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« La femme, le soldat et l’oiseau » de Nabil Abou Dargham

27/01/2021

Comment êtes-vous devenu poète ?

En fait j'essaie de "secouer mes grelots" pour mériter d'être poète. Mais l'être humain est toujours exposé à réagir et à répondre aux circonstances personnelles, politiques, économiques et culturelles qui l'entourent. Il est des êtres qui répondent par l'écriture, d'autres présentent leurs réactions en peinture ou en musique et même en d'autres domaines qu'ils essaient d'humaniser plus profondément si les éléments se présentent. Ma réaction au monde qui m'entoure depuis 1975 est incarnée par l'écriture et le dessin mais d'une manière peu fertile. J'ai eu aussi l'occasion d'étudier durant six ans le piano et l'histoire de la musique avec Nora Vartabedian diplômée brillante de l'académie de musique et des beaux-arts de Vienne. Cette expérience a enrichi ma passion pour les arts et ma connaissance musicale et me permet de distinguer entre un bon pianiste ou un autre qu'on nous envoie tout simplement pour remplir une place. De toute façon Maurice Ravel avait dit durant le siècle dernier : « Tout le monde est doué ». 

 

Que vous apporte le fait d’écrire ?

Écrire c'est se découvrir davantage et découvrir le monde. Avec le temps ça devient une opportunité de bâtir (tristement) notre propre monde bulle ou aussi nos remparts et nos créneaux avec cette amertume de ne pouvoir changer le monde ni l'être humain. Si l'expression écrite arrive à introduire un choc au niveau d'une société qui le mérite pour pouvoir établir un développement durable, ce serait un achèvement remarquable. 

 

Quelles œuvres de peintres libanais 

résonneraient avec vos vers?

Des peintres libanais et étrangers. Je lis et je feuillette beaucoup de livres d'art où je trouve et je rencontre plutôt des peintures qui résonnent avec ma poésie. Quand je dis par exemple "des voyageurs vêtus de nuit" je vois les œuvres de Krikor Norikian. Quand je parle de "villages en désordre" je vois quelques œuvres de Yvette Ashkar. Tandis que dans "le chat blanc de nos ancêtres (qui) se cache toujours la tête sous les feux de l'été" je vois les œuvres du jeune syrien Anas Albraehe, un peintre vigoureusement talentueux. La dame blanche comme les jasmins de la vallée se présente parfois dans une aquarelle de Majd Kurdieh. Le "soleil immobile comme un rocher qui défie l'espace" je le trouve dans quelques paysages maritimes de Issa Halloum. Mais la guerre et la pluie sont présentes avec tous nos peintres d'une manière ou d'une autre. 

 

Vous écrivez "Guerre après guerre 

nous serons condamnés

de n’avoir jamais écrit l'identité des pierres”. 

Comment analysez-vous l'effondrement que connait notre pays aujourd’hui ?

Les épreuves que le Liban a vécues durant son histoire sont énormes et dramatiques mais il n'a jamais cessé d'exister ni comme idée ni comme message ni comme état. À un certain temps de l'histoire les frontières du Liban ont dépassé leur état actuel puis se sont rétrécies. C'est le destin des pays qui vivent les dialogues et les malaises des civilisations. Aujourd'hui devant les défis politiques, économiques et sociaux le peuple libanais devrait exercer une responsabilité égale à celle de l'état en dépit de ce qu'il sent envers cet état. Pour pouvoir changer sa réalité il devrait mettre une stratégie populaire unifiée qui demanderait un travail perpétuel et assidu au-delà des manifestations. En 1943, nous avons eu l'indépendance de l'état mais entre 1943 et 1975 nous n'avons pas pu établir l'état de l'indépendance. C'est à dire établir un système d'institutions pour maintenir les intérêts des libanaises et des libanais au lieu de les maintenir par un groupe de personnalités politiques qui chaque fois ne pensait qu’aux élections parlementaires futures non aux futures générations. C'est pour cette raison aujourd'hui que le changement est devenu une opération d'engagement solide à long terme qui demande un long souffle. Et ce ne sera pas facile. 

 

Avez-vous un message d’espoir ?

Personnellement je n'arrive pas à coexister ou à me concilier avec ce Liban qui est sorti de sa peau depuis le 13 avril 1975. Mais il existe un brin de vie miraculeusement mystérieux dans ce petit bout de terre qui le laisse survivre malgré ses malheurs. 

 

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