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‘Illusions’ ; quand les masques tombent

17/01/2019|Nayla Rached

Les planches du théâtre Monnot accueillent, du 17 au 27 janvier, la pièce ‘Illusions’, mise en scène par Carlos Chahine, sur un texte du dramaturge russe contemporain Ivan Viripaev. Et si la vie n’était qu’une illusion ? 

"Bonjour. Je veux vous parler d'un couple marié. Des gens formidables. Ils ont vécu ensemble cinquante-deux ans. Cinquante-deux ans ! Ensemble tout le temps. Une vie très bien remplie. Une vie pleine ! Un très bel amour. Elle se prénommait Sandra, lui Dennis". Il est sur son lit de mort et sa femme est à ses côté, l’accompagnant, comme toujours, dans ses derniers moments. Serena Chami est au-devant de la scène et elle raconte au public cette histoire, une histoire d’amour, ou du moins ce qui, dans ces premiers mots, peut se présenter comme une simple histoire d’amour. Mais c’est sans compter les bouleversements qui vont surgir presque aussitôt de cette première confession terminée. Et Serena Chami enchaîne sur une deuxième confession ; les masques tombent, l’illusion se dévoile. 
Nous voilà plongés dans le monde de l’incertitude où perce une seule certitude : tout est illusoire. Les pistes, toutes les pistes sont brouillées, les pistes de la vie, et les pistes du théâtre. Les quatre comédiens sur scène, Serena Chami, Carole Hajj, Wissam Farès et Joseph Zeitouny, n’incarnent pas les quatre personnages dont il est question, Sandra, Dennis, Albert et Margaret. D’ailleurs, on ne sait même pas s’ils les ont connus ou s’ils les ont inventés, comme des projections de ce qu’eux-mêmes pourraient un jour devenir. Et des comédiens même on ne sait pas grand-chose, ni pourquoi ils sont là autour d’une table, ni quelle relation les lie les uns aux autres. Ils sont juste reliés par le fait de la parole, par le mot, par le texte, par le récit qu’ils nous racontent. 

A la mise en scène classique se substitue un récit à quatre voix qui nous emmène dans les méandres de la vie de quatre personnages, deux couples amis aujourd’hui octogénaires. Et ce récit est loin d’être chronologique, il commence par la mort et s’achève par la mort. Entre les deux, des bribes de vie recueillies pêle-mêle, comme des "fables", comme de "menus détails" d’un tout. Comme les films super 8 projetés sur l’écran géant au fond de la salle ; ce sont ceux de la famille du metteur en scène Carlos Chahine et ils se sont parfaitement insérés dans la performance, comme une pièce manquante qui complèterait l’illusion et brouillerait davantage les pistes. Voilà de quoi la vie est constituée : des tronçons d’histoire. Et voilà de quoi le théâtre est constitué : des séquences reconstitués en fil continu comme un dialogue pour faire germer la réflexion et l’imaginaire dans les interstices du texte.

Avec humour et avec une simplicité déroutante, en des mots puisés du quotidien et de situations anodines, Ivan Viripaev croque le mystère de la vie, de l’amour, du désir, de l’enfance, du rêve, de l’image. Ce n’est pas un mystère que la vie est effectivement un mystère, mais la force du texte et de la pièce réside dans la manière de le donner à voir, dans la manière de détourner le genre théâtral en annihilant la conception qu’on avait de la représentation théâtrale, de la mise en scène, de la scénographie, du personnage, du rôle, ce masque antique qui s’autodétruit ici. 

A mesure que des pans de vie sont dévoilés, entrecoupés d’anecdotes et de blagues directement adressés au public, -comme pour rappeler la part du fictif dans le processus, le masque dans la vérité de l’être-, l’humanité apparait dans ce qu’elle a, à la fois, de plus profond et de plus léger, de plus éphémère et de plus pérenne. Et on sort de la salle, porteur de cette interrogation de Margaret : "Mais il doit bien y avoir un minimum de constance dans ce monde ?", bouleversé et apaisé par cette vie illusoire qui continue. 
 

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