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Lecture 12 - Denis Mukwege, La force des femmes

10/03/2022|Gisèle Kayata Eid

J’avais vu un reportage très impressionnant sur « L’homme qui répare les femmes ».  Le prix Nobel de la paix lui était décerné en 2018. Un gynécologue-obstétricien congolais qui soigne les femmes violées et mutilées dans son pays. Curieuse d’en savoir plus. Je me lance, dès sa sortie, dans son premier livre.

 

Ce n’est pas un livre, mais un monument. Un monument d’Histoire, de courage, de luttes pour la cause des femmes et de témoignages ahurissants sur ce que le monde peut recéler d’espoirs et de résiliences même dans des situations à vous glacer le sang. 

Couronné à l’international de plusieurs prestigieux prix, ce médecin passionné et unique par son engagement auprès de ces « survivantes » comme il les désigne, raconte son expérience poignante et indescriptible des horreurs et des séquelles du viol, ce fléau épouvantable qui décime son pays, « expliquer les souffrances que je voyais sans vouloir à tout prix choquer ».

C’est que la République démocratique du Congo, le deuxième pays le plus vaste d’Afrique, immensément riche, attise les convoitises des puissants de la Terre notamment par son sous-sol, fournisseur exceptionnel de la plus grosse majorité des minéraux employés en électronique. Sous la bénédiction de ses dirigeants extrêmement corrompus qui se partagent le gâteau : contrebande des minerais, blanchiment d’argent, sociétés-écrans à l’étranger… le pays est sacrifié aux mains de factions rebelles qui sèment la terreur en utilisant une arme de guerre redoutable : le viol collectif… Dans le silence complice et coupable de la communauté internationale.

Bien qu’écrit à la première personne, l’ouvrage dépasse le genre autobiographique. Dr Denis Mukwege qui a consacré sa vie aux victimes des sévices sexuels, à leurs souffrances physiques, souvent irréparables, à leur humiliation, leur répudiation, va plus loin encore et soulève dans son récit le problème fondamental de toute l’humanité : à savoir le mépris des hommes pour le genre féminin. 

Extrêmement documenté, très introduit auprès des ONG, son plaidoyer pour la dignité des femmes est truffé d’exemples puisés dans l’Histoire et couvrant toutes les régions du globe. Il recense les nombreux comportements humiliants à l’encontre des femmes qui justifient même les viols les plus violents et abjects (dont celui de Nadia Murad (prix Nobel de la paix) vendue, humiliée, violée, battue, rendue esclave sexuelle par les combattants de Daech dans sa guerre contre les Yézidis en Irak).

Ce « militant féministe » qui réclame « que justice devra un jour être rendue pour les cinq millions de morts et disparus, les crimes de guerre et les centaines de milliers de viols qui ont résulté » est guerroyé farouchement par « les seigneurs de la guerre, les politiciens et les hauts gradés de l’armée ayant un intérêt à ce que la violence se poursuive au Congo oriental pour camoufler leur pillage et leur contrebande de minerais et autres métaux précieux (qui) voient (ses) efforts pour révéler leurs activités comme une menace pour leurs revenus » est toujours menacé de mort (en visite à Montréal, en 2019, il était toujours accompagné de gardes du corps). Ce farouche défenseur des droits élémentaires de ses compagnes, mène une bataille sans merci depuis 25 ans à partir de l’Est de son pays, à la lisière du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda, « pour faire entendre la voix de celles dont la marginalisation les empêche de raconter leur histoire », (et pire même à qui on demande de se taire), celles dont il a appris à admirer la force, mais aussi la sagacité.  

Un « manifeste » à découvrir par les militantes du mouvement #metoo qui trouveront dans le Dr.Mukwege un allié de taille qui s’est frayé, bistouri à la main, un chemin royal parmi les associations qui militent pour les causes des femmes. Mais aussi, un plaidoyer sensationnel, de 400 pages de preuves à l’appui, pour des législations plus égalitaires, et la reconnaissance de ses « crimes » en faveur de celles qui « portent l’humanité ». Avec l’intime espoir qu’elles obtiennent un jour prochain une place au sein du pouvoir car elles « réussiront à faire de la politique un endroit plus sûr et plus respectueux. » 

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