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Gabriel Sara un médecin sur les marches du festival de Cannes

29/07/2021|Zeina Saleh Kayali

Comment d’un service d’oncologie à New-York se retrouve-t-on sur le tapis rouge du festival de Cannes ?

Avec mon épouse Nada, nous avions commencé à écrire un ouvrage au sujet de ma philosophie de la médecine en général et de l’oncologie en particulier. C’était déjà assez clair dans notre tête et soudain, nous arrive un facteur déclenchant. Nous allons voir le film d’Emmanuelle Bercot, La tête haute, projeté dans le cadre du festival du film français de New-York. Ce film extraordinaire sur la réhabilitation d’un délinquant, nous touche immédiatement. La réalisatrice est dans la salle et je sens qu’elle a la qualité de sensibilité nécessaire pour aborder les sujets essentiels. Je m’avance vers elle sans hésitation, alors qu’elle était entourée par une foule, et lui dit « Madame, est-ce que vous seriez intéressée d’aller les tranchées du cancer ? » Elle est intriguée par ma question, me regarde dans les yeux quelques secondes et me dit « pourquoi pas ! ». Nous commençons alors une correspondance. Un an plus tard, elle revient à New-York, je lui fais visiter l’hôpital, lui explique en détail ma façon de travailler et elle décide de faire le film. Tout cela est arrivé par une série de concours de circonstances et je vous dirai comme Eluard « il n’y a pas de hasard il n’y a que des rendez-vous » ! 

 

Quel est le sujet de ce film que vous avez totalement inspiré ? 

C’est l’histoire d’une mère (Catherine Deneuve) et de son fils de 40 ans (Benoît Magimel) atteint d’un cancer incurable et qui sont dans le déni de la maladie. Une infirmière (Cécile de France) et un oncologue (moi-même) vont les aider à vivre ce chemin difficile et leur apprendre ce que signifie : « Mourir de son vivant ». 

Je suis donc exactement dans mon rôle professionnel et j’ai longuement travaillé avec Emmanuelle Bercot sur le scénario et sur mes répliques qui sont toutes directement inspirées de mon quotidien de médecin. Quant au rôle de l’épouse du médecin, il a été confié à ma propre épouse Nada ! 

 

Le tournage de ce film semble avoir été très chaotique ? 

En effet! et ce pour plusieurs raisons. Nous avons commencé en octobre 2019, j’avais pris deux mois de congé de mon hôpital (où j’ai reçu d’ailleurs un soutien extraordinaire de la part de mes collègues). En novembre 2019, alors que nous sommes en plein milieu du tournage, Catherine Deneuve fait un léger AVC et doit s’arrêter. La réalisatrice, ne se décourage pas pour autant et nous fait tourner les scènes où Catherine Deneuve ne figure pas. En mars 2020, l’actrice se rétablit complétement et nous sommes sur le point d’embarquer pour Paris afin de reprendre le tournage, quand la pandémie frappe, paralysant tout. En juin 2020, nous profitons d’une éclaircie entre deux confinements pour boucler le tournage jusqu’à la mi-août. Il a fallu toute l’opiniâtreté d’Emmanuelle Bercot pour ne pas abandonner le projet. 

 

Le film a été sélectionné au dernier festival de Cannes ?

Oui, dans la catégorie « Hors compétition ». Ce qui a surpris les professionnels du cinéma qui ont nous ont dit que le film aurait dû figurer dans la catégorie « En compétition ». D’ailleurs à l’issue de la projection nous avons eu droit à 8 minutes de standing ovation, ce qui est absolument inhabituel. 

 

Comment s’est passé le contact avec Catherine Deneuve qui a parfois la réputation d’être « froide » ?

C’est une femme formidable, chaleureuse et très aimable, mais qui souhaite être discrète sur sa vie privée. Sur un tournage elle est extrêmement respectueuse avec tout le monde et le milieu du cinéma la vénère. Elle vous stimule continuellement et vous soutient dans les moments difficiles.

 

Vous vous êtes senti porté par la direction d’Emmanuelle Bercot ?

C’est une véritable sculptrice d’émotions et est à l’écoute de chacun. Elle est passionnée et a une vision claire de son but dans le film. Ses films sont toujours des films porteurs de messages importants. Aussi, elle fait prendre conscience aux personnages de leurs émotions. Comme elle est également actrice, elle sait parfaitement ce que l’on ressent de l’autre côté de la caméra. 

 

Justement à ce sujet, estimez-vous le film fidèle à votre message ? 

Oui très clairement et de la meilleure manière. Cette expérience m’a permis de combiner mes passions : l’oncologie, la communication et l’humain. Je voudrais stimuler les jeunes médecins à être créatifs dans leur approche du malade et de sa famille, à mettre de la passion dans leur travail, à prêter une oreille attentive autant à la souffrance physique que psychologique, et surtout devenir des fanatiques de la vérité et la transparence totale mais avec empathie et compassion. Finalement, je voudrais les introduire au rôle de l’art et spécialement de la musique dans le quotidien de leurs malades. Cet aspect est très important pour moi et il ressort très bien dans le film. 

 

C’est peut-être le moment d’écrire un livre ?

J’y pense. C’est un projet mais j’ai des journées tellement intenses. Peut-être au moment de la retraite et avec le soutien de mon épouse on y arrivera. C’était une expérience merveilleuse pour nous deux.

 

Seriez-vous intéressé de jouer dans un autre film ?

Si j’avais de nouveau l’occasion de tourner dans un film, je n’hésiterais pas une seconde, même s’il ne s’agit pas d’un rôle de médecin ! Il faut garder l’esprit ouvert à tous les âges. 

 


 

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