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« À mort »… tous

16/04/2022|Gisèle Kayata Eid

J’ai appris par hasard qu’aujourd’hui, 16 avril, c’est la journée mondiale de la voix. Et cela a résonné en moi d’une façon assez violente. Ma voix. Quand j’ai peur et que je crie, quand je m’emporte et que je hurle. Quand j’ai trop mal et que j’appelle. Quand je suis de bonne humeur et que je chante. Quand je cajole mes tout-petits et que je leur surine des mots d’amour. Quand je suis heureuse et que je crie de bonheur… Je me rends compte, avec cette commémoration que ma voix est mon arme la plus puissante pour m’exprimer. Je ne bats pas des mains, ni tape du pied… J’emploie ma voix. C’est ma voix qui porte mes sentiments, qui les communique, qui les partage. 

 

Et je pensais à mon vote. À ma voix que je vais donner à quelqu’un ou quelques-uns. En un geste aussi anodin et peut-être machinal, je vais la déposer sur un bulletin et l’offrir à des candidats qui s’entre-déchirent pour l’avoir. Je vais définitivement me taire pour quelques années et leur confier mes peines, mes inquiétudes, mes espoirs, mes désirs, mes besoins… Ouf, c’est grave. 

 

Et là, en ce jour de célébration, je me dis qu’aucun slogan, aucune ritournelle aussi joliment emberlificotée ne m’embobinera jamais plus. J’ai trop mal d’avoir été bafouée, méprisée, volée littéralement. J’ai trop mal d’avoir été chassée, répudiée, isolée pour que d’autres jouissent de ma maison, de mon pays, de mon soleil, de mon habitus. J’ai trop souffert de voir détruire tout ce qui a fait mon identité, ma fierté. J’ai trop donné pour un pays qui m’habite parce que c’est le mien et que je me battrai longtemps encore, à ma manière, pour le garder et le sauver des loups. J’ai été trop longtemps bernée par des promesses, des ententes, des alliances…

C’est fini. La mascarade a assez duré. Ils se rabibochent tous les uns les autres, posent ensemble pour des photos souvenirs, s’ingénient à trouver des slogans fédérateurs… Et ils pensent avec cela gagner ma voix…   

 

C’est fini. FINI. Ma voix n’ira qu’à celui ou celle qui n’a encore rien essayé pour venir en fin de course m’offrir leurs jérémiades de « nehna fina » ou « ma khallouna », après m’avoir dépouillé d’absolument tout, jusqu’aux besoins primaires de manger, de boire, d’avoir un toit en sécurité. Et qu’elle soit déjà caduque ou enterrée, je regrette pour eux tous, la formule « kellon 3yanneh kellon » ressuscitera chez moi.

 

Ma voix je ne la donnerai qu’à celui qui œuvre pour que mon cri de peine, de peur, d’insatisfaction, de frustration se transforme en cri de joie. Et dans les « listes », ces listes de la honte que j’appellerai, tant elles ont failli au mot d’ordre « Unissez-vous », supplié depuis ce 17 octobre où nous avons crié en osant espérer que nous sommes un seul peuple… Dans ces listes, il y aurait bien un ou deux qui mériteraient ma voix. J’ai encore un mois pour me renseigner. Je vais m’y atteler. Je farfouille bien sur Google pour tout et pour n’importe quoi. Là, il y va de mon avenir. Je mènerai mes recherches pour voir dans ma circonscription, parmi les candidats sur ces listes fabriquées pour dépecer l’opinion publique si celui ou celle qui mérite ma voix vaut la peine que je me taise pour lui ou pour elle. Et pour tous les autres, je crierai « À mort ».

 

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