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Humeurs : Le noir n’est pas absolu

11/10/2021|Emma Moschkowitz

“Le réseau électrique d'Électricité du Liban totalement à l’arrêt” titraient dramatiquement les journaux ce samedi 9 octobre 2021. S’en est suivi une flopée de messages venus de l’étranger : “Vous vivez dans le noir”?, “C’est pas trop compliqué?”, “Tu es sûre que tout va bien?”. Alors, oui, je vais bien, non, ce n’est pas trop compliqué, et non, je ne vis pas dans le noir. Tout simplement parce que ce que ces articles alarmistes ne disent pas, c’est que le Liban est doté, et ce depuis des décennies, de générateurs d’électricité qui supplantent la compagnie publique. La plupart des immeubles et/ou foyers en sont pourvus, le pays tout entier en est coutumier, c’est une dépense, de plus en plus onéreuse, certes, mais habituelle. Et si il est tout à fait inadmissible qu’un État ne soit pas en mesure d’assurer à sa population une production électrique décente, il m'apparaît toutefois primordial que la presse s’attache à mesurer les propos employés vis-à-vis de l’actualité, et ne sombre pas dans du catastrophisme pour espérer attirer de l’audimat. Reprendre des photos désormais datées et les promouvoir sur les médias, c’est més-informer le monde et pousser le misérabilisme à son paroxysme, alors même que les Libanais, forts d’une débrouillardise que des gouvernants sans foi ni loi ont exacerbée, se démènent chaque jour pour assurer leur propre stock d’électricité. 

 

La situation libanaise est réellement dramatique, la condition de la production énergétique nationale est grotesque. L’État ne cesse d’étonner en termes de non-assistance à son peuple, qu’il ne serait pas exagéré de considérer en danger. Mais elle est là, la réelle nouvelle : alors que deux petites heures d’électricité étaient encore assurées par l’EDL jusqu’ici, cette production a été réduite à néant durant le week-end. 2 heures sur 24, c’est médiocre et insultant. 0 heure sur 24, c’est pitoyable. La lamentable gestion étatique bat des records, voilà un titre mieux adapté. 

 

 

Emma Moschkowitz est une Française de 22 ans, qui a choisi de s’installer et vivre au Liban. Les lecteurs de l’Agenda Culturel la connaissent pour ses Chroniques qu’elle partageait avec Yael Assayag. Elle revient avec des billets d’humeur questionnant l’actualité de notre petit bout de terre. 

 

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