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Nayla Chidiac ou le dialogue avec l’absent

16/05/2023|Zeina Saleh Kayali

Vous citez volontiers Freud qui dit : « Tout ce qui travaille à la culture travaille aussi contre la guerre » ?

Je le pense profondément. Toute forme de culture, musique, peinture, littérature, est un paravent contre la guerre. Un gilet pare-balle. Nous sommes de plus en plus entourés de guerres, de conflits et c’est pourquoi le besoin est de plus en plus immense à ce que la culture soit présente. Et ceux qui peuvent diffuser la culture ont le devoir de le faire. 

 

Le titre de votre cinquième recueil poétique intrigue. D’où vient-il ? 

Cette phrase m’a hantée pendant plusieurs nuits. Je me réveillais en me disant « tu me réveilleras quand je serai morte ? » Je me rendormais et elle était encore présente à mon esprit. Je me suis donc dit que si cette phrase m’habitait tellement, c’est qu’il me fallait la travailler. Alors, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis isolée, je suis partie seule et j’ai écrit sans relâche pendant une semaine, loin de tout et de tout le monde. Le texte est venu d’un jet et cela a constitué la première partie du recueil dont le titre a été donné à l’ensemble. 

 

Qu’avez-vous écrit ? 

Un abécédaire à l’envers. Je ne savais pas à qui j’écrivais et j’ai donc commencé par la lettre Z et le reste est venu tout seul, je n’arrivais plus à m’arrêter. Quand j’ai présenté le texte à mon éditeur de poésie il m’a dit qu’il aimait beaucoup mais que c’était trop court pour constituer un recueil à part entière et m’a demandé si j’avais d’autres textes.

 

En aviez-vous ? 

Il se trouve (hasard ou pas ?) que j’avais écrit un texte juste après l’explosion du 4 aout, où je dialoguais avec Eluard. Comme troisième texte, j’avais des lettres (réelles ou fictives) écrites à mon analyste. L’ensemble constituait donc trois manuscrits très différents mais dont le fil conducteur était en fait trois manuscrits différents où l’on s’adresse à un absent. Il y avait donc un fil conducteur entre les trois textes, une continuité, une cohérence. 

 

Pensez-vous que cet ouvrage puisse constituer une synthèse entre vos précédents écrits poétiques et vos œuvres scientifiques autour du trauma et de la thérapie par l’écriture ? 

J’aime bien cette idée. Je dirai plutôt qu’il est un pont. Entre ma vie de poète et celle de thérapeute. C’est en effet la première fois que je ne procède pas par « flash poétiques ». Ce texte est d’une écriture poétique, construite différemment que les précédents. C’est comme si mon dernier ouvrage scientifique, Les bienfaits de l’écriture, les bienfaits des mots, (Odile Jacob 2021), m’avait donné la liberté d’aller sur une écriture en prose poétique. Oui finalement, d’un côté se trouve l’œuvre poétique et de l’autre l’œuvre scientifique et thérapeutique et cet ouvrage fait le lien entre les deux. 

 

Vous signez cet ouvrage le 24 mai prochain à Paris mais vous ne serez pas seule ? 

Je dois vous avouer que j’avais très peur de signer toute seule ce recueil. Autant pour les livres de psychologie je n’ai aucun problème, c’est mon domaine, j’enseigne la matière depuis des années, autant pour la poésie, je me sens intimidée. C’est là qu’une amie du milieu littéraire m’a proposé de signer en même temps que Sir Michael Edwards ! Une sommité ! Le seul britannique de l’Académie française, spécialiste mondial de la poésie de Shakespeare et poète lui-même. 

 

Comment s’est passée votre rencontre avec Sir Michael Edwards ?

Très bien. Nous avons déjeuné ensemble (il avait demandé au préalable à lire mes ouvrages poétiques) et nous nous sommes trouvés beaucoup de points communs, moi-même ayant fait une partie de ma scolarité en Grande Bretagne. Nous avons parlé de tout un tas de choses et aussi de poésie bien sûr ! 

 

Allez-vous dialoguer ?

Oui, Sir Michael et moi-même discuterons, et le débat sera animé par Simon Bentoliladu magazine Lire, puis nous inviterons le public à boire un cocktail et nous signerons nos ouvrages respectifs.

 

Signature 

Mercredi 24 mai à 19h

Librairie Gallimard

15, Boulevard Raspail, Paris VII

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