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Atiq Rahimi se confie au Bookclub

16/11/2013

Nous l'admettons, oui, le Bookclub a été très gâté cette année par le Salon du Livre Francophone de Beyrouth. En effet, nous avons obtenu des entrevues privées- dans les salons d'un grand hôtel beyrouthin- avec trois auteurs, et non les moindres : Philippe Claudel, Sorj Chalandon et Atiq Rahimi.


Atiq Rahimi, facilement reconnaissable à son Borsalino noir, son gilet et son foulard à la mode afghane, nous a accordé une longue entrevue, au risque d'exaspérer la journaliste qui l'attendait en piaffant d'impatience.
Rahimi a répondu à toutes nos questions concernant son dernier livre ‘Maudit soit Dostoievski’, mais aussi sur ‘Terre et Cendres’ et ‘Syngué sabour’, que nous avions lus en 2008 dans le cadre de nos réunions. Nous nous sommes aussi attardés sur ses œuvres cinématographiques, la dernière en date, ‘Syngué Sabour’, ayant été présentée au ‘Festival du film de la résistance culturelle’ de Tripoli

Comment êtes-vous arrivé à l'écriture?
Cela remonte à mon adolescence. Grâce aux encouragements de mes parents, j'ai pu lire Victor Hugo, Diderot, Balzac et Flaubert (en persan!), ce qui m’a ensuite mené à créer mes propres histoires.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette phrase que vous aviez prononcée en 2001 lors d'une conférence de presse à Montréal : "Je suis boudhiste car j'ai conscience de ma faiblesse, je suis chrétien car j'avoue ma faiblesse, je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse, je suis musulman parce que je combats ma faiblesse, je suis athée si Dieu est tout puissant"?
Mon voyage initiatique en Inde avec mon père m'a donné conscience de la force de mes faiblesses. Regardez mes personnages! Ce ne sont des héros que grâce à leurs faiblesses et à leurs failles. C'est en essayant de se surpasser qu'ils deviennent humains, et c'est en cela qu'ils m'intéressent.

Comment avez-vous été amené à écrire votre livre ‘Terre et Cendres’? Est-ce inspiréd'une expérience personnelle ?
Effectivement, deux événements que j'ai vécus ont influencé mon récit.
Le premier a eu lieu en 1980 à mon retour d'Inde, au début de la guerre afghano-soviétique dans les provinces de Kaboul. Je voulais voir la guerre et témoigner des conditions de vie difficiles des mineurs. J’ai donc décidé d'aller avec des jeunes à la recherche de charbon, car on annonçait un hiver très rude. C'est là que j'ai rencontré ce vieux, auquel je n’ai jamais parlé, mais son visage, sa solitude et son égarement m'ont marqués à jamais. J’ai écrit son histoire, du moins telle que je me l’imaginais.
Le second événement est lié à l'assassinat de mon frère, assassinat que je n'ai appris que deux ans plus tard. Comme mon héros, qui ne sait pas comment annoncer à son fils la mort des siens, mes parents ont préféré le silence. Je voulais comprendre, au travers mon livre, le silence de mes parents et leur impossibilité à faire le deuil. En fait, j'écris pour comprendre.

Bien que vivant en France depuis longtemps maintenant, la guerre sert encore d'arrière-plan dans votre dernier livre ‘Maudit soit Dostoievski’.
Je sais pertinement que mes écrits n’empêcheront jamais le déclenchement d’une guerre, mais je crois au pouvoir de la parole, au mot salvateur et libérateur. Prenez par exemple la femme dans ‘Syngué Sabour’ : elle ne se libère de la violence et de l'injustice qu'elle ressent qu'au travers de la parole. De même, pour éviter le cycle infernal de la violence des guerres, pour qu'une nation puisse faire le deuil, les procès des criminels de guerre sont nécessaires. Je traite la guerre en second-plan car elle n'a pas d’autre de rôle à mes yeux que celui de modifier le destin des hommes.

A la question “vous en voulez à Dieu ou aux hommes ?”, Atiq Rahimi répond par une pirouette, et termine comme toujours dans ses livres sur une fin ouverte: “Des fois, je me demande si on n'a pas créé toutes ces idéologies pour justifier nos crimes”.

Sous le regard assassin de la journaliste qui attend toujours, il se prête de bon cœur au jeu des dédicaces. Les siennes sont élégantes, personnalisées et reflètent sa double identité.

Yara Jachan, membre du Bookclub
 

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