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“TU AS AIMÉ LE LIBAN ?”, ÉPISODE #7

08/04/2021

“Tu as aimé le Liban ?”, c’est cette phrase que les Libanais répètent inlassablement à chaque Français venu les visiter. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’archétype d’une traduction trop littérale, injustement conjuguée, représentative du multilinguisme qui caractérise le pays. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’expression d’une hospitalité envers le visiteur, mais aussi le reflet de préoccupations concernant la situation politique, économique et sanitaire. Oui, on a aimé le Liban, mais on l’aime encore, et on l’aimera.

 

 

TU AS AIMÉ VIVRE À BEYROUTH ?

 

Yaël : Après ce petit break, nous sommes de retour au bureau et la vie reprend son cours à Beyrouth. Les restaurants et les cafés ont ré-ouvert, les galeries et le Casino du Liban  aussi. La vie paraitrait presque normale, et pourtant, vivre à Mar Mikhaël me ramène tous les jours à l’explosion. Les bruits perpétuels des chantiers, des ouvriers, des marteaux piqueurs, font partie intégrante du décor, et même s'ils peuvent être épuisants, sont synonymes de reconstruction. 

Aujourd’hui j’aimerais rendre un petit hommage à tous mes amis bénévoles, français ou libanais, qui participent à la reconstruction de Beyrouth. Beaucoup d’entre eux, avec l’ONG Offre Joie, se lèvent tous les jours pour aller au chantier de Karantina. Depuis des mois, grâce à leurs efforts, des immeubles ont été réhabilités et ont pu reloger des familles entières. D’autres, avec l’association Nation Station, cuisinent et distribuent de la nourriture pour ceux qui ont perdu leur logement.700 familles de Geitawi sont nourries chaque jour par l’association, qui organise aussi des projections de films pour réunir autour de la culture.

 

Conscients de leurs privilèges, désireux de se rendre utiles, ces deux associations, parmi tant d’autres (mais je parle de celles qui sont proches de moi), et leurs bénévoles cherchent àredonner vie à des quartiers ou à des habitants considérablement affectés par l’explosion. La tâche est immense, dans un pays où l’État a disparu et les services publics sont absents. Mais la solidarité et l’investissement dont ils font preuve redonne espoir, et les voir, tous les matins, partir à la tâche, me réchauffe le cœur. Une grosse pensée à tous ceux qui œuvrent pour que Beyrouth reste debout.

 

TU AS AIMÉ LA CULTURE?

 

Emma :

Ceci est un manifeste à l’attention de ceux qui n’auraient pas encore saisi la différence entre culture et agriculture. 

 

En octobre 2019, c’est le street art qui exprimait un cri de douleur partagé par l’ensemble de la population. Alors que le monde découvrait l’épidémie de coronavirus, l’art devenait la seule source d’échappatoire face à la distanciation sociale et au confinement. 

Après l’explosion du 4 août, la reconstruction des âmes et de la ville ne peuvent s’envisager sans prendre en compte la culture. Le Liban a besoin, et mérite, de voir sa vie artistique et culturelle prise en charge par des responsables passionnés, convaincus et déterminés.  L’art est un médium de revendication trop important pour être incompris, quand il n’est pas intentionnellement in-entendu. 

 

Si le Liban est aujourd’hui gravement affecté par une crise qui met à mal jusqu’à son intégrité et que les Libanais voient quotidiennement leur pouvoir d’achat baisser et leurs perspectives d’avenir s’amenuiser, quelle place peut-on espérer pouvoir accorder à la culture ?

Une place de première ampleur. 

Pourquoi ?

Parce que l’art témoigne quand l’histoire tait. L’art donne espoir, quand la réalité s’assombrit. L’art subsiste, fédère, fomente une identité durable, là où les enjeux politico-communautaires trépassent, expirent, tombent en désuétude. 

 

TU AS AIMÉ LE LIBAN ?

 

Ces vacances nous ont permis de voir du pays, de découvrir les multiples visages du Liban, de profiter de son climat, de ses paysages. 

Nous avons d’abord loué une cabane aménagée dans le Chouf. Après une balade au milieu des pins, au soleil couchant, nous nous retrouvons autour d’un feu de bois, d’une petite Almaza et préparons un barbecue. L’ambiance nous rappelle les colonies de vacances que nous faisions enfant. 

Le lendemain, direction le Château Belle-Vue, où nous avions réservé pour le déjeuner. Une petite parenthèse très frenchy, vin blanc et Charles Aznavour en fond sonore. 

 

De retour pour quelques jours à Beyrouth, nous en profitons pour narguer nos amis restés de l’autre côté de la Méditerranée en passant nos après-midis et débuts de soirées dans les cafés et restaurants de Gemmayzé. 

 

Pour profiter du beau temps, tout en respectant le confinement prévu pour Pâques, nous décidons de passer quelques jours à Batroun. Ce village nous a tout de suite charmé par ses ruelles étroites, ses restaurants au bord de l’eau, ses couchers de soleils sur la mer et ses couleurs bleues et blanches aux allures de Grèce. Nos journées sont occupées à bronzer et, à la nuit tombée, autour d’un bon repas, nous jouons aux cartes pendant des heures sur la terrasse de notre logement. On se croirait presque en été. 

 

 

Face à une situation déroutante, les Libanais vous diront « C’est le Liban », façon de vous expliquer que si vous pensez avoir compris le Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. Mais on cherchera, du mieux qu’on peut, à le déchiffrer : 

Leçon n°7 : Si l’on devait retirer un enseignement du Covid, c’est que l’on se rend compte de la valeur des choses que lorsqu’on les a perdues. 

 

Nos coups de coeur de la semaine:

- Le film documentaire Pour Sama, dans lequel Waad Al-Kateab, une jeune Syrienne, a filmé à Alep, entre 2012 et 2016, les images de ce documentaire puissant, monté sous forme de lettre à sa fille. Terriblement dur mais terriblement nécessaire. 

- Petit Pays, de Gaël Faye. Il y raconte l’histoire de son «  petit pays », le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire. Un roman entre candeur de l’enfance et horreur de la guerre. 

- Les aventures rocambolesques d’Edouard Baer et Jack Souvant, le nouveau podcast lancé par FranceInter. Farfelu, poétique, baerien. 

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