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Georges Khabbaz avec « Yawmiyat masrahji » crève tous les plafonds du rire intelligent

29/01/2020|Gisèle Kayata Eid

S’il y a une sortie qu’on doit absolument faire cet hiver c’est bien le spectacle inédit, hilarant, comme à l’accoutumée, de l’adulé du grand public qui fait salle comble, chaque soir, même en ces temps difficiles. 

 

Et pour cause. Le jeune prodige de la scène libanaise y revisite tout ce qui peut se dérouler sur les planches à travers les yeux et commentaires du fils du propriétaire d’une salle de théâtre qui a fermé ses portes. Le résultat est un éclat de rire ininterrompu que signe l’auteur-metteur en scène-acteur-compositeur (il compose lui-même la musique et les paroles de ses chansons) qui lance, à travers sa pièce, un immense cri d’amour à sa passion de toujours : le théâtre, dans l’acceptation la plus noble du terme.

 

C’est à partir d’une réflexion personnelle sur son rapport avec cet art si exigeant qui occupe sa vie depuis 22 ans que Georges Khabbaz a entrepris un monologue sur les raisons pourquoi depuis 16 ans, sans répit aucun, il crée, joue, met en scène des pièces de théâtre. De cette démarche est né son dernier opus qu’on pourrait traduire par « Journal d’un dramaturge ». 

On ne s’y trompera pas. L’impact Khabbaz est bien là : un rythme tourbillonnant, une volubilité verbale époustouflante, une gestuelle savamment maîtrisée, des acteurs brillamment menés, de la dérision satirique toute en finesse… 

 

Cela déboule aussitôt que le jeune homme nourri à la marmite du théâtre (l’excellent Amer Fayad) se remémore le temps où il était l’homme à tout faire de son père et qu’il en voyait de toutes les couleurs devant et derrière le rideau. Occasion habile d’éplucher toutes les scènes libanaises. Il y a là le théâtre de l’absurde où personne n’y comprend rien, le théâtre des enfants qui force la dose, le ballet contemporain sophistiqué et élitiste, le théâtre made in France, élégant et savant, les envolées lyriques des opérettes folkloriques nationales, les saynètes intimes, les rimes faciles, les artistes-pommés qui attendent vainement leur tirade et même le critique d’art super tortueux qui tire tout par les cheveux… Tout y passe : le vaudeville, le populaire, le grotesque, le comique, l’ensemble nimbé de subtilité, d’esprit et… de gros rire.

On ne peut que rigoler sur les discours vaseux des cérémonies de décoration, les colloques bavards et vides, les blagues faciles des « stand up comedy » superficielles et en concurrence féroce, les chansonniers en mal de succès… C’est la panoplie quasi exhaustive de ce qui monte sur scène devant un public bavard, exigeant, fatiguant, tatillon, les retardataires insolents, les VIP arrogants, les mégalomanes ridicules… Un microcosme subtil de la société libanaise que cette deuxième partie, plus burlesque, qui suit l’entracte (elle aussi annoncée par des chants et des danses.  Du jamais vu.) Un deuxième acte pensé avec justesse qui renvoie le public à son propre miroir. On retiendra avec plaisir des jeux de mots truculents, un duo délirant avec Fakhreddine, une discussion avec Shakespeare… À voir, à écouter pour les savourer. 

 

Un spectacle qui, dans la sinistrose ambiante, détend, amuse mais aussi transmet l’amour de Khabbaz pour le théâtre et qu’il nous confiera en entretien : « Je fais du théâtre pour entendre les rires et applaudissements, pour être debout sur les planches et me sentir vivant, encore là; pour me fuir, fuir la réalité; arrêter le temps, le dépasser, le laisser passer, me dépasser… Parce que le théâtre est le maître du moment, ce qui nous fait vivre l’instant présent que lui seul nous possédons. Le passé étant indélébile alors que l’avenir ne nous appartient pas. Parce que le théâtre réunit les gens qui partagent les mêmes sentiments et rient et pleurent ensemble. » 

Une belle ode au théâtre libanais à qui, pour le chemin parcouru, Khabbaz voue sa reconnaissance notamment aux vétérans (dont il fait défiler en finale les photos des plus emblématiques) et qui ajoute, résistant : « Un pays qui ferme ses théâtres est un pays qui se meurt. » Encore un autre de ses cris du cœur dont il est passé maître. 

 

Château Trianon, tous les mercredi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche à 20h30. 

Matinée chaque dimanche à 16h30. 

Avec notamment Cynthia Karam, Laura Khabbaz, Amer Fayad, Ghassan Attieh, May Salhab, Joseph Assaf, Omar Mikati, etc.

 

Pour en savoir plus, cliquez ici

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