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Paul-Marie Beveraggi : « La double culture est une richesse »

09/03/2020|Zeina Saleh Kayali

Comment avez-vous décidé de vous consacrer au théâtre ? 

C’est arrivé relativement tard. En classe de terminale, j’avais pris l’option musique pour le baccalauréat. Sauf qu’avec deux de mes camarades nous avons été exclus du cours de musique et donc nous n’étions plus autorisés à passer l’épreuve ! Nous nous sommes donc tournés vers l’option théâtre et là, c’était une véritable révélation pour moi. Nous étions une quinzaine d’élèves et j’ai tout de suite éprouvé une passion, un amour pour le jeu, que je ne soupçonnais pas du tout. 

 

Qu’avez-vous fait après votre baccalauréat ?

Je suis parti en Angleterre pour faire des études d’économie et là je me suis inscrit dans une école de théâtre l’Actors Temple Studio à Londres. 

 

Donc le théâtre restait encore marginal ? 

Oui, il n’est pas toujours facile de faire admettre à son entourage que l’on va en faire son métier ! Mais au bout de trois ans je suis rentré à Paris et me suis inscrit au cours Florent. J’y ai trouvé l’enseignement un peu « industriel ». Trop d’élèves, pas assez de passages. Ce qui est dommage car c’est une belle enseigne. J’ai alors intégré le cours de Jack Waltzer un professeur américain, véritable pionnier, qui enseigne les fondamentaux de l’Actor studio et il m’a tout appris pendant deux ans.

 

Comment se déroule cet enseignement ?

Par master class entre Londres, Los Angeles et Paris. Les cours sont organisés par cycle de trois mois renouvelables. On y retrouve souvent les mêmes élèves au cours des années. 

 

En quoi consiste exactement la méthode de l’Actor studio ?

Tout est basé sur le principe d’une préparation émotionnelle par rapport à l’immersion dans un personnage : que vit-il ? Que ressent-il ? On pourrait résumer en disant : « pouvoir vivre réellement sur des circonstances imaginaires ». L’idée est de gommer tout le côté « théâtral » et surjoué et de transmettre tout en restant le plus naturel possible. C’est très difficile surtout lorsque l’on débute. 

 

Cette méthode forme plutôt des acteurs de cinéma ?

Oui et ce qui m’intéresse le plus dans le cinéma ce n’est pas le tournage en tant que tel, mais toute la recherche et la préparation qui viennent en amont : La psychologie d’un personnage, son vécu, les lectures, l’identification etc. 

 

Quels sont les textes qui vous inspirent ? 

Tout ce qui ramène vers les moments de solitude. Je suis passionné, par exemple de Seul, le texte de Wajdi Moawad qui questionne l’identité et la double culture. Je m’identifie totalement à ce texte, n’ayant moi-même pas grandi au Liban et étant considéré comme français au Liban et comme Libanais en France. Je sais maintenant que ce qui, plus jeune, m’apparaissait comme une faiblesse, constitue une véritable richesse et une immense source d’inspiration et de fierté. 

 

Après avoir terminé votre formation avec Jack Waltzer, que s’est-il passé ?

C’est un métier qui est très compliqué et on ne croule pas forcément sous les engagements dès que l’on sort de l’école ! C’est un peu le serpent qui se mord la queue, car il faut un agent pour pouvoir être présenté dans les castings et, quand on va voir un agent, il vous dit « qu’avez-vous fait » vous répondez « je n’ai rien fait puisqu’il me faut un agent » et l’agent répond « puisque vous n’avez rien fait je ne peux pas vous prendre » etc. Puis m’est arrivée l’opportunité de la pièce que je joue actuellement. J’ai rencontré l’auteur et le personnage que je devais incarner m’a plu. Je me suis donc embarqué dans l’aventure. J’avais une formation très axée sur le cinéma donc le théâtre était plus éloigné, et cela m’a stimulé de pouvoir faire quelque chose qui n’était pas vraiment mon registre de base. 

 

Que vous apporte le théâtre que vous ne retrouvez pas au cinéma ? 

Le théâtre c’est une véritable école qui demande maîtrise, technique et endurance. Le travail sur le rythme du texte est essentiel, le travail sur la projection de la voix également et puis c’est une prise de risque quotidienne. Cela peut être excellent un soir et désastreux le lendemain. Et bien sûr la présence du public, qui constitue un véritable paramètre inhérent à la pièce, est un élément extrêmement motivant.

 

Cette pièce a-t-elle trouvé son public ?

Oui ! D’ailleurs nous devions jouer jusqu’au 12 février et nous sommes prolongés jusqu’au 31 mars. Une chroniqueuse de RTL qui était venue incognito voir la pièce a eu un coup de cœur et en parlé très positivement le lendemain à la radio. Cela a certainement beaucoup aidé ! 

 

Quel est le personnage type qui vous fait rêver ?

Je ne veux pas me fermer certaines voies et je ne souhaite pas être catalogué. Tout acteur voudrait avoir la plus large palette possible de répertoire, mais je reconnais être assez attiré d’une part par la comédie mais d’autre part, par les personnages torturés et complexes. 

 

Et si on vous proposait une pièce classique Racine ou Corneille par exemple ?

J’aimerais cela énormément. L’intemporalité des grands textes classiques me fascine. 

 

Vous avez gardé des liens avec le Liban ?

Bien sûr ! Une grande partie de ma famille est encore là-bas et j’ai grandi dans une atmosphère très libanaise entouré de ma mère, ma sœur, ma grand-mère et mes tantes. J’ai des attaches très solides avec le Liban. La créativité, la faculté d’adaptation et la résilience des Libanais m’impressionne profondément. J’aimerais beaucoup travailler avec des artistes libanais.

 

A tout prix tous les mardis à 21h30 jusqu’au 31 mars au Théâtre de la Comédie de Paris, 42 rue Pierre Fontaine, 75009 Paris. 

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