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Mim, le musée qu’on aime aimer

25/04/2023

En ces temps où le pays nous échappe chaque jour un peu plus, il y a comme une urgence de retourner vers nos fondamentaux, de retrouver nos nécessaires, de se reconnecter avec nos monuments, vestiges, richesses, fiertés nationales… en deux mots récupérer notre territoire. 

 

Sur la rue de Damas aux multiples histoires, l’ambiance est plutôt estudiantine. Entre la faculté de médecine et le nouveau pôle de l’Université Saint-Joseph, l’éducation se propage, faisant presque oublier les nombreuses entraves au bon déroulement des valeurs centenaires de l’enseignement au Liban. Rien n’arrête jamais le désir d’apprendre ni celui de découvrir. La ferveur des jeunes arpente les trottoirs et laisse penser que l’émulation reste de mise. Et c’est dans la passion que se vit aujourd’hui cette lutte incessante contre toute forme de disparition de la strate culturelle dans une ville qui continue à afficher ses volontés de résistance.

Sur la rue de Damas donc, il suffit de descendre quelques marches pour être plongé dans un univers d’une richesse incomparable. Imperturbable et magique, le musée mim transforme toute visite en une explosion de couleurs, de formes, d’étonnement et d’enchantement. Et quoi de mieux qu’un sous-sol pour explorer les merveilles que la terre recèle? Derrière l’idée de ce musée de minéraux et de fossiles, un homme, Salim Eddé, qui offre sa très grande collection aux regards de tous. Et si l’on a la chance d’effectuer la visite en sa compagnie, c’est un véritable voyage initiatique que l’on vivra. Dans une scénographie époustouflante signée Fadlallah Dagher, à travers les vitrines, les verrières, les socles, les écrans, les animations et les modulations de lumière, les merveilles que la terre généreuse nourrit dans ses entrailles et dévoile au gré des hasards géologiques et des explorations humaines.

Tout a commencé en 1997 pour Salim Eddé, polytechnicien de formation, avec sa passion pour les minéraux et le début d’une collection de cristaux qui n’a de cesse de grandir et de s’affirmer. Et, comme parfois la passion déborde, il allait de soi qu’un musée n’était pas de trop pour accueillir les minéraux et leurs vibrations. Enthousiasmé par le projet, René Chamussy lui propose le lieu idéal et le rêve devient réalité en octobre 2013. Une réalité sans cesse améliorée par l’ajout de nouveaux membres à la famille des 2.000 minéraux et également par la collection de Salim Eddé et des Abi Saad avec plus de 250 fossiles du Liban qui sont de véritables témoins millénaires des transformations géologiques et climatiques de nos reliefs.

Requin imprimé dans la roche, traces d’une patte de dinosaure découverte à Harissa, la preuve sur la pierre que les serpents avaient jadis des pattes et le fossile d’un oiseau dinosaure volant bien de chez nous, le Mimodactylus Libanensis savamment "ressuscité" à travers un hologramme. On découvre aussi que les fossiles libanais sont parmi les plus riches au monde, très prisés par les collectionneurs, et qu’ils gardent imprimés pour l’éternité les traces d’une époque révolue où existaient sur la terre libanaise des hippopotames, des lions, des tigres et des autruches.

Dans le musée mim, la terre est l’artiste principale, et aller à la découverte de cette artiste qui manie la perfection, c’est élever son esprit loin des vicissitudes du quotidien. Un véritable voyage thérapeutique donc, puisque les sens sont sollicités en permanence dans un tourbillon de découvertes surprenantes qui font du bien à nos cerveaux malmenés. D’abord, la vue avec des couleurs extraordinaires issues des tréfonds et qui, sous divers éclairages, révèleront toutes leurs facettes. Topazes, aigues-marines, améthystes, émeraudes, rubis, saphirs, opales… la terre utilise toute la palette chromatique dans ses créations.

 

Ensuite l’ouïe, avec l’espace audiovisuel et les explications fournies par le grand maître des lieux, l’intarissable Salim Eddé. Du mystère des minéraux qui sont formés d’un assemblage périodique d’atomes, à la fluorescence qui permet de révéler des couleurs invisibles à l’œil nu grâce aux rayons ultraviolets, car derrière chaque pièce de ce musée se cachent une histoire, une aventure, une découverte, une particularité, une précision et une anecdote, de sorte que les cristaux, minéraux, fossiles, pierres, deviennent témoins et trésors et que le visiteur se sent très privilégié. L’esprit s’évade et se nourrit, la curiosité s’émoustille et se rassasie, et le cœur s’émerveille et se dilate.

Le toucher, bien sûr, avec, dans la boutique du musée notamment, la possibilité d’effleurer les pierres rugueuses ou polies. Les mains garderont toute l’énergie des entrailles de la terre mais aussi les différentes textures de toutes ces richesses étalées. Un vrai voyage dans l’ailleurs en une visite avec, entre autres découvertes, l’apatite du Portugal, la calcite de Chine, la fluorite arc-en-ciel des États-Unis, la malachite du Congo, la legrandite du Mexique, la vanadinite du Maroc… la liste est aussi longue que le tour de la terre.

Et comme pour renforcer cette impression d’exploration, une salle aux trésors attend de dévoiler ses merveilles. Parmi celles-ci venues des quatre coins de la planète, trouvé dans le sol libanais et offert par Dany Azar, un morceau d’ambre qui date d’il y a 130 millions d’années, un des plus vieux au monde, et qui raconte combien notre terre est riche, avec plus de 400 gisements d’ambre à Jezzine, Dahr el-Baïdar, Niha, Haqel, Hrajel, Becharré… Ce morceau d’ambre raconte aussi l’évolution de la faune et de la flore et rassemble à lui seul des milliers d’informations.

Dans le musée mim, ce sont petits et grands qui seront comblés par la satisfaction d’avoir découvert une terra incognita tellement riche. À travers une thématique savante et très bien élaborée, on explore les pays de la planète dans le volet minéralogie et les recoins du Liban dans le volet paléontologie. Et, au moment de partir, un dernier regard à la splendeur du bouquet de quartz du Brésil de quatre tonnes qui est à l’entrée, à la performance architecturale du mur en laiton Penrose dont les dimensions qu’il suggère donnent le tournis, et à la verrière construite d’après la géométrie d’un des cristaux de la collection. Une verrière composée de trois octaèdres et qui offre un puits de lumière aux visiteurs éblouis.

 

Par Tania Hadjithomas Mehanna 

Cet article a été originalement publié sur le site Ici Beyrouth

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