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AU SCALPEL, une pièce à l’humour tranchant

09/03/2024|Maya Trad

La petite salle du théâtre Monot (ACT) se prête parfaitement au jeu du huis clos intime, surtout quand le spectacle qui s’y joue est un thriller psychologique haletant et déstabilisant. C’est le cas de AU SCALPEL, la pièce française écrite par Antoine Rault, qui met en scène un véritable duel verbal entre deux frères qui après des années de dispute et de détestation, se retrouvent face à face, quand l’un vient sonner à la porte de l’autre pour « parler ». 

Le premier est médecin chirurgien (Cyril Jabre). En robe de chambre et pantoufles, il s’apprête à aller se coucher quand le second, photographe (Nadim Chammas) débarque chez lui avec une nonchalance feinte, servie par son costume de baroudeur, pour tenter de régler ses comptes. Mais les comptes avec le passé ne se règlent pas si facilement que cela, et Freud lui-même se retournerait bien dans sa tombe devant cette tentative ratée d’inventaire qui rend la situation cocasse et incandescente… 

Un texte écrit comme sur du papier à musique, qui par la justesse de ses joutes, tient les spectateurs au plus près des acteurs. Physiquement d’abord, vu que la scène est circonscrite au centre de la salle, cernée par les chaises du public et que les deux protagonistes, livrés à ce face à face, mais aussi à eux même, vont tout faire pour tenter de s’extirper de ce piège, comme deux boxeurs sur un ring de combat. Feintes, esquives, blocage, pas de côté, contre-attaques, dégagement, absorption… tous les coups sont permis et la pièce aurait pu tout simplement s’intituler : Tu oses ou tu dis la vérité ?  Ce sera donc à celui qui saura le mieux tenir tête à l’autre, à celui qui se livrera le moins ou qui osera le plus…et nous assisterons, en vains spectateurs, à ce jeu de pouvoir et de dupes, étouffant, sans issue, mais exaltant. Car quoi de plus ambivalent que les sentiments de deux frères pris dans les affres de la fratrie et de la jalousie originelle qui depuis la Bible est venue tourmenter Abel et Cain. 

Lina Abiad qui signe la mise en scène, utilise l’effet miroir du double dans tous les éléments scénographiques. Un fauteuil blanc, face à un fauteuil noir, deux portraits stylisés de femmes de part et d’autre qui se toisent et qui sont au centre du drame. Présentes/ Absentes, elles ne sont en fait que l’accessoire de la brouille et de la tourmente des sentiments qui depuis l’enfance marinent encore dans ces deux adultes qui n’en sont pas. A l’instar d’Abel et Cain qui désirent avoir la reconnaissance de Dieu, les deux frères de la pièce revendiquent eux l’amour de leur mère, ou alors des deux épouses laissées dans l’ombre, avec qui chacun aurait eu une liaison. Même la lame d’un scalpel n’arrivera pas à bout de cette vérité. 

Rapport de force ou de lâcheté ? Les deux frères dont le jeu exprime bien toutes les nuances de cette lutte intestine, n’en sortent pas moins écorchés, et la vérité demeurant à jamais occultée, cause le trouble profond de cet amour pris au piège de la haine.  Et pour preuve ; le seul aveu que l’un pourra soutirer à l’autre tiendra dans cette réplique : « Avoues que tu me hais »… comme un amoureux supplierait « dis-moi que tu m’aimes »  

 

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