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Lecture 29 : Cher connard, Virginie Despentes

19/10/2022|Gisèle Kayata Eid

Un titre qui ne laisse pas indifférent. Surtout que la rentrée littéraire 2022 lui fait une place de choix et il y a de quoi. Un ouvrage à découvrir et qu’on appréciera pour plusieurs raisons. 

 

La vie les aurait-elle malmenés ou l’ont-ils eux-mêmes usée jusqu’à la lie ? C’est à une introspection à deux (puis à trois) que nous invite cette écrivaine prolifique à qui l’on doit une œuvre littéraire importante dont le sulfureux « Baise-moi » en 1994, porté à l’écran, en 2000 (film qui avait suscité la polémique quant à savoir s’il fallait le classer ou pas comme pornographique). En gros, c’est la remise en question d’un écrivain mal dans sa peau, accusé par une attachée de presse de harcèlement et qui entretient une relation amicale épistolaire avec une grande actrice sur son déclin. 

 

Au-delà de deux parcours de vie de deux « défoncés » par la boisson et la drogue et qui se mettent à nu à travers une correspondance soutenue, c’est à un style et un rythme époustouflant auquel on a affaire avec celle que le milieu littéraire considère parmi les écrivains les plus attendus. Membre de l’académie Goncourt de 1916 à 2020, elle est l’auteure entre autres de la trilogie « Vermon Subutex », adaptée en série télévisée et bande dessinée.

 

Ce qui est surtout intéressant dans « Cher Connard » c’est l’incursion dans le monde de Valérie Despentes : l’underground parisien. Largement inspiré de son parcours mouvementé (elle a été internée, violée, a fait de la prostitution…), cette féministe radicale nous fait naviguer dans les milieux d’héroïne, de hash, de crack, avec un ton harsh, des avis tough, des mots crus, là où les références des personnages sont des rappeurs et les réseaux sociaux destructeurs. 

 

L’intrigue se noue autour d’un auteur qui se voit soudain « metooïsé », mais qui, au fil du roman se laisse tenter par les Narcotiques Anonymes pour, graduellement, se « cleaner » et pas seulement de l’alcool. Il entraîne avec lui, à travers leurs emails, sa correspondante (la célèbre comédienne) qui promeut la sexualité féminine sans tabou mais qui, elle aussi, réalise un cheminement personnel d’éveil et de prise de conscience. 

Dans « Cher connard », l’auteure « subversive » approfondit des positions extrêmes, des raisonnements très élaborés sur le féminisme, l’addiction, la drogue, la drague, le confinement, le cinéma, l’origine sociale, la séduction, l’amour, l’amitié, l’orientation sexuelle (à 35 ans Despentes se déclare être lesbienne)… Bref, autant de thèmes qui gravitent autour du sexe et de la violence, mais aussi au détour de chaque paragraphe des réflexions sur la société, les relations, la paternité, les sentiments… Le tout scanné au scalpel d’une façon remarquable dans un langage transgressif, servi par une plume foisonnante, profonde, ultracontemporaine aussi intéressante… qu’instructive.

 

Une lecture dont il est difficile d’en extraire quelques phrases tant toutes les pensées de cet ouvrage sont denses et intenses (et qui feraient même l’objet de citations à retenir). Un livre probablement indispensable pour se familiariser avec les angoisses et addictions de toute une marge de la société d’aujourd’hui. 

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