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Une fête de la musique populaire au bord de mer

20/06/2022|Philippe Pernot

Des dizaines d’enfants et leurs familles se baignent devant la presqu’île de Tripoli lorsque la musique démarre. La scène en plein air se dresse sur la Corniche de Mina, pleine de monde : des familles qui se promènent, des enfants en maillots de bain, des vendeurs de kaaké, foul, glaces, jus… L’Institut Français de Tripoli a choisi ce décor idyllique et populaire pour le troisième concert de la Fête de la Musique 2022.

Après deux soirées en musique à Zgharta et à la Magnanerie de Kobayat, c’est donc dans capitale du Nord que se clôturent les festivités. « C’est une consécration », confie Emmanuel Khoury, directeur de l’IF Tripoli : « cette Fête de la Musique met en valeur les nouveaux partenariats que j’ai construits et met à l’honneur des groupes du Nord ». La dabkeh de Rashid al-Najjar, de la région du Koura, est suivie des reprises de pop-rock de Binky, venus de Batroun. Puis, le groupe tripolitain Noojamjem a joué ses créations jazz-funk relaxantes, avant de donner la scène à el-Rass, rappeur engagé de Tripoli populaire chez les jeunes. 

« Cela faisant neuf ans qu’on n’avait pas dansé comme ça », sourient Walid, 30 ans et Fatima, 25. Originaires de Syrie, ils ont fui la guerre et vivent dans le quartier populaire de Beddawi. « En Syrie, on allait danser chaque semaine, mais la guerre nous a ôté toute envie », raconte le couple en regardant leurs quatre enfants courir partout et chanter à tue-tête. Ils ne cachent pas leur enthousiasme face à ce concert gratuit, ouvert à tous, et organisé dans un lieu fréquenté par les Tripolitains. « Il nous faudrait ça chaque semaine ! La musique est bonne et nos enfants sont si heureux », se réjouissent-ils.

Saadé Katouh, musicien de Noojamjem, est lui aussi radieux. « La pandémie nous a mis à terre, et la crise a fait chuter le peu de salaire qu’il nous restait. Alors, jouer là aujourd’hui est un plaisir : on profite de chaque occasion », confie-t-il. Noojamjem est un jeune groupe, né à l’occasion d’un concert dessiné en live à la Magnanerie de Kobayat organisé par l’Institut Français en avril dernier. « C’est génial de jouer ailleurs que dans des cafés et des bars. Là, on apporte notre musique aux tripolitains qui ne nous ont jamais écoutés avant », dit-il.

Un groupe de jeunes se trémousse devant la scène : Zeina, Malek et leurs amis sont venus de Beyrouth pour l’occasion. « On adore Tripoli, qui ne mérite vraiment pas sa mauvaise réputation », clament-ils. L’atmosphère familiale de ce dimanche à la corniche les comble : « C’est sûr que c’est différent de Beyrouth, beaucoup plus proche du réel et authentique, à échelle plus humaine », disent-ils. 

Cette Fête de la musique, réussie, pourrait-elle augurer d’une renaissance de la culture tripolitaine ? C’est l’espoir de nombreux présents, alors que la Capitale du Nord sera nommée Capitale de la Culture Arabe en 2024. « Ce concert est comme un test. Si tout se passe bien, on pourra peut-être reproduire ça dans les souks et d’autres quartiers plus populaires à l’avenir », espère Emmanuel Khoury. 

Photos : ©Philippe Pernot

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