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“TU AS AIMÉ LE LIBAN ?”, ÉPISODE #4

11/03/2021

 

“Tu as aimé le Liban ?”, c’est cette phrase que les Libanais répètent inlassablement à chaque Français venu les visiter. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’archétype d’une traduction trop littérale, injustement conjuguée, représentative du multilinguisme qui caractérise le pays. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’expression d’une hospitalité envers le visiteur, mais aussi le reflet de préoccupations concernant la situation politique, économique et sanitaire. Oui, on a aimé le Liban, mais on l’aime encore, et on l’aimera.

 

 

TU AS AIMÉ L’EXPATRIATION ?
 

Yaël : Il me semblait inconcevable de parler de mon séjour au Liban sans aborder le thème de la voiture, et ce, pour différentes raisons. Tout d’abord, il y a l’aspect pratique : la voiture est le seul moyen de transport qui existe au Liban. Si vous venez, vous verrez, vous la prendrez tous les jours, et si vous vivez au Liban, alors vous ne connaissez que trop bien les bouchons de Beyrouth et ses klaxons incessants. Les Beyrouthins se déplacent très peu à pied, et ils sont même étonnés lorsqu’ils nous voient marcher. Les services nous alpaguent, étonnés, et nous invitent à faire comme tout le monde : monter à bord, et observer la ville à travers une vitre.

Ensuite, comment aborder le sujet de la voiture sans parler de la conduite libanaise. J’ai cru perdre la vie plus d’une fois au détour d’un carrefour. Ici, il n’est pas question de passage piéton, de limitation de vitesse ou de laissez-passer : les Libanais ont leur propre code de la route et il faut s’habituer à faire confiance, et se laisser porter par votre chauffeur qui va (beaucoup) trop vite. 

Mais laissez-moi vous emmener vers quelque chose de plus poétique. Et une chose que j’aime par-dessus tout au Liban, ce sont les routes. Ces routes qui, en une heure, vous donnent l’impression d'être ailleurs. Ces routes qui longent la mer et les côtes libanaises, ces routes qui montent encore et encore vers les montagnes. Ces routes qui me bercent avec leurs panoramas. Et Beyrouth qui s’éloigne, avec un coucher de soleil. 

 

TU AS AIMÉ LE CINÉMA LIBANAIS ? 

 

Emma : Persuadée que la caméra raconte davantage que ce qui est consciemment dit, et quasi-obsédée par les enjeux mémoriels que traversent le Liban, j’accorde un intérêt tout particulier au cinéma produit dans le pays. Des grands noms (Ziad Doueiri, Nadine Labaki, Philippe Aractingi) aux réalisations plus confidentielles (All This Victory d'Ahmed Gossein, One Of These Days de Nadim Tabet, The Beach House de Roy Dib), la fiction révèle, au moyen de parcours individuels, une réalité collective et nationale conflictuelle, troublée et tumultueuse. Les scénarios d’apparence légère, comme ceux de Caramel (Nadine Labaki), Taxi Ballad (Daniel Joseph) ou Heaven Without People (Lucien Bourjeily) témoignent finalement de fractures inter-générationnelles ou inter-religieuses. La guerre et les enjeux géopolitiques sont omniprésents : West Beirut (Ziad Doueiri), Hors la Vie (Maroun Bagdadi), Sous les Bombes (Philippe Aractingi), Le Cerf-Volant (Randa Chahal Sabbag). Loin des blockbusters américains, la production libanaise s’apparente largement à un cinéma d’auteur, au rythme lent, aux dialogues allusifs. Un cinéma attentif, proche du réel, presque documentaire, comme si témoigner pouvait enseigner. De ces visionnages, je retiens une quête éperdue de sens, d’identité. L’enjeu est presque philosophique, inatteignable donc, mais universel.

 

 

TU AS AIMÉ LA MONTAGNE ? 

 

7h30 du matin, vendredi 5 mars. 

Nouvelle aventure pour vos deux françaises préférées : on part à la montagne. Nous voilà donc, vêtues de nos plus belles tenues de ski (jeans et baskets, l’équipement parfait), dans un taxi direction Mzaar, où nous avons réservé un appartement pour le week-end. Seulement, et comme souvent quand il est question du Liban, tout ne se passe pas comme prévu. Si la route jusqu'à Faraya se déroule sans encombre, on réalise rapidement que nous ne sommes pas les seules à avoir eu la même idée. Pas moins de trois checkpoints, deux heures d’embouteillages, c’est seulement à 13h que, skis chaussés, on enfourche notre premier tire-fesses sous le soleil. On ne voit même pas le temps passer, et nous voilà déjà rentrées pour une tartiflette (on reste Françaises quand même…) bien méritée. Mais le lendemain, un coup de tonnerre s’abat sur le chalet : la station, débordée, se voit contrainte de fermer les remontées. Sans se laisser décourager, on passe au plan B : une petite randonnée. Après deux heures d’ascension plutôt éprouvantes, on découvre un sublime panorama qui surplombe toute la vallée. La vue valait largement l’effort. Seules au monde, on déguste nos keftas et notre fattouche en silence, émerveillées. On en aurait presque pleuré. 

 

 

Face à une situation déroutante, les Libanais vous diront « C’est le Liban », façon de vous expliquer que si vous pensez avoir compris le Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. Mais on cherchera, du mieux qu’on peut, à le déchiffrer : 

Leçon n°4: Rien de tel qu’une escapade dans la nature pour se revigorer. Découvrez, contemplez et appréciez. Le Liban regorge de paysages qui font du bien. 

 

Nos coups de cœur de la semaine :

- Booba arrête la musique après plus de 20 ans de carrière. Il aura marqué le rap français à tout jamais. Pour se consoler du dernier album qui, entre nous, n’est pas terrible, on vous conseille de réécouter son premier album solo Temps Mort. Indémodable.

- Nicolas Maury qui récite du Sarah Kane pour l’émission d’Augustin Trapenard sur France Inter. Le texte est bouleversant et la lecture émouvante. Cliquez ici

- Pas de troisième coup de cœur pour cette semaine, la faute à un week-end agité, on en a presque oublié de se cultiver.

 

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