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“TU AS AIMÉ LE LIBAN ?”, ÉPISODE #8

15/04/2021

 

“Tu as aimé le Liban ?”, c’est cette phrase que les Libanais répètent inlassablement à chaque Français venu les visiter. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’archétype d’une traduction trop littérale, injustement conjuguée, représentative du multilinguisme qui caractérise le pays. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’expression d’une hospitalité envers le visiteur, mais aussi le reflet de préoccupations concernant la situation politique, économique et sanitaire. Oui, on a aimé le Liban, mais on l’aime encore, et on l’aimera.

 

TU AS AIMÉ L’EXPATRIATION ? 

 

Emma :

Pourquoi le Liban ? La question revient sans cesse. Pas d’attache familiale, pas de visite touristique préalable, quelques connaissances d’origine libanaise seulement et un attrait inexpliqué pour la région. Pourtant, dès l’âge de 15 ans, je prévoyais déjà d’y passer quelque temps. Alors que, à 17 ans, je rédigeais ma lettre de motivation dans l’espoir d’être acceptée à Sciences Po Paris, j’expliquais vouloir passer mon année d’échange à Beyrouth. Et, trois ans plus tard, c’est arrivé. Et je passe une année étudiante à m’imprégner du pays. Et un an et demi après, je fais tout pour y revenir. Et c’est le cas. 

 

Je ne suis pas là par hasard, on ne vient pas s’installer au Liban par hasard. Je suis là par conviction certes, mais parce que je peux me le permettre. J’ai foi en ce pays, mais parce qu’il n’est pas le mien. J’y vois des perspectives d’avenir, mais parce qu’elles ne sont entravées par aucune réalité sociale, économique ou politique qui m'en empêcheraient. 

 

Mes études en France se terminent et mon stage à l’Agenda Culturel prend fin dans deux mois, alors que faire ? Rester ou partir ? Rester parce que je suis épanouie à Beyrouth ou partir retrouver mon pays, mes proches, ma vie en France ? Rester pour activement soutenir la vie culturelle, pour mener à bien des projets qui peuvent réellement aider, pour participer à une sortie de crise ? Ou partir et aspirer à un cadre de vie professionnel et personnel à la hauteur de mes études ? Rester pour tous ceux qui sont partis ? Rester pour tous ceux qui n’y croient plus ? Mais rester pour moi ou rester pour eux ? 

 

TU AS AIMÉ L’EXPATRIATION? (bis)

 

Yaël : 

J’ai beaucoup tourné en rond pour écrire cette chronique. Je ne savais pas de quoi parler qui puisse vous intéresser. Sur certains sujets assez légers, je ne vous apprendrai rien. J’ai alors pensé parler de choses plus profondes, du sentiment d’appartenance à une nation. Mais j’ai tout effacé. Alors je me suis dit que j’allais un petit peu parler de moi et faire un point.

Cela fait bientôt 3 mois que je suis au Liban, et je vis l’une des périodes les plus heureuses de ma vie. Pas que les choses soient les plus simples ici, bien sûr. Mais je m’y sens vivante, je m’y sens épanouie. Je découvre sans cesse de nouvelles choses, et paradoxalement, j’y ai trouvé une routine. J’ai pris mes marques. Je commence à me repérer un peu partout dans la ville, à avoir mes habitudes dans les magasins, à saluer les commerçants de mon quartier. Je me sens chez moi, loin de chez moi. Chez moi dans un environnement pourtant si différent de celui qui est le mien. Le mode de vie oriental m’a séduite. La vie plus imprévisible, plus surprenante, moins rassurante. J’ai choisi le Liban un peu par hasard, et cependant, je ne me vois maintenant nulle part ailleurs. Je pense sans cesse à la détresse de le quitter, lui et les rencontres que j’y ai faites. Je pense sans cesse au retour à la réalité après cette parenthèse ensoleillée. J’ai peur d’oublier. Mais écrire ces chroniques scellent les mots sur le papier, et je pourrai les relire à l’infini. J’écris pour me souvenir, et la semaine prochaine, je reviens vous divertir. 

 

TU AS AIMÉ BEYROUTH ?

Mar Mikhaël se révèle à la nuit tombée. Alors, les taxi-services se démènent pour se faufiler entre les foules venues chercher un bar où s’attabler. Le volume des enceintes monte. Les plats et boissons défilent. 

La vie post-confinement (et post-explosion) reprend, et avec elle l’effervescence de la fête. Bien qu’encadré par le couvre-feu et autres règles de distanciation sociale, Mar Mikhaël reprend des couleurs, et ça fait du bien. Après presque six mois sans bar et restaurant, pouvoir simplement boire un café en terrasse est un pur bonheur. Le monde fait presque peur, après si longtemps sans être habitué à voir une foule. Les banalités de la vie avant le covid nous paraissent aujourd’hui si précieuses. 

On vous conseille le café Kalei pour une après-midi au calme et au soleil, Rwaq pour un apéro sur ses escaliers devenus iconiques, Tenno pour la qualité de ses cocktails. 

 

Face à une situation déroutante, les Libanais vous diront « C’est le Liban », façon de vous expliquer que si vous pensez avoir compris le Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. Mais on cherchera, du mieux qu’on peut, à le déchiffrer : 

Leçon n°8: Les hasards de la vie peuvent amener à des horizons inattendus. N’ayez pas peur de l’inconnu, il se révèle souvent bénéfique.

 

Nos coups de cœur de la semaine: 

  • La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino. Un classique du cinéma italien. Rome, la fête et ses excès, le temps qui passe et la mélancolie qui l’accompagne.
  • Toute la discographie de Ben Mazué, pour sa sensibilité et ses mots, si justes.
  • Martin Eden de Jack London. Parce que c’est mon livre préféré. (Yael)

 

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