qui ont motivé un groupe d’intellectuels à créer le CELQ. Mais très vite, le Cercle des Écrivains Libanais au Québec élargit ses activités littéraires pour englober la culture dans son ensemble. Avec le même acronyme, Culture et Écriture des Libanais(es) au Québec commence alors ses activités en plein Covid, par zoom (voir par ailleurs).

 

Deux ans et quelques dizaines de conférences plus tard, c’est l’Orient-Express, à l’occasion du 140ème anniversaire de sa création qui était à l’honneur avec Jacqueline Shammas Azar, docteur en littérature française, spécialiste du XVIIIe siècle (elle vient de préfacer un roman historique « Un baiser au fil de la Méditerranée », d’Emilie Chammas Fiani). Ex-professeur à l’Université de Montréal, la présidente du CELQ a inauguré les rencontres en présentiel en présentant sous l’angle de l’inspiration littéraire tout l’imaginaire qu’a suscité « Le roi des trains et le train des rois ». Avec des photos d’époque et des citations puisées dans la littérature elle a montré comment ce train mythique a envahi la littérature, la poésie, la bande dessinée, le cinéma, le théâtre…

 

Rappelons au passage que c’est un ingénieur Georges Nagelmakers, né dans une famille de banquiers belges qui, de retour d’un voyage aux Etats-Unis, a eu l’idée d’un moyen de transport excessivement confortable et luxueux qui desservirait plusieurs pays... Et qui lui rapporterait beaucoup d’argent !  Le jeune visionnaire s’est bien vite transformé en industriel qui a aplani tous les obstacles techniques (signalisation, approvisionnements, harmonie des réseaux- en 1890 l’écartement des rails par exemple n’était pas homogène sur toutes les lignes...) Enthousiaste, le roi Léopold II l’encourage et c’est alors le grand luxe qui se déploie.

 

Tous les artistes de renoms et les décorateurs art-Déco sont invités à montrer leurs talents. Le journaliste du Figaro, Edmond About, écrivain et futur académicien se dit ébloui et étourdi : « Ce train de luxe se veut un chef d’œuvre : plafonds en cuir repoussé de Cordoue, bas-reliefs en cristal Lalique, tapisseries des Gobelins, rideaux en velours de Gênes, argenterie, nappes précieuses et verres fins en cristal. » Faste, raffinement, esthétique, c’est une œuvre d’art que la jetset de l’époque découvre : marqueterie de René Prou, panneaux de verre taillé, enchâssés dans les boiseries et inspirés des corps féminins, draps en soie changés tous les jours, cabinets de toilette avec eau courante, cloisons en bois de tek, longues voitures chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz... Du Bosphore au Nil, toute l’Europe est invitée à découvrir enfin l’imaginaire envoûtant de l’Orient : magie, souks, érotisme, épices, harem... 

 

Le 4 octobre 1883, à l’inauguration du premier train qui démarre de ce qui était la Gare de Strasbourg (la Gare de l’Est actuelle), les huitres et le caviar sont servis en apéritif lors d’un diner de sept à huit services. En 1920, Mistinguett y dansera à bord, en 1921 Maurice Chevalier y chantera. On y danse le tango, le fox trot, le charleston...Même la signature de l’armistice le 11 novembre 1918 aura lieu dans la voiture 2419 qui rentrera dans l’histoire: « Le miracle était à l’intérieur dans cette boîte close, vernie et capitonnée » reconnaitra Joseph Kessel, “aussi confortables qu’un riche appartement de Paris” décrira Jean des Cars.

 

« L’Orient-Express devient lui-même la raison du voyage », celui dont tous les écrivains et artistes de la fin du 19ème siècle se mettront à rêver : Graham Greene, Guillaume Apollinaire, Ernest Hemingway, Ian Fleming (James Bond), Léon Tolstoï, Colette, Vladimir Nabokov, Paul Claudel, Jean Giraudoux, Maurice Dekobra, San Antonio et tant d’autres. Le train de l’aventure sera une source d’inspiration constante : Agatha Christie bloquée par la neige au cœur des Balkans en 1929, écrira en 1934 « Le crime de l’Orient-Express ». Dans son autobiographie elle citera le train mythique : « J’aime son tempo, qui commence avec un allegro furioso – le train tremble, crépite et projette en tous sens dans sa hâte folle de quitter l’Occident – et se transforme petit à petit en un tango tandis qu’il poursuit sa route vers l’Orient ». Joséphine Baker y improvisera un récital au milieu des décombres à la suite d’un attentat et d’un déraillement en 1931 qui a fait 22 morts et plusieurs blessés. Le train abritera des révolutionnaires soviétiques : Trotski, Khroutchev, des agents du KGB, des espions britanniques (Lawrence d’Arabie) allemands (Mata-Hari) et fera l’objet de comportements parfois fantasques de Ferdinand I de Bulgarie, Léopold II de Belgique, Carol II de Roumanie, du Tsar Nicolas II, etc.

 

Le train de la séduction enflammera les sens. Il sera témoin l’idylle entre Marlene Dietrich et Jean Gabin et suggèrera à Guillaume Apollinaire, en 1907, « Les Onze Mille Verges », roman pornographique dans lequel il cite les deux fameux vers du poète Alphonse Allais : « La trépidation excitante des trains // Nous glisse des désirs dans la moelle des reins. »

Un grand ballet moderne « Le train bleu » s’en inspirera et se produira au Théâtre des Champs Élysées, avec les danseurs des Ballets russes de Diaghilev, musique de Darius Milhaud, texte de Jean Cocteau ; costumes de Coco Chanel qui lance la mode des maillots de bain, etc.

 

L’Orient Express fleurira au cinéma. On retiendra entre autres « Stamboul Train » et « Voyage avec ma tante » (inspiré de Graham Green) « The Lady vanishes » d’Alfred Hitchcock, « From Russia with Love » (James Bond) « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express » de Nicolas Meyer, « Orient-Express » de Carlo Bragaglia en 1954 (une histoire d’amour née lors d’un arrêt forcé du train dans un village des Alpes suite à une avalanche) et 50 ans plus tard, un autre film intitulé aussi « Orient-Express », de Sergiu Nicolaescu (l’histoire d’un prince roumain vieillissant qui retourne dans son village natal).

Même les Ninja Turtle prendront eux aussi l’Orient Express jusqu’à Istanbul dans « Turtles on the Orient Express ».

 

Beaucoup de documentaires et d’expositions lui seront consacrés dont « Sur les traces de l’Orient Express » de l’Institut du Monde Arabe à Paris en 2014. On peut d’ailleurs y visionner un film réalisé par Gilles Gauthier et Eric Darmon qui remontent d’Istanbul à Rayak, le long des voies du Taurus Express. (Au passage, il y est question de l’association libanaise Train-train qui tente de faire revivre ce qui reste encore du parcours libanais de l’Orient-Express). 

 

L’Orient Express ressuscitera même ! Son retour sur les rails est prévu pour 2025 ! D’ici là, une présentation des wagons devrait être terminée pour les jeux olympiques de 2024 (tel qu’annoncé en octobre 2022 à l’expo à Domus Maubourg, Paris 7ème).

 

 

...

*Se sont succédé dans les rencontres du CELQ, dès 2021, à raison d’une conférence tous les deux mois, des personnalités- références dans leur domaine, dont (et pas exclusivement) en littérature : Karim Tabet, Charif Majdalani et Gérard Bejjani; en musique, Zeina Saleh Kayali, Fadi Jeambart, Bécharra el Khoury; en psychologie, Ghassan Baalbaki, en peinture, Marwan Nahlé, en santé publique : Hubert Sacy, directeur général d’Éducalcool qui a bien instruit son auditoire lors d’une conférence intitulée « L’alcool, ni ange ni démon », Dr Gabriel Sara (l’oncologue qui a joué son propre rôle auprès de Catherine Deneuve dans le film « De son vivant »)

 

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