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Chronique d’un Parisien à Beyrouth #1

03/03/2022|Jérôme de Rivoyre

Ma décision et mon départ furent immédiats, spontanés, instantanés, précipités. Le temps de remplir un sac de quelques vêtements et me voici dans l’avion.

Comment ne pouvais-je ne pas venir en aide à cette amie chère que je n’ai jamais oubliée ?

Une fois de plus Beyrouth la belle venait d’être frappée. Cette ville n’en est pas une d’ailleurs. C’est une femme qui vous prend dans ses bras.

Elle, si fière et courageuse qui se dresse comme un rempart face à la mer, perdait son sang. Elle avait été blessée, ravagée, détruite, humiliée par un souffle inégalé.

Mon arrivée a été proprement surréaliste. Il fait une chaleur suffocante. L’air est torride et sec. L’odeur de la ville me prend à la gorge. La poussière et les gaz d’échappement sont omniprésents. Les bruits de la ville ne sont pas ceux que j’ai connus. Pas de conversations animées dans les cafés mais simplement un silence pesant rompu par des klaxons, une rumeur étouffante, un bruit sourd, une respiration courte, difficile, haletante. La Grande Faucheuse est là, se faufilant à travers les immeubles.

J'ai un pincement au cœur en traversant à toute allure cette ville que j’aime tant et aussi un peu terrifié dans un taxi d'un autre âge. 

Cette étreinte ne me quittera plus tout au long de mon séjour. 

C'est justement pour aider à effacer ce sang répandu depuis l'explosion du 4 août dans les immeubles, les appartements et les maisons qui ne sont plus que ruines, que je suis ici. 

Comme le monde entier, j'ai été terriblement choqué par les images diffusées dans les médias et ma décision a été immédiate : Y aller !

En arrivant, le choc de retrouver Beyrouth méconnaissable. C’est un champ de ruines au milieu duquel je vois une armée casquée, masquée, gantée, composée de volontaires de tous âges, de toutes nationalités qui donne d'eux-mêmes au milieu des gravats, des verres brisés, des pierres, pour que les habitants retrouvent enfin leur foyer. 

On décèle chez chacun d’eux une magnifique personnalité, un beau tempérament et surtout une belle âme. Il en faut du courage au milieu de ces ruines pour ne pas tomber dans le découragement.

France, Espagne, Allemagne, Belgique, ils sont venus de partout pour aider.

On voit dans les yeux de chacun d'eux cette envie de lutter contre le Monstre qui a tout détruit sur son passage et de redonner enfin vie à cette ville. 

Nul ne compte ses heures et ses efforts. Il faut faire vite et bien. Malgré la chaleur suffocante, les difficultés, la poussière, chacun donne le meilleur de soi-même dans une ambiance chaleureuse et sympathique.

Chacun va à sa tâche, armé de sa pelle, de sa pioche, de son balai pour chasser la Chose qui fait tant de mal à Beyrouth et à ses habitants.

Et puis, comme s’il n’y avait plus d’horloges, le soleil tout d’un coup se couche sur cette ville abîmée. La fourmilière se disloque, disparait, chacun rentre chez soi. Demain sera un autre jour de reconquête.

La tâche va être longue mais Beyrouth revivra car tout le monde le sait, « Beyrouth mille fois détruite, Beyrouth mille fois reconstruite ». 

Inshalla !

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