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Musicales du Liban III : Le quatuor Sedecim

27/11/2023|Zeina Saleh Kayali

« Ils sont excellents ! » entendaient-on dire à la sortie de la Cathédrale Notre-Dame du Liban à Paris, à l’issue de ce troisième et dernier concert organisé par les Musicales du Liban et consacré à la musique de chambre. Et en effet ils l’étaient. Quatre jeunes instrumentistes pleins de passion et de fougue : Laura Daniel et Eloise Renard aux violons, Axel Benedetti à l’alto, Aurore Daniel au violoncelle interprétaient une « invitation au voyage », mélange de musiques libanaise et occidentale. 

 

Pour commencer le Quatuor oriental d’Iyad Kanaan (né en 1971). Composée en 2012, cette œuvre en trois mouvements est inspirée des mélodies traditionnelles de l’enfance du compositeur et pour certains passages par la liturgie maronite, entre joie et tristesse, à l’écriture à la fois orientale et occidentale. Car Iyad Kanaan, tout en ayant écrit à la façon stricte et codifiée du quatuor, quintessence du classicisme occidental, y a introduit des quarts de ton que les instrumentistes occidentaux redoutent en général, mais qui, avec les Sedecim, sonnent dans un mélange extrêmement séduisant d’âpreté et de souplesse. Comme toujours dans l’œuvre de Kanaan, La mélodie, mélange d’élégance et de subtilité, est au rendez-vous. Elle vient du cœur et elle parle au cœur. L’œuvre est très appréciée car le public, conquis, ressent combien le compositeur a mis les outils occidentaux qu’il possède parfaitement, au service de son âme orientale. 

 

Puis vient Images, la nuit, de Bechara El Khoury (né en 1957), compositeur que l’on ne présente plus et dont l’œuvre est interprétée à travers le monde entier par les plus grands orchestres. La pièce, en un mouvement, dont le compositeur revendique l’influence de la Deuxième école de Vienne, a été écrite en 1983 et revue en 2021. Elle commence dans un frémissement troublant, s’engage dans une progression patiente, sombre, parfois méditative dont le parcours retient du sentiment mélancolique la possibilité du dépassement qu’il porte en lui. Mais loin de se confiner dans l’immobilité, elle se déploie, envahit l’auditeur, forte et intense dans sa continuité, parfois parcourue de rêveries. N’oublions pas que Bechara El Khoury est aussi poète et que toute son œuvre musicale est emprunte de poésie. Quelques secondes d’un profond silence suivent l’exécution, avant le crépitement admiratif des applaudissements. 

 

Le concert se clôt en beauté avec le Quatuor américain en quatre mouvements d’Antonin Dvorak (1841-1904). Composée en 1893 pendant son séjour aux Etats-Unis, la pièce, s’inspire des musiques indiennes et noires que Dvorak découvre alors, comme en témoigne l’utilisation fréquente de la gamme pentatonique et des rythmes syncopés. Couleurs vives et expressivité dans l’Allegro ma non troppo, lyrisme dans un prégnant Lento. Puis le Scherzo et le Finale, et là, on reste admiratif de l’intelligence musicale et de l’humaine simplicité de ces quatre archets. Ils réussissent admirablement à faire ressortir la nostalgie de ces pages, sans s’en tenir au premier degré de leur seule vigueur rythmique. 

 

Explorant les mondes sonores les plus variés, avec un mélange de fraîcheur et de maturité, fermement engagé dans une sonorité pleine et vibrante, le quatuor Sedecim offrait au public, pour clore cette 5e saison des Musicales du Liban, une superbe invitation au voyage, allant du Liban à la Tchécoslovaquie, en passant par les Amériques. 

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