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Enchanted, une exposition puisée dans le chaos beyrouthin

08/12/2022|Maureen Dufournet

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette nouvelle galerie ? 

Charbel Lahoud : Basé entre Paris et Beyrouth, cela va faire 22 ans que je suis dans le domaine de l’art, je suis un vrai passionné et les murs de ma maison sont recouverts d’œuvres d’art. J’ai toujours voulu m’investir davantage dans le milieu artistique, je voulais ouvrir un endroit qui m’appartiendrait et où je pourrais exposer les artistes que j’avais envie d’aider. Je travaille depuis un certain temps avec des artistes en tant que mécène, que j’accompagne sur la scène internationale mais je voulais faire quelque chose pour le Liban, pour Beyrouth. Je me suis alors lancé à la recherche d’un local qui pourrait accueillir une galerie d’art. Cela me tenait à cœur de trouver un endroit dans la rue Sursock car c’est une rue que je côtoie depuis l’enfance et que j’ai toujours associé à l’art, bercée par ses musées et son bouillonnement culturel. Je suis alors tombé sur une ancienne fabrique d’alimentation pour animaux. Lorsque je l’ai visité j’ai dû faire appel à mon imagination car cela ne ressemblait en rien à une galerie, il y avait des canalisations en plein milieu des pièces, de la poussière de partout et tout était un peu délabré. Mais après trois semaines et demi de travaux nous avons réussi à redonner une âme à cet endroit, avec des couleurs simples, du blanc sur les murs, pour pouvoir embellir au maximum les œuvres qui allaient être accueillies. 

 

Pourquoi avoir choisi de nommer la galerie Chaos ? 

Charbel Lahoud : J’ai toujours eu en tête de nommer la galerie Chaos et les personnes autour de moi ne comprenait pas mon initiative car ils trouvaient que cela était bien négatif de donner ce nom à une galerie d’art. Mais je n’étais pas de leur avis, je trouvais que ce nom reflétait à la perfection qui nous étions. Nous sommes Libanais et le chaos fait partie de notre quotidien, nous vivons avec lui en continu, nous nous réveillons avec le bruit des dépanneurs d’eau, nous nous endormons sous le vrombissement des générateurs, il y a un bourdonnement incessant, un mélange de moteurs de voitures et des discussions, souvent plus hurlées que parlées. Beyrouth est une ville chaotique et mal organisée mais dans ce raffut, nous sommes en train de créer de belles pièces d’art pleine de sens et de convictions que nous voulons présenter. C’est ce que raconte également l’exposition qui s’ouvre samedi. Enchanted reflète la magie qui opère lorsque vous ouvrez la porte de la galerie, vous entrez dans un autre monde, laissez l’obscurité et la poussière à la porte pour vous laisser enchanter par les œuvres proposées par nos treize artistes libanais.

Nous n’avons plus besoin de vous présenter au public libanais, mais pouvez-vous nous expliquer ce choix de laisser le chant un peu de côté pour vous consacrer à la peinture ? 

Matteo El Khodr : Tout le monde me connait en tant que chanteur d’opéra, mais le monde ignore qu’en parallèle de mes études de chant, j’ai également suivi des cours à l’académie de la Grande-Chaumière à Paris, une des plus grandes académies d’Europe ouvrant la voie à l’art indépendant et une des plus prestigieuse dans son domaine. Mais à ce moment, mes professeurs me poussaient à faire un choix entre l’opéra et la peinture. Je me rappelle encore très bien d’un de mes professeurs qui m’avait dit qu’à force de faire beaucoup de choses diverses j’allais finir par ne rien faire du tout. Et cela m’avait tellement marqué que j’avais fini par me décider à m’axer sur le chant, je me disais que j’aurais le temps de revenir à la peinture plus tard alors que le chant avait une date de péremption. Puis est arrivé le covid, une période opportune pour revenir à cet art que j’avais un peu abandonné. C’était un épisode assez difficile pour moi où j’avais beaucoup de choses à raconter : ma mère était tombée malade d’un cancer, il y a eu l’explosion, des déceptions amoureuses, des complications financières… Le Liban passait par de multiples tumultes et j’avais envie d’en parler mais je ne pouvais plus le faire en musique car je n'avais plus de concert, alors je l’ai exprimé sur la toile.

 

Comment qualifieriez-vous votre peinture ? 

Matteo El Khodr : Je suis un passionné de l’Orient, de l’Orientalisme actuel mais d’un autre côté je suis aussi très intéressé par la scène, les costumes, le maquillage, la commedia dell’Arte. Je ne savais pas vraiment vers quoi me tourner alors j’ai regardé autour de moi et je me suis aperçu que l’art libanais était très actuel et très vibrant. Je suis allée dans différentes galeries pour essayer de trouver des sujets peu communs et il se trouve que le théâtre n’avait pas été beaucoup abordé. Dans mes œuvres, je joue énormément sur la schizophrénie, comme c’est le cas sur le tableau d’arlequin, nous ne savons pas s’il s’agit de deux personnalités d’une même personne ou de deux personnes différentes. Sur le tableau de Pierrot je traite de l’androgynéité, nous ne savons pas s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. 

Quelles ont été vos inspirations lors de vos études et comment peignez-vous aujourd’hui ? 

Matteo El Khodr : Quand j’étais à la Chaumière, je fuyais les cours et les visites au musée du Louvre pour aller me réfugier au musée d’Orsay, l’expressionnisme allemand et l’impressionnisme me fascinaient. Mais je suis également bercé par les classiques, peut-être en raison de mon profil de chanteur d’opéra, mais je ne suis pas la rigidité souvent associée à l’art classique. Je suis quelqu’un de très libre, de très coloré et cela se ressent dans mes œuvres, elles sont pleines de vie, de couleur et possèdent une véritable âme. Je suis quelqu’un de très impulsif et c’est pour cette raison que je travaille essentiellement avec de l’acrylique, c’est une peinture qui sèche très rapidement et qui me permet de laisser place à mon imagination et à mes pulsions.

 

L’exposition Enchanted signe votre premier accrochage, qu’en attendez-vous ? 

Matteo El Khodr : J’ai décidé de commencer dans la galerie de Charbel car c’est quelqu’un que j’apprécie sincèrement. Il a un esprit de galeriste et sait parfaitement ce qui peut plaire et ce qui ne plait pas. A côté de cela, il soutient concrètement les artistes et n’est pas simplement animé par le marché de l’art. Je voulais travailler avec quelqu’un de confiance, qui me dise sans aucune gêne ce qu’il pensait et ce que je valais en tant qu’artiste. Lors de cette exposition je vais présenter certaines œuvres de ma série La Divine Comédie et deux toiles du Souffle nouveau de l’orientalisme, des œuvres qui interrogent sur l’ambiguïté, sur des sujets peu abordés et toujours engagés ! Aujourd’hui, ma carrière de chanteur est à son paroxysme ce qui m’a poussé à me tourner vers un nouvel art pour laisser parler ma créativité et transmettre les messages que j’ai envie de laisser dans ce monde. 

 

Pour en savoir plus, cliquez ici

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