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Yves Gaudin, En vérité * Oui, on peut tuer par amour !

04/03/2020|Bélinda Ibrahim

Plusieurs énigmes au sein d’une même histoire

Le récit commence par les tentatives de suicide ratées d’un inspecteur de police, Émile Blanchard, viré de ses fonctions et n’ayant pas le courage d’en finir que par le truchement de la « chance », tout comme à la roulette russe, d’être percuté par un véhicule. Il traverse cette même route depuis trois ans, les yeux fermés, et la mort n’a toujours pas répondu présente. 
Yves Gaudin nous entraîne dès le chapitre suivant à découvrir l’histoire dans l’histoire qui a mené cet homme au désespoir, ou plutôt à une sorte de détachement de soi ; un soi bridé, blindé, vidé de ses émotions. L’ex-policier enquête sur un triple meurtre pour le moins étrange. Le tueur a procédé les trois fois de la même manière, menant ses victimes à une mort violente et douloureuse après des ébats sexuels torrides. Leurs langues ont été arrachées…par des dents ! C’est dire la rage du meurtrier. Comme si ce dernier voulait faire taire doublement ses victimes : en les privant de la parole et en les achevant. Ce genre d’assassinat fait tout de suite penser à une vengeance sophistiquée. Le mode opérationnel l’indique. Des images de « Kill Bill » avec Uma Thurman en mode décapitation se sont alors imposées à mon esprit. Et j’ai intégré l’imaginaire de Gaudin, musicien, musicothérapeute et docteur en psychologie, ayant particulièrement travaillé sur l’enrichissement du langage des enfants autistes dans le cadre de sa thèse. J’ai compris le savant mixage qui a donné naissance à cet ouvrage/élixir. Couper les langues, tuer par amour, revenir aux traumas de l’enfance pour trouver des raisons aux multiples énigmes intrinsèquement liées que le lecteur découvrira au fil des pages. Et se délecter de ce vocabulaire imagé qui concentre en lui une multiplication de portes à ouvrir pour s’offrir un florilège de hors-pistes. J’ai pris soin de noter des images écrites comme « l’amour en boîte » lorsqu’il évoque la masturbation. Des phrases qui pourraient faire office de titres d’ouvrages et sur lesquelles on pourrait disserter à souhait. Des paragraphes difficiles à extraire au risque d’être tentée de dévoiler le contenu du livre dans son intégralité, alors je pique (presque) au hasard ces quelques lignes : 
(…) « Hier soir, à la veillée mortuaire, j’ai cru voir tes poumons se soulever, comme une hallucination, j’ai même pensé que tu respirais encore jusqu’à ce qu’une mouche sorte d’une de tes narines et que personne ne songe à la chasser de là. Je nous revois encore, toi la Madone et moi l’enfant. Vie sordide. Ton ivresse, c’était pour oublier. Ta prière, pour te révolter. Mes nuits seront blanches et froides. Au fourneau tu avais mille bras, mille bouches. Ici, tu es muette à jamais. Je ne pourrai plus vivre que sous un pont. Instable et malhabile. La marée est là et m’emporte avec elle. Je n’ai plus de forme et plus de fond. Je n’ai plus de mémoire et plus de nom. Tout s’arrête. Ton héritage, c’est une blessure » (...)

 

En vérité, en vérité je vous le dis : à lire absolument !
Comme il est hors de question que je compromette votre lecture personnelle en étayant davantage mes propos, je vous conseille vivement de vous procurer cet ouvrage atypique  qui recèle d’innombrables pépites. Il suffit de le commander chez votre libraire s’il n’est pas encore disponible au Liban.
Pour quelqu’une comme moi qui considère que « Belle du Seigneur », « L’écume des jours » et « La promesse de l’aube » sont des livres-cultes, il paraissait improbable que je puisse être séduite par un roman faussement « noir » comme « En vérité ». Et pourtant, je fus conquise, au point d’être éblouie par les colonies de lucioles qui scintillaient entre les lignes. 
Pour la petite histoire, Yves Gaudin avait envoyé son tapuscrit aux Éditions Héloïse d’Ormesson en omettant de noter son adresse courriel. Il a fallu mener une petite enquête pour finir par le notifier via la poste que son tapuscrit avait été retenu. Je ne suis pas psychanalyste pour me permettre d’interpréter cet acte manqué, mais je crois intimement que Gaudin se doutait inconsciemment qu’il avait enfin composé sa symphonie achevée.

 

*Éditions Héloïse d’Ormesson

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