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Haven for Artists, un havre de paix dédié à l’art

12/01/2019|Emmanuel Khoury

Haven for Artists est bien plus qu’un lieu où l’on peut aller boire un verre rue d’Arménie, c’est une véritable usine à productions artistiques en tout genre. Depuis sa création en 2011, cette ONG libanaise n’a eu de cesse de promouvoir l’art dans sa plus grande diversité : plusieurs centaines d’artistes libanais et étrangers y ont exposé leur travail, des milliers de personnes ont pu régulièrement assister à des rassemblements artistiques, des projections filmiques, des sessions musicales, et même des récitations poétiques. Ces déclamations de vers sont d’ailleurs orchestrées pas l’instigatrice du lieu, Dayna Ash, que l’Agenda Culturel a rencontré pour lui poser quelques questions.


Haven for Artists, qu’est-ce que c’est ?
C’est un lieu hybride : nous proposons des ateliers, organisons des expositions, un programme de résidence artistique, un réseau d’artistes, et même un café. Nous n’appartenons à aucun groupe politique au sens que nous sommes distant de tout parti politique, mais nous proposons une vision, un message pour la société. Nous sommes une organisation à but non lucratif féministe incluant hommes, femmes et LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transgenre) consacrée à l’art. A ce titre, par exemple, nous avons créé en 2017 l’événement Radical à l’Institut Français de Beyrouth : c’était la première fois que des artistes venaient s’exprimer sans censure à propos de l’identité des genres et transgenres dans le Moyen-Orient. Nous sommes des volontaires bénévoles qui nous battons pour la liberté d’expression.

Comment est né ce lieu ?
A l’origine, Haven était un pop-up : on organisait des événements artistiques (art visuel, musique, poésie, performances…) qui réunissaient des artistes libanais dans divers endroits tels que le Crew bar de Mar Mikhaël, le Modjo à Hamra, puis à Station Beyrouth, platform 39, Art lounge... et enfin dans des galeries de plus en plus importantes jusqu’à l’obtention d’un lieu à nous. La première année, en 2011, j’étais seule, puis de nombreux artistes m’ont rejoint, et aujourd’hui nous sommes toute une équipe d’artistes. La communauté de Haven est composé de créateurs : c’est pour l’art et par l’art.

Pourquoi avoir créé Haven for Artists ?
D’abord il y avait une dimension personnelle : je trouvais que l’art n’était pas accessible sur le plan financier. Limitée en tant qu’écrivain, puisque je ne pouvais accéder au monde de l’art, je trouvais que l’art et les artistes n’étaient plus connectés. Avec Haven, on peut aujourd’hui unifier les créations avec les créateurs, et les libre-penseurs. Nous voulons supprimer la compétition qui opère dans le monde de l’art pour la remplacer par une communauté soudée.

L’idée principale est donc la création d’un lieu où les artistes peuvent se rejoindre ?
On veut effectivement partager un réseau, des outils, des savoir-faire, des contacts, des principes, des valeurs… L’idée est véritablement de pourvoir un espace paisible où la communauté artistique peut se retrouver. Imaginez que vous êtes réalisateur et que vous avez besoin d’un ingénieur son, vous pourrez le trouver ici, échanger et collaborer avec lui, et peut-être même gratuitement. 

N’importe quel artiste peut venir et exposer son travail ?
Oui, mais il y a une sélection au préalable : on examine la longévité et la faisabilité du projet. Si on sent qu’on ne peut assurer des facilités à l’artiste, on ne veut pas donner de faux espoirs. On regarde comment produire l’artiste, comment l’assister financièrement et dans quelles mesure on peut lui procurer une visibilité sur le réseau des artistes.

Yasmina Rifaii, directrice artistique à Haven et architecte d’intérieur poursuit : ‘‘Nous sommes une large équipe, on a tous étudié l’art dans différents domaines. On essaye de ne pas être des curateurs, on veut pousser des jeunes artistes talentueux sérieux qui veulent proposer un message à la société’’.

Sur le site il est écrit que Haven for Artists se revendique comme étant une scène artistique underground au Liban et au Moyen-Orient. Et les artistes occidentaux dans tout ça ?
En fait, nous accueillons beaucoup d’artistes internationaux. Nous avons un programme de résidence ouvert aux artistes du monde entier.

Sasha Matar, responsable du programme de résidence et designer de produit prend la parole : ‘‘nous avons 4 chambres à l’étage, il y a des artistes internationaux qui viennent pour une période de trois mois en général et on les pousse à collaborer avec des artistes locaux et régionaux. Depuis 2016, nous proposons cette résidence. Chacun amène avec lui son univers, on a déjà eu à Haven 38 artistes venus de partout (Brésil, France, Mexique, Japan, Chine …), et ceux qui sont venus reviennent souvent ! On les incite à travailler dans nos studios, l’équipe vit avec les artistes, on échange et travaille ensemble, une relation très intime est construite entre l’équipe et les artistes à la fin’’.

Au nom Haven for Artists est associé le syntagme “Concept 2092”, qu’est-ce que cela signifie?
C’est le numéro d’ONG que nous avons reçu en 2017 après l’exposition Radical. Nous étions une petite organisation avant ça, puis nous avons reçu ce numéro qui a officialisé notre existence en tant qu’Organisation Non Gouvernementale (ONG). Depuis, nous organisons une fois par mois un débat intitulé ‘engagement civique’ : on amène différents directeurs d’ONG pour discuter avec le public des choses qu’ils entreprennent, dont l’objectif est d’amoindrir le manque de connaissances entre ce que les organisations font pour la communauté et ce que la communauté sait de ces actions.

Quels sont les projets pour 2019 ?
Nous comptons organiser deux grandes expositions et un festival original, réunissant des artistes locaux, de la région et internationaux. Nous prévoyons aussi une collaboration collective avec l’Institut Français au mois de mai autour du thème des vices et de leur fondement. Suite à Radical, qui était la première projection de “queers” (terme péjoratif pour désigner des homosexuels) au Liban, il y a aura, à l’ambassade, treize réalisateurs qui projetteront de manière inédite au Liban des productions censurées ici mais autorisées en France.

 

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