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Je veux rêver

27/10/2019|Nabil Okaiss

Maintenant il m’est permis de rêver. Malgré ma nature optimiste à outrance, j’avais presque abandonné mon discours qui clamait ma foi dans le peuple libanais et dans la certitude qu’il ne pourrait pas continuer à être mené de la sorte comme un troupeau par des zaim qui nous ont embourbés, avec une ingéniosité incroyable dans des guerres successives et absurdes, entretenant de part et d’autre les dissensions confessionnelles.

Il y a presque 30 ans maintenant que la guerre est terminée. Presque quinze ans que les syriens sont sortis. Et ces mêmes zaim, toujours les mêmes, sont encore là, attisant les mêmes instincts de peur de part et d’autres pour continuer à tenir le pouvoir. Ils se proclament les défenseurs de leur communauté. Une partie de l’électorat se laissait berner par ce discours, ce qui les a maintenus malgré l’évidence de leur corruption et leur vol éhonté du bien public sans aucune vergogne, parce qu’avec cet argent, et avec ce que le pouvoir leur permettait de tirer comme bénéfice pour leurs partisans, on achetait les réticents, appauvris par l’absence d’emploi, attendant la petite aumône du zaim, qu’il puisait dans les poches de l’état.

Mon espoir, qui dépassait toute rationalité, a presque été anéanti après les élections municipales de la capitale. Quand l’équipe de Beyrouth Madinati a failli remporter le suffrage malgré l’improvisation et le manque de coordination entre les candidats, on a vu l’incroyable cohésion de tous les partis au pouvoir pour les battre. Ils sont donc de connivence. Leurs joutes politiques apparentes n’est donc qu’un apparat. Ils ont établi sur les trente ans un modus vivendi qui leur permet de continuer à se partager le gâteau sans êtreinquiétés. Les élections parlementaires qui ont suivi ont montré combien les candidats potentiels de ce qu’on a appelé de « la société civile » et leur électorat se sont dégonflés, et on a vu, a peu de variante près, les mêmes partis, mettant en place des gouvernements encore plus pourris.

Et le miracle est arrivé. Comme tout miracle, il n’a pas d’explication rationnelle. Mais il arrive, et il est merveilleux.Tout le peuple libanais, ou presque, est dans la rue, et il clame, avec passion et sans aucun détour, les mêmes revendications sur toute la surface du pays. On ne veut plus de vous, TOUS, partez et rendez-nous l’argent volé. On ne veut plus écouter votre discours confessionnel, nous ne serons plus dupes de vos manigances, nous sommes unis, d’abord contre vous TOUS. Le peuple reprend ses destinées en main, et on peut rêver avec lui. Mon rêve tenait jadis de l’utopie. Et je crois à l’utopie comme facteur d’évolution, qui permet de sortir de la prison du réel. Mais maintenant le rêve se nourrit de la réalité de ce miracle. Seuls les miracles permettent de ramener l’utopie sur le terrain du réel.

Je peux rêver avec tout le peuple libanais qui se révolte enfin et qui a retiré les camisoles qu’on lui a fait porter pendant des décennies, voire des siècles, tantôt parmi les armées étrangères et tantôt par la démagogie pernicieuse des seigneurs de la guerre transformés en chefs de partis, suceurs de sang. Ce peuple qui a longtemps mis ses compétences au service d’autres pays. Et il a excellé, dans le golfe, en Afrique, en Amérique latine, ainsi qu’aux USA et en Europe. Il est temps qu’il entame le chantier de la construction d’un nouvel état digne de ce nom et exemplaire, car unique de par la composition de sa société, sa diversité culturelle, son ouverture à tous les courants sociologiques et spirituels.

Je rêve de nouvelles élections sur des bases non confessionnelles, avec de nouveaux partis qui se présentent avec des programmes de développement social pour rattraper le retard accumulé et participer à la marche de la société humaine vers le bien-être des individus et des groupes. Des partis qui seront jugés par leurs électeurs sur la réalisation ou non des changements promis.

Je rêve d’un nouveau gouvernement dont le seul but est d’appliquer ces programmes en se distanciant de tout son voisinage de façon pacifique et dans un esprit de coopération positive, sans subir la moindre influence ni chercher à faire des conflits. Et en ouvrant à la société civile tous les canaux pour participer à l’essor du pays.
Je rêve du retour des déplacés vers leur pays dans les plus brefs délais afin d’éviterdes conflits intérieurs.

Je rêve d’une administration saine, loin de toute possibilité de corruption. Carle fonctionnaire aura des comptes à rendreà une classe politique intègre et sera nommé sur la seule base de ses compétences.

Je rêve de pouvoir récupérer une bonne partie de l’argent volé pour effacer sinon toute, du moins une bonne partie de la dette publique. Afin d’orienter la part du budget qui est était mobilisée au service de cette dette, et l’argent qui sera dégagé par nos réservesénergétiques promises, vers des projets productifs pour le pays et pour la région. En particulier dans les industries de pointe qui sont l’avenir et où excellent les libanais. Je suis confiant que si l’on donne aux libanais l’occasion de travailler, ils feront des merveilles. Notre peuple n’est pas habituéà la dépendance, il est créatif et dispose d’une imagination très fertile pour créer des entreprises. L’état n’aura pas à assister les pauvres et les moins nantis. Ils pourront forger eux-mêmes leurs moyens de subsistance tout en participant au développement du pays.

Il aura seulement à assurer les personnes âgées et les handicapés pour qu’ils aient une vie digne.


Je rêve de voir le retour des émigrés de la diaspora libanaise pour contribuer, par son capital financier et humain, à l’essor du nouvel état.

Je rêve de voir, dans cette atmosphère de prospéritééconomique et de stabilité sociale et politique, le Liban attirer les touristes du monde entier, qui viendront chercher, non seulement le bon climat ou la belle nature, ou voir les monuments historiques, mais aussi et surtout pour s’imprégner d’une ambiance de bien-être et du bon vivre qui ne cesse de décliner un peu partout dans le monde.

Le Liban ne sera plus alors un simple pays mais un message pour toute l’humanité dont les valeurs sont partout menacées.

Photo © Elie Bekhazi

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