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La teneur des mots

18/08/2020|André Trad

Quinze jours se sont déjà écoulés sur le drame du 4-8-2020. Depuis l’instant tragique, j’ai essayé tant que possible de me mettre à l’écart des discussions souvent stériles qui ont envahi nos sites sociaux, pour utiliser efficacement ce laps de temps précieux pour tenter de panser les blessures profondes, relever les dégâts, observer, méditer, revoir en play back et en boucle les instants effrayants et marquants que nous avons vécus sans omettre ni oublier les pertes humaines dans nos familles, parmi nos amis et dans notre entourage. 

 

Quand je reviens sur certains des échanges qui ont eu lieu, ainsi que les avis partagés sur les médias par quelques anonymes devenus soudains fins analystes et stratèges, je suis souvent surpris. Par moments j’ai le sentiment que c’est par notre manière abusive de penser et par notre façon de réagir que nous avons tendance à faire du cataclysme un simple fait divers qui sera un jour relégué aux oubliettes. Il y a un fait prouvé et cent fois démontré, nous sommes un peuple à la mémoire courte, un peuple bavard et applaudisseur fort dans les occasions manquées et aussi puissant dans le dénigrement et dans les diatribes verbales creuses et inutiles. 

 

En effet jusqu’à ce jour, nous n’avons réussi tout au plus, qu’à accoucher d’une classe politique qui ne connaît rien des vertus de la planification, de la prospection, de la science, du savoir et de l’éthique, et dont les déclarations ne sont que démagogie, phrases insignifiantes, paraphrases et gesticulations frisant souvent le ridicule et la caricature. Seraient-ils le pire reflet de notre société ?

 

Plus que jamais nous avons toujours fait preuve que notre mémoire est inconsistante et courte. Nous n’avons jamais réussi à entretenir le feu sacré d’une mémoire collective et d’une histoire non sélective et commune. Que de tragédies vécues dans ce pays et que de tragédies cent fois oubliées et mille fois banalisées jusqu’au point d’accepter de brader notre passé, notre territoire, l’eau que nous buvons ainsi que l’air que nous respirons pour quelques gains illicites et quelques satisfactions illusoires et immédiates. Excellent peuple marchand, imbattables dans nos initiatives privées, notre égoïsme nous a aveuglé et avec tout cela, le mercantilisme et la corruption quasi épidémiques, sont devenus des éléments essentiels et récurrents de nos us et de nos coutumes nationales. Parallèlement, la phrase inutile, le propos déplacé dit et redit à la manière du moulin à vent, le temps dilapidé, les espaces perdus, les fonctionnaires désœuvrés, les infrastructures inutiles, les constructions démesurées, les montagnes éventrées, les forêts et les sites dévastés...ne sont que les symptômes de la supercherie nationale et de la corruption devenue criminelle et sanglante. 

 

Parler sans être conscient de la teneur de ses propos.

Considérer les morts et les pertes comme une chance et une opportunité pour une classe politique dévoyée et pour des survivants en sursis.

Se réjouir car le peuple ne peut plus manifester, se frotter les mains car ils n’ont plus le souffle de continuer...

Toutes ces postures ne sont rien que des calamités qui nous prennent d’un échec à l’autre, de défaite en défaite…

Et de plus, certains parmi nous, voudront toujours se réjouir et pavoiser d’une manière tragique, comique et pathétique. 

 

Dans tout cela, je vois avec clarté le pathos dont souffrent ce pays et ce peuple. Son remède est unique. Il consiste surtout à ne plus retenir que les éléments essentiels et les enseignements de l’histoire qui doivent devenir les vrais fondements et les vraies valeurs intrinsèques de ce pays et de tous ses habitants.

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