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Le récit musical intimiste de Charif Megarbane

21/09/2023|Noame Toumiat

Un album nommé Marzipan, quelques souvenirs de collège au Liban. Sylvain, un professeur de musique d’origine québécoise à Nice, de multiples voyages au fil des années : de Montréal à Londres, du Kenya au Portugal. La légende d’un vinyle ensablé à Batroun, une bibliothèque de compositions instrumentales plurielles teintées d’influences rock, funk, jazz, hip-hop selon les albums, le classant sans prétention dans la case des inclassables. Un possible désarroi confronté à cette diversité : par où commencer avec Charif Megarbane ? Une toile apparente se démêlant progressivement au rythme de certaines constantes de travail, rendant visible un fil qui tisse plus d’une centaine d’albums Le musicien libanais a sorti Marzipan sous le label Habibi Funk en juillet dernier ; à cette occasion, il a joué, accompagné du groupe Papié Maché cet album à la Bellevilloise le 15 septembre à Paris. Dans les jours suivants, Charif a partagé avec l’Agenda Culturel des petites histoires d’un grand tout, autour d’une table de café, rythmé de souvenirs et d’anecdotes traçant un fil d’Ariane depuis son enfance. 

 

Ça a commencé à la maison : du jazz qu’écoutaient les parents de Charif. Une sensibilité dès son plus jeune âge, l’apprentissage de la guitare puis l’arrêt du solfège, car ce n’était pas « son truc». Autodidacte, il a joué une de ses premières compositions durant un spectacle de fin d’année, encouragé par son professeur de musique Sylvain. Une acquisition : un enregistreur de cassettes lui permettant de superposer des couches de guitare sur une seule piste. Les années passent, les passions luttent pour s’affirmer et ne pas s’effacer derrière le réalisme parental et social. 

 

À l’âge adulte, la musique comble les soirs et les nuits, sans que les voyages et l’aspect pratique ne tarissent cette envie de composer. Au contraire, sa pratique relève d’un laboratoire d’expériences intimistes, animé par la curiosité et façonné par des contraintes matérielles. Celles-ci, une « grâce forcée » finalement, pour reprendre un terme de la poésie persane : les contraintes enrayant ordinairement le processus de création, sont dans ces chaos source de réflexions et d’essais. Sous différents noms, il publie sur sa plateforme ses morceaux : Cosmic Analog Ensemble, Trans-Mara express… Une diversité trompe-oreille, dissimulant Charif Megarbane derrière l’illusion d’un groupe. Une légende témoigne qu’un album du groupe Cal-Set Quintet datant de la fin des années 1970 aurait été retrouvé enfoui dans le sable de la plage de Batroun, faisant quelques fans, cherchant désespérément et vainement d’autres compositions que le musicien a créé de toute pièce. 

 

Des influences transparaissent tout au long de ce parcours musical, ne relevant pas simplement d’un aspect méthodique et mélodique. La musique se vit aussi par les images qu’elle suscite et alimente. Vladimir Cosma conforte par ses mélodies la chaleur irradiant la photographie du long-métrage La Gloire de mon Père réalisé par Yves Robert. Les compositions d’Ennio Morricone et l’aura quasi-mystique entourant les compositions orchestrales des films italiens d’époque. Des influences hip-hop à une période et une passion pour The Smiths toujours présente. 

 

L’artiste est le premier contemporain à signer sous le label berlinois Habibi Funk fondé par l’artiste Jannis Stürz depuis 2017, ce label réédite des anciens albums d’artistes issus du Maghreb ainsi que du Proche et Moyen-Orient. Des musiques chaouis de Zohra, du reggae libyen par l’artiste Ahmed Ben Ali, des mélodies accompagnant des œuvres cinématographiques composées par l’algérien Ahmed Malek, Hamid El Shaeri aux sons tantôt funk tantôt pop. Un soin apporté à l’esthétisme, faisant le pont entre la « musique de nos parents » et une jeunesse appréciant de plus en plus l’authenticité instrumentale éradiquée par la musique faite uniquement sur ordinateur. À ce propos, Charif affirme en riant « qu’il ne fera jamais de la techno hollandaise » bien que son répertoire soit diversifié. 

 

Comment expliquer et décrire l’album Marzipan ? Paradoxalement, il semble qu’il ne faille pas trop s’y atteler, du moins de ne pas intellectualiser l’écoute. Il est possible d’approcher cet album par quelques symboliques : marzipan, la pâte d’amandes restant une constante Méditerranéenne, c’est également un clin d’œil au label par l’origine du mot. Cet album est une continuité d’un travail personnel. 

Écouter Marzipan, c’est s’immiscer dans une balade, peu à peu façonnée par des souvenirs et perceptions personnelles, traçant un itinéraire intime et univoque pour chaque intéressé. A travers cette intimité forgée par Charif, on retrouve le Liban comme une totale universalité suggérée par l’aspect solaire irradiant l’album. Cette lumière, il ne la définit pas seulement comme ce qui éclaire, il la perçoit dans une approche davantage performative : « mettre la lumière sur ». Ce qui est mineur illumine d’autant plus le majeur et l’absence définit d’autant plus la lumière. 

 

La couverture de l’album est la parfaite expression des éléments cités en une essence. La photographie présentant Charif à contre-jour a été prise par Mohamad Al-Rifai et s’est imposée comme une évidence lors de la sélection avec son ami d’enfance et manager, Rabih Daher. La photographe Tanya Traboulsi a aussi mis en action cette lumière par ses vidéos qui concrétisent visuellement l’esprit de l’album. La mer en fond, une tasse de café, une bouteille d’eau, une scène quotidienne sans fioritures. Finalement, c’est juste un mec qui boit son café devant la mer, un lieu commun pour tous : l’authenticité d’un présent qui saute aux oreilles dès la première écoute.  

 

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