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Beyrouth by day: Marfa’a

30/09/2020|Tania Hadjithomas Mehanna

MARFA'A

 

L’activité de Beyrouth s’est longtemps concentrée autour de son port. C’est là que se sont construits les cafés, que se sont édifiés les locandas, c’est là que se croisaient les habitants. Deux grandes tours, Burj el Silsilah et Burj el Fanar, s’érigeaient de part et d’autre du port et interceptaient tout navire suspect. Car Beyrouth prêtait le flanc aux différentes attaques qui venaient rompre les échanges commerciaux harmonieux que la ville avait développés depuis les Phéniciens. Longtemps concurrencé par Saïda et Tyr, c’est au XVIIIe siècle que le port de Beyrouth va connaître une forte affluence. 

 

Malgré les bombardements de 1840 au cours desquels les deux tours de garde sont détruites, le port ne cessera jamais de s’activer et les petites barques d’accueillir les gros navires qui ne pouvaient encore accoster. C’est en 1860 que les Ottomans construisent une jetée pour permettre aux nombreux bateaux qui n’hésitaient plus à mettre le cap sur Beyrouth de jeter les amarres. Pas moins de sept lignes maritimes desservent le port et, très vite, de nouveaux travaux sont envisagés pour faire face à l’importance du trafic. Une compagnie qui s’occupera des travaux est fondée le 20 juin 1888 sous le nom de « Compagnie du port, des quais et des entrepôts de Beyrouth ». Les travaux entamés en janvier 1890 n’étaient pas une mince affaire. Il fallait se débarrasser des vieilles tours de garde détruites, prévoir de nouveaux bâtiments et des entrepôts, gagner du terrain sur la mer, aménager une jetée, organiser les services administratifs et sanitaires, les douanes et, surtout, construire un premier bassin. L’inauguration se fait en grande pompe en octobre 1894. Le nouveau port est né, complété en 1900 par une gare maritime, terminus des lignes de chemin de fer Beyrouth-Damas et des tramways libanais. 

 

 

Quand les troupes alliées débarquent le 7 octobre 1918, Beyrouth est une ville exsangue décimée par la famine de la Première Guerre mondiale. Les Français réalisent vite l’importance stratégique de ce port et décident de le réaménager. Le port de Beyrouth, situé dans la baie Saint-André, est alors considéré comme le plus grand port de la côte orientale de la Méditerranée. Véritable centre névralgique d’une ville, d’un pays et même d’une région, Marfa’a Beyrouth va s’épanouir dans ces années trente où le Liban était une étape prisée et stratégique, avec des travaux continus et des kyrielles de réceptions inaugurales. Au départ des Français en 1946, commencent d’âpres négociations sur le devenir du port. La compagnie française qui dirige le port et le gouvernement libanais vont discuter longtemps avant de trouver une solution en 1957 qui satisfasse les deux parties. L’État libanais achète le privilège de la société française dont le siège social sera transféré de Paris à Beyrouth. Le gouvernement libanais pourra racheter la concession dès 1976. Avec ses 225 000 mètres carrés de zone franche, ses trois bassins, le port de Beyrouth est, à la veille de la guerre, le port le plus important du Moyen-Orient. Dès 1975, les batailles pour avoir le monopole du port font rage. Des incendies monstres éclatent et détruisent entrepôts et immeubles en avril 1975 et en juillet 1978. Malmené, pillé et incendié, le port connaîtra la pire période de son existence. Haïfa et Alexandrie supplantent Beyrouth. Pourtant c’est durant cette sombre période que seront édifiés les 4ème et 5ème bassins récupérés par l’armée libanaise en 1983. Puis ce sera de nouveau l’immobilisme avec quelques rares périodes de trêve mais un mouvement maritime faible. Le 5 décembre 1990, l’armée prend définitivement le contrôle du port de Beyrouth qui sera rouvert officiellement le 13 mars 1991. Aujourd’hui le mouvement du port est florissant avec pas moins de 3000 bateaux par an, de nouveaux quais, un nouveau terminal et une nouvelle zone franche. 

 

La légende du Awn Allah est tenace. Un trésor de Rackham le Rouge à la libanaise. Le port est en pleine expansion quand, le 24 février 1912, deux cuirassés italiens se profilent à l’horizon. Ils ne sont visiblement pas là pour profiter du bon air de Beyrouth. En conflit avec les autorités ottomanes, leurs revendications sont claires : ils demandent qu’on leur livre deux bateaux turcs amarrés au port. Les hostilités commencent et les habitants descendent aider les Turcs. Les navires italiens bombardent alors la ville tuant plus de quatre-vingts personnes et infligeant de lourds dégâts au périmètre du port. La Banque ottomane est touchée et les deux bateaux turcs coulés. Un de ces bateaux s’appelait le Awn Allah et, même si l’histoire raconte qu’il a été dégagé en 1920, les pêcheurs de Beyrouth affirment que les entrailles du bateau contenaient une bonne quantité d’or de la Banque ottomane et que l’épave repose toujours dans les fonds maritimes libanais. C’est pourquoi depuis, et jusqu’à aujourd’hui, les plongeurs rêvent tous de découvrir le trésor des Turcs perdu en mer. C’est la faute aux Italiens ! 

 

Le 14 septembre 1969, le président Hélou pose la première pierre du complexe gare routière-viaduc dans le quartier du port. Cette gare à trois niveaux allait servir au stationnement des autobus, des taxis-services et des voitures privées. Elle est gravement endommagée durant la guerre, réhabilitée et rouverte au trafic en 1997. La gare est le point de rencontre des travailleurs journaliers qui « descendent à la ville » gagner de quoi nourrir leur famille. Les taxis et les minibus sont au rendez-vous et les rêves, étrangers ou libanais sont les mêmes. Mais pour tirer son épingle du jeu cruel de la vie, il faudra vivre au jour le jour, se lever tôt et rentrer tard, venir à Beyrouth ou rentrer chez soi, trimbaler en aller-retour ses muscles fatigués et ses désillusions. 

 

 

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