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« Le nom de mon père » de Juliette Elamine, un roman sur le pays-père

30/08/2022

 

Votre premier roman vient tout juste d’être publié. Il s’agit d’un hommage à vos origines libanaises, pouvez-vous nous raconter son parcours à rebondissements ?
Ce roman relate en partie une histoire vraie. J’en ai débuté l’écriture en juillet 2006 durant la guerre des trente-trois jours au Liban. À l’époque j’étais adolescente et âgée de 17 ans. Je crois avoir conscientisé à ce moment précis tout le sens de mes origines libanaises ainsi que le danger que pouvait représenter le Liban par son histoire complexe et sa situation géopolitique délicate. Je découvrais la guerre. Je découvrais une « petite » partie de ce qu’avaient dû vivre les miens, plusieurs années auparavant durant la guerre civile.

 

L’écriture m’a alors semblé être le meilleur moyen de canaliser l’anxiété qui m’envahissait. Il était nécessaire que j’écrive une histoire qui soit belle, dans le décor de cette guerre barbare. Cet été-là, j’ai rédigé une dizaine de chapitres. 

 

En août 2018, devenue adulte, j’ai repris mon manuscrit avec l’idée de lui donner une dimension autre. Je voulais rendre hommage à mes racines, à l’histoire de mon père, lui-même ayant fui le Liban durant la guerre civile. Je réalisais porter le poids de notre histoire et j’avais à cœur d’en laisser une trace. Reprenant la trame de l’histoire d’origine, j’ai retravaillé mon roman durant plusieurs mois.

 

En novembre 2020, il était prêt. C’était quelque temps après les explosions du port de Beyrouth et j’ai pris une décision : celle d’auto éditer mon roman pour verser l’intégralité des bénéfices à l’opération solidaire « Ensemble pour Beyrouth », devenue plus tard le fonds de dotation Le Cèdre Solidarity, dans lequel je me suis vivement engagée pour mon pays.

 

Malgré cela, j’avais envoyé mon manuscrit à différentes maisons d’édition susceptibles de l’apprécier. En janvier 2022, j’ai reçu un appel de Katia Kaloun, directrice éditoriale de la maison Frison-Roche Belles-lettres, elle exauçait un grand rêve : celui de publier mon premier roman, celui de légitimer ce statut : « écrivain ».

 

« Le nom de mon père » est donc paru le 9 juin dernier pour mon plus grand bonheur !

 

 

 

De quoi parle cette « belle histoire » que vous décrivez dans le contexte d’une guerre ?

Je raconte l’histoire de Bassam Al Jallil, Libanais de 19 ans vivant dans le sud du pays non loin de la frontière avec Israël. Durant cette guerre éclair avec l’ennemi, en une nuit où il n’est pas chez lui Bassam perd brutalement sa famille dans des conditions épouvantables. Survivant, choqué, Bassam se retrouve orphelin dans un pays hostile et dans lequel il ne voit plus aucun avenir. Pour tenter de survivre à l’innommable et guérir de ce profond traumatisme, Bassam choisit l’exil. C’est en Europe qu’il s’établit et tente de se reconstruire. Un jour, la vie va mettre une femme sur son chemin, Camille. Cette rencontre va être l’élément déclencheur pour Bassam. Progressivement, le jeune homme va sentir son Liban et ses racines vouloir sortir de terre… Bassam va-t-il réussir à faire face à ce passé qu’il n’a pas choisi ? L’amour pourra-t-il aider sa reconstruction ?

 

Pouvez-vous nous parler davantage du Cèdre Solidarity et de votre rôle ?

Le Cèdre Solidarity c’est avant tout un coup de cœur pour un homme, Omar Abodib, dont j’ai découvert les actions lorsque je cherchais moi-même à m’engager solidairement pour mon pays, à l’époque de l’auto-édition du roman, après la catastrophe du 4 août.

 

Omar et moi nous sommes parlés au téléphone longuement une veille de Noël… et la magie a opéré. Nous avons une vision commune du Liban et de la façon dont nous pouvons agir pour soutenir ce pays sans l’assister. 

Le Cèdre Solidarity ce sont des professionnels de l’hospitalité, qui se sont mobilisés pour Beyrouth et le Liban en quelques mois, guidés par leur leader et leurs cœurs grands comme ça !

Ainsi, les objectifs du Cèdre Solidarity sont de soutenir des populations et communautés dans le besoin via des actions bénévoles concrètes opérées directement par le Fonds de dotation et le financement d’organisations à but non lucratif. Cela passe par l’accompagnement des populations fragilisées par la résilience alimentaire en France et sur le bassin méditerranéen et dans un premier temps le Liban ; puis par la participation à la préservation de la biodiversité qui compose l’ensemble du vivant.

 

Quand Omar Abodib a créé le fonds de dotation et m’a proposé d’en être, je ne savais pas alors combien cela m’apporterait…

 

Mon « rôle » si je dois le résumer se centre autour de mes écrits et de mon premier roman en particulier. Je continue à verser les bénéfices des ventes du livre au Cèdre Solidarity. 

Pour cela, je suis engagée dans différents projets littéraires, culturels et solidaires. Je sollicite des librairies, espaces culturels et autres salons du livre pour venir parler de la genèse du roman et rencontrer les lecteurs ; je prends contact avec des associations dont le but est de promouvoir et valoriser la Francophonie ou le Liban et son patrimoine ; ou bien encore j’interviens auprès des jeunes en collèges et lycées et je propose tout un travail autour de mon roman.

 

Comment intervenez-vous auprès des jeunes ?

Je présente mon roman à quelques classes à partir de la 4e après avoir introduit la genèse du livre et son cheminement jusqu’à l’action solidaire qu’il défend. Je propose des lectures d’extraits à voix haute pour les immerger dans l’histoire, ainsi qu’un petit atelier d’écriture tous ensemble. Suite à cela, les élèves lisent le livre avec leur professeur et une production écrite ou plus libre leur est demandée, en puisant leur inspiration dans le roman et le Liban. Nous nous retrouvons quelques mois plus tard pour partager les productions : des lettres entre les personnages, des pages du journal intime de Bassam ou de Camille par exemple, des minis bandes dessinées, des extraits musicaux joués, des illustrations, des élaborations de menus même ! C’est génial de voir les jeunes s’approprier un texte et laisser libre cours à leur imagination ensuite pour exprimer ce qu’ils ont ressenti ou leur interprétation personnelle.

 

Avez-vous d’autres projets d’écriture en cours ?

Oui. J’écris un deuxième roman, très différent du premier puisqu’il ne s’inspire pas de biographie, depuis près de deux ans et j’espère le terminer d’ici la fin de l’année 2022 pour le voir publié en 2023.

J’ai également un troisième manuscrit qui mature depuis quelques mois et dans lequel il me tarde de plonger à nouveau. L’idée d’un quatrième roman prend également de plus en plus de place !

Je souhaite également continuer à m’investir avec le média en ligne Ici Beyrouth régulièrement, en publiant des histoires courtes imaginaires, inspirées du Liban.

 

Terminons par quelques questions très rapides…

  • Un roman qui vous a marquée : Le confident, Hélène Grémillon
  • Un livre qui vous fait rêver : Les contes des 1001 nuits
  • Un personnage qui vous intrigue : Barbe-Bleue ou Henri VIII
  • Un personnage qui vous inspire : Joséphine March
  • Une citation : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. […] » Khalil Gibran

 

Le nom de mon père, 19 €, disponible en librairies et magasins culturels 

Résumé de l’éditeur

 

 

Un roman historique puissant sur le déracinement et la reconstruction par l’amour après la guerre du Liban dans les années 1980.


Bassam Al Jallil a 19 ans en juillet 2006, lorsqu’éclatent les bombardements au Liban. Pour le jeune homme et les siens, le temps se fige, la mort s’abat partout. 

Six ans plus tard, Camille voyage en Italie avec une amie. À Naples, elle rencontre Bassam et est aussi fascinée par lui qu’il l’est par elle. C’est là, loin de ses terres d’origine, que le jeune homme essaie tant bien que mal de survivre au traumatisme qui l’a frappé. Sa rencontre avec Camille bouleverse son fragile quotidien, organisé entre les services à la pizzeria Giulia et les appels vidéo avec sa tante, Rabab, et ses cousins, Assem et Hicham, tous trois restés au Liban. Dès que Camille rentre en France, ils continuent de se découvrir à distance, jusqu’à ce que Bassam change de comportement : en arrêt de travail à la suite d’une blessure et invité au Liban pour le mariage de son cousin, le jeune homme appréhende de renouer avec les traumatismes de son passé et a soudain bien trop de temps libre pour fuir ses pensées. Lorsque Camille revient à Naples pour le voir, les deux jeunes gens remuent le passé douloureux, pour tenter de se construire ensemble. 

 

Seize ans après le conflit isréalo libanais de 2006, l’autrice rend un hommage puissant à ses origines, au courage et à la résilience du peuple libanais.

 

 

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