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“TU AS AIMÉ LE LIBAN ?”, ÉPISODE #15

25/06/2021

 

“Tu as aimé le Liban ?”, c’est cette phrase que les Libanais répètent inlassablement à chaque Français venu les visiter. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’archétype d’une traduction trop littérale, injustement conjuguée, représentative du multilinguisme qui caractérise le pays. “Tu as aimé le Liban ?”, c’est l’expression d’une hospitalité envers le visiteur, mais aussi le reflet de préoccupations concernant la situation politique, économique et sanitaire. Oui, on a aimé le Liban, mais on l’aime encore, et on l’aimera.

 

 

VOUS AVEZ AIMÉ LE LIBAN ?
 

Yaël :

Au Liban, rester ou partir, il faut choisir. C’est le dilemme douloureux de chaque Libanais, dans l’impasse d’une situation qui se détériore, qui force à se questionner, sans cesse. Ne plus y croire, y croire encore. Partir à contrecœur, partir le cœur brisé. Rester, mais dans l’incertitude, rester dans la douleur. Voir les gens qu’on aime partir. En laisser derrière nous en partant. 

Nous avons le luxe d’avoir le choix, et d’avoir eu le choix. Le choix d’être venues. De s’être liées à toi, mais sans que jamais tu ne nous contraignes. De souffrir un peu avec toi, mais jamais trop. Avec toujours cette distance. Je rentre en France plus que jamais consciente du privilège d’être née dans un pays pour lequel on n’a pas besoin de se battre. 

Ai-je vécu en dehors de la réalité ? Peut-être un peu. L’éphémérité du temps passé ici nous pousse à ne retenir que le bon. Tu n’as jamais été aussi mal, et je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’en ta compagnie. 

 

Beyrouth vibrante, enivrante, épuisante, agaçante, bruyante, chaleureuse, incompréhensible. 

A travers toi, traverser les époques, les émotions, les paysages. En comprendre un peu plus sur soi-même. Tu as tout à nous apprendre. J’ai lu quelque part que tu contenais tous les défauts du monde, tu en concentres également toutes les qualités. 

 

Alors, comment se résoudre à dire au revoir ? Comment t’aider ? Par où commencer ? Dans quel état te retrouverai-je ? Croiser ta route est une succession d’interrogations. 

Emma parlait du sentiment d’abandonner une amie. Je ne comprends que maintenant la justesse de ses mots, le sentiment de te laisser et de laisser tes habitants à leur sort. 

 

Je crois en toi. Je reviendrai. Tu les fais tous revenir. 

 

A bientôt.

 

 

Emma :

L’absurdité kafkaïenne est nation. Elle est libanaise. Elle oppresse autant qu’elle captive. L’illogisme y est équilibré. L’attraction y est répulsive. Une dystopie prospère. 

 

Le peuple attend Godot (1). Forcé de parcourir la route où il est entré sans le savoir, comme il en sortira sans le vouloir, il l’a jonché d’autant de fleurs que sa gaieté lui a permise (2). 

 

L’échec aux rois auto-proclamés ne suffit pas à faire cesser le comique de répétition. Sisyphe continue de voir son rocher tomber. La quadrature du cercle libanais semble irrévocable. 

 

Alors, quand il s’agit de franchir le quatrième mur, l’ambivalence vous rattrape. Partez, vous le regretterez ; ne partez pas, vous le regretterez aussi ; partez ou ne partez pas, vous le regretterez également ; si vous partez ou si vous ne partez pas, vous regretterez l’un et l’autre (3). Mais, tandis que l’épilogue approche, la désolation est mitigée, car heureux qui, comme Ulysse, a fait un bon voyage (4). 

 

1. Samuel Beckett

2. Le Mariage de Figaro, Beaumarchais

3. Journal d’un séducteur, Soren Kierkegaard

4. Joachim du Bellay

 

Yaël et Emma : 

Pour la dernière fois, oui, on a aimé le Liban, mais on l’aime encore, et on l’aimera. Et on reviendra. 

Merci d’avoir suivi nos aventures, staytuned pour une dernière chronique, cette fois-ci parisienne 

 

 

Face à une situation déroutante, les Libanais vous diront « C’est le Liban », façon de vous expliquer que si vous pensez avoir compris le Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. Mais on cherchera, du mieux qu’on peut, à le déchiffrer : 

Leçon n°15: Ce n’est qu’un au revoir. 

 

Nos coups de cœur de la semaine

- Ya Omri (104 Wrinkles). Hady Zaccak a filmé sa grand-mère, de ses 85 à ses 104 ans. Le temps qui passe, la mémoire qui s’estompe.

- Lettre d’une inconnue, de Stefan Zweig. Les rencontres, les différences de perception.  À lire et relire.

- Les pièces d’Alexis Michalik (Edmond, Le porteur d’histoires, Intra Muros).

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