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Un café avec Elie Sfeir

02/12/2019

Pourquoi avez-vous décidé d’organiser des activités culturelles et musicales à ce lieu précis de Beyrouth ? 

Le Grand Théâtre de Beyrouth est un symbole culturel très important de notre capitale. Il a été détruit pendant la guerre civile, et lorsque Solidere a débuté la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, l’entreprise n’a semble-t-il pas souhaité réhabiliter ce lieu fort de notre histoire. Du début du XX° siècle jusqu’au commencement de la guerre civile dans les années 1970, beaucoup de grands artistes, même internationaux, sont venus se produire dans ce théâtre. 

Nous n’avons pas au Liban d’opéra, au point même que l’Orchestre philarmonique du Liban se produit principalement dans des églises !

C’est donc pour interpeller nos élus et la société sur la grande valeur de ce patrimoine artistique et culturel libanais, mais également pour se réapproprier ce lieu chargé de notre histoire commune que nous y organisons ces activités chaque dimanche. 

 

Les lieux tels que celui-ci, ou « the Egg » ont spontanément été réinvestis par la population dès le début de la révolution. Comment expliqueriez-vous cette forte attraction des libanais vers ces lieux abandonnés, et dont l’histoire reste si peu connue par la majorité ?

Nous pouvons expliquer ce phénomène par la nostalgie d’une époque révolue et idéalisée et la recherche d’identité commune des libanais, la recherche de notre patrimoine commun. Ces lieux se sont retrouvés figés dans le temps du fait de la guerre civile, et se réapproprier ces endroits clés équivaut à tourner en quelque sorte la page de ces événements douloureux. 

Nous manquons également d’espaces d’expression artistique, nous devons donc nous engager à restaurer ceux que nous avons déjà, et qui ont été abandonnés. 

 

Quelles activités avez-vous prévu d’organiser ? 

Nous allons organiser deux grands types d’activités. 

D’abord, ce que nous avons appelé « Pour faire revivre le théâtre par la musique » (Nasta3id El teatro bel Moussica)qui présente des performances musicales lors de concerts. Des groupes vont venir à la rencontre des gens pour jouer du jazz, de la musique classique, de la musique traditionnelle et populaire, etc…

Nous avons également commencé à organiser une braderie de livres afin de rendre le savoir littéraire accessible à tous à des prix abordables, avec notamment des livres qui ont un rapport avec l’histoire de l’indépendance, la révolution, ou encore le patrimoine du Liban. Nous l’avons appelé « Nous lisons pour écrire l’Histoire ».

 

On constate partout dans le pays un essor des arts graphiques et des représentations de rue spontanées. Cet investissement de l’espace public par l’art participe-t-il à la révolution ? 

Cet aspect artistique des protestations est même l’image principale de la Thawra parce que la culture, et l’art en général, sont les vrais vecteurs de bouleversement sociaux. 

Le peuple libanais étant très cultivé, et ayant une très grande histoire avec l’art, semble faire la catharsis de sa colère et de ses frustrations par ces formes d’arts qui envahissent l’espace public, et ainsi montrer au monde et à eux-mêmes les talents du Liban. Par cette révolution dont on peut dire qu’elle est culturelle, nous sommes en train de montrer également au monde notre attachement à notre culture et notre identité. 

 

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