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Michel Bou Rjeily ou comment être chanteur d’opéra au Liban aujourd’hui

06/07/2021|Zeina Saleh Kayali

Comment avez-vous vécu ces derniers mois ?

C’était terrible, un vide sidéral ! Des contrats ajournés ou annulés, plus de possibilité de se déplacer, bref une période extrêmement difficile pour un chanteur lyrique. Il n’est déjà pas facile d’être chanteur d’opéra dans un pays qui n’a pas d’opéra mais là, la profession était dans une situation désespérée. 

 

Vous aviez des projets avant la crise (ou plutôt les crises ?!) 

Oui, en 2019 j’avais des contrats pour des tournées prévues en France, au Festival Debussy, à la Philharmonie, pour un concert autour de Marie-Antoinette etc. Tout a été annulé et nous avons perdu beaucoup d’argent. Vous savez, un chanteur lyrique c’est comme un gymnaste, il doit travailler tous les jours sous peine de se rouiller. Alors comment garder la motivation quand le lien avec le public semble perdu ? 

 

Qu’est que la voix de contre ténor ?

C’est une voix masculine très haute. A l’époque baroque cette tessiture était très en vogue car on confiait aux contre ténors les rôles féminins, les femmes n’ayant pas le droit de se produire sur scène par décision de l’Eglise. 

 

Vous avez suivi votre formation à l’étranger ? 

J’ai vécu en France où j’ai suivi ma formation lyrique et j’ai eu l’occasion d’y rester pour y travailler mais j’étais déchiré entre les deux pays : la France maman culturelle et le Liban maman biologique. 

 

Les choses ont changé pour vous depuis l’explosion du 4 août ?

Et comment ! Avant cette explosion il y avait encore un espoir de revenir à une vie normale et soudain le pays a fait un arrêt cardiaque. J’étais moi-même à Mar Mikhael à cet instant précis et j’ai reçu un choc terrible. J’ai voulu organiser alors un concert avec tous les chanteurs d’opéra du Liban, mais le deuxième confinement est arrivé... Il faut se ressaisir. La communauté artistique fait de son mieux et encore faut-il que le public suive. 

 

Un chanteur d’opéra a-t-il un avenir au Liban ? 

L’opéra ne fait pas partie de la culture de notre pays mais c’est une éducation qui peut s’acquérir. Toutefois aujourd’hui la crise financière vient s’ajouter à tout le reste. Et le public n’a plus les moyens d’aller au concert. Alors que faire ? Chanter gratuitement tout en ayant un autre emploi pour vivre ? Chanter devant des salles vides ? Chanter dans les restaurants ? C’est très épineux comme question. 

 

Êtes-vous remonté sur scène depuis tous ces événements ? 

Oui, au bout de deux ans et demi d’interruption ! Dans le cadre d’un concert donné à Ghazir. Et là j’ai réalisé que j’avais vraiment un lien spécial avec la scène. C’était comme une reprise de conscience. J’ai retrouvé l’espoir et j’ai constaté que la musique avait besoin de moi et que moi j’avais besoin d’elle. Vous savez j’ai grandi dans une atmosphère musicale, mon père était chef d’orchestre, pianiste, trompettiste et je l’accompagnais dans les concerts et les festivals. La musique et la scène sont ma norme depuis la toute petite enfance. 

 

Vous avez des projets ? 

En faire dans les conditions actuelles tient du miracle et heureusement, la réponse est oui ! J’ai un projet avec le compositeur Wajdi Bou Diab. Je voudrais qu’il soit le premier compositeur à écrire en langue arabe pour ma tessiture. J’organise également un concert pour le mois juillet avec mes collègues Corinne Metni, Eliane Saadé, Elia Francis, Lara Joukhadar. Nous allons essayer de manifester notre désir de vivre et notre refus de rester dans le noir.

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