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Abdel Rahman el Bacha, le pianiste qui joue comme si la vie en dépendait

12/04/2019|Alain E. Andrea

 

‘‘Bach est un astronome qui découvre les plus merveilleuses étoiles, Beethoven se mesure à l’univers. Moi, je ne cherche qu’à exprimer le cœur et l’âme de l’Homme’’. C’est en ces termes que Chopin élucidait sa vision de la musique. Ce ‘poète du piano’ a réussi à évoquer, grâce à la poésie de sa musique mélancolique et gaie à la fois, les sentiments les plus nobles et profonds que peut ressentir l’être humain. Il demeure à jamais le symbole incontournable de la musique romantique. Acclamé pour la finesse de son jeu et sa musicalité absolue, le grand pianiste de renom mondial Abdel Rahman el Bacha est de retour à Beyrouth pour rendre hommage à ce génie du clavier. Un concert, avec l’Orchestre Philharmonique du Liban (OPL), qui promet déjà de s'inscrire dans les annales. Au programme, le concerto pour piano et orchestre en mi mineur de Chopin et Schéhérazade de Rimski-Korsakov.

Shéhérazade est un poème symphonique de Rimski-Korsakov, structuré en quatre mouvements qui, à l’origine, étaient sans titre, mais qui, plus tard, ont été nommés par Anatoly Lyadov, ancien élève du compositeur russe. Cette œuvre est puisée dans les contes orientaux des Mille et une nuits. Elle évoque des histoires individuelles de ces nuits mais unies par un récit : le cruel sultan Shahriyar, convaincu de la perfidie et de l’infidélité de toutes les femmes après avoir retrouvé sa femme dans les bras d’un esclave, décide de décapiter son épouse et toutes celles qui le deviendront par la suite, au rythme d’une par jour, jusqu’à ce que le tour arrive à Schéhérazade. Pour sauver sa peau, elle décide de raconter quotidiennement une histoire extraordinaire au sultan tout en s’assurant que la levée du jour l’empêche d’en achever les péripéties. Le récit est si palpitant qu’il retarde chaque fois sa décapitation. Colorée et très variée, l’œuvre renferme un solo de violon récurrent qui représente Shéhérazade et un thème profond et pesant, joué par les cuivres, qui correspond au sultan. Le dernier mouvement « Fête à Bagdad » fusionne les mélodies précédentes tout en les transformant et en leur donnant une nouvelle identité. Les fanfares de cuivres du deuxième mouvement reviennent, reprenant à plusieurs reprises les mélodies et les motifs précédents jusqu'à revenir à la voix de Shéhérazade, le son doux et charmant du violon rejouant les deux cadences du début de moins en moins fort. Le sultan finit par s'endormir. Un thème festif se développe marquant la victoire de Schéhérazade qui a survécu à un voyage tumultueux au milieu d'une folie déchaînée. Cette magnifique œuvre est suivie de la vedette tant attendue de la soirée : Abdel Rahman Bacha et son concerto de Chopin en mi mineur. 

‘‘C’est la vie, pas un professeur, qui peut enseigner Chopin. On peut sentir comment jouer Chopin, on ne peut pas l’apprendre’’, disait Wilhelm von Lenz, le célèbre auteur de Beethoven et ses trois styles (1855) et un ami proche du musicien polonais. En effet, Chopin n’est pas qu’un simple compositeur, c’est un génie non seulement de son époque mais de tous les siècles, un visionnaire du romantisme avec une conscience aigüe de la réalité d’un monde étrange et merveilleux, et des sentiments humains d’une intense poésie. Il est aussi le peintre de nouvelles couleurs humaines dont les dégradés suggèrent une multiplicité de rythmes et d’harmonies qui ravissent l’auditeur mais le laisse nostalgique d’un inaccessible paradis. Pourquoi ? Ève Ruggieri, auteur de Chopin l'impossible amour (1994), semble avoir la réponse : ‘‘Chopin, c’est autant la grisante virtuosité de certaines valses que cette mélancolie qui touche au cœur immédiatement. Une mélancolie qui prend les couleurs tragiques de la maladie, ce mal du siècle qu’était la tuberculose, puis de la mort prématurée à 39 ans’’ et incarne également la nostalgie qu’exacerbe la douleur de l’exil. 

Fréderic Chopin composa son concerto en mi mineur à l’âge de 20 ans et le joua souvent lors de ses tournées en Europe et ses débuts parisiens chez Pleyel en 1832. Cette œuvre démontre encore une fois son tempérament où se mêlent en même temps tendresse, fougue et virtuosité, bref le génie du romantisme dans toute sa splendeur. Ce concerto est le deuxième composé par Chopin mais le premier à être publié, d’où la désignation de « Concerto no.1 ». Il est formé de trois mouvements et met, la plupart du temps, en exergue le rôle dominant du soliste avec un orchestre. Composé de trois thèmes, le premier mouvement, Allegro maestoso, s’ouvre comme la plupart des brillants concerti, sur un thème d’ouverture confié aux cordes qui sert de thème introductif au thème principal et qui se caractérise par un esprit et une richesse dont Beethoven, le premier romantique, aurait pu être fier. Dans le thème principal, on entend l’écho très éloigné mais distinct, d’une polonaise tandis que dans le thème contrastant on ressent l’aura d’un nocturne. Le second mouvement, Romance (Larghetto) où l’esprit de rêverie prévaut avec quelques traits romantiques proches du bel canto. «Il n’est pas fait pour être fort; c’est plus une romance, paisible, mélancolique; il faudrait qu’il donne l’impression de contempler tendrement un lieu rappelant mille souvenirs chers. C’est une espèce de méditation par un splendide temps de printemps, mais au clair de lune. Voilà pourquoi j’ai étouffé l’accompagnement », précise le compositeur dans une lettre écrite le 15 mai 1830. Il expliqua ensuite comment il était possible de créer cet état d'esprit « par le jeu de cordes, dont le son est étouffé par les sordini" qui constituent « une sorte de peigne, qui couvre les cordes et leur donne un nouveau ton argenté ». Ce mouvement transporte l’auditeur dans un monde de musique douce et intime où la narration du piano oscille entre rêve et réalité, et coule comme une improvisation libre, non soumise aux dictats de la forme musicale. Le troisième et dernier mouvement, Rondo (Vivace), composé avec beaucoup d’hésitations et de difficultés, met en scène les rythmes du Krakowiak, une danse polonaise syncopée à deux temps. On assiste ainsi à la magie des sonorités toujours plus subtiles et ingénieuses qui atteignent le sommet d’un romantisme ivre et sans limite. 

Liszt déclarait, il y a plus de cent ans, que le piano est le roi des instruments. Le public affirme avec vigueur, depuis plusieurs décennies, que le pianiste franco-libanais Abdel Rahman el Bacha est celui qui a redonné tout son sens à l’instrument roi. Sa connaissance approfondie du répertoire romantique et particulièrement de l’intégrale des œuvres de Chopin en fait l’interprète de référence. Vendredi soir, ses doigts, tels dix musiciens dont il sera l’éminent chef d’orchestre, tisseront de somptueuses mélodies de « haute laine » et donneront ainsi le coup d’envoi d’une réforme dans l’interprétation musicale et orchestrale qui témoigne de ce qu’un vrai pianiste et un vrai chef d’orchestre, comme il n'en existe plus, devraient être.  ''J’ai découvert le concerto en mi mineur de Chopin à Beyrouth lorsque j’avais 13 ans, dans un enregistrement du pianiste polonais Braïlowsky, et ce fut le coup de foudre. Je n’hésitais alors pas à affirmer que c’était la plus belle œuvre musicale de tous les temps. Je l’ai jouée pour la première fois à l’âge de 14 ans, et ce fut mon dernier concert avec orchestre avant de quitter le Liban pour l’Europe, en 1974. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le sentiment que Chopin a pu éprouver lorsqu’il donna ce concerto au concert d’adieu à Varsovie à l’âge de 20 ans'', déclare el Bacha dans un entretien avec l’Agenda Culturel. Concernant le concert de vendredi, il ajoute : ‘‘Je ne peux rien promettre au public, car il y a des imprévus dans un vrai concert. Mais on peut dire que ceux qui veulent écouter parmi les plus belles musiques jamais composées ne seront pas déçus, s’ils ne connaissent pas encore cette œuvre’’.

En collaboration avec le Rotary Club, l’Orchestre Philharmonique du Liban en concert
Lubnan Baalbaki, direction
Abdel Rahman el Bacha, piano


A savoir

Vendredi 12 avril 2019 à 20h30

Eglise St-Joseph (Monnot)

Billets à 15.000 LL, 30.000 LL et 45.000 LL




 

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