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BEYROUTH BY DAY: Jamaa

16/06/2021|Tania Hadjithomas Mehanna

La rue Bliss qui accompagne la petite ville estudiantine de l’Université américaine garde son calme malgré les 6000 étudiants qui l’arpentent tous les jours et les nombreux cafés qui les reçoivent. À part quelques voitures garées en double file pour déguster la fameuse glace merry cream qui a des goûts d’enfance, la rue ne se fait pas de souci. Le quartier a naturellement adopté le nom de la maîtresse des lieux, l’université. L’harmonie domine dans les bâtiments centenaires d’un des phares culturels de Beyrouth. 

 

Quand on pénètre dans l’enceinte de l’université, tout rappelle son histoire. D’abord les bâtiments préservés, superbes et parfaitement intégrés au paysage, ensuite une impression de pérennité. Dans les jardins, sur les vieilles marches, au creux des arbres centenaires, le temps s’arrête et le campus animé s’inscrit étrangement dans la sérénité. « Ce Collège est pour tous les hommes de toutes les conditions et de toutes les classes sans aucune distinction de couleur, de nationalité, de race ou de religion … » Quand, le 7 décembre 1871, lors de la cérémonie de la pose de la première pierre du Collège Hall, Daniel Bliss, président de cette institution, prononce ces mots, se doute-t-il que, près de 140 ans plus tard, ces paroles résonneront encore entre les murs de ce qui sera l’une des plus importantes universités de la région ?

 

La formidable aventure a débuté lorsque les missionnaires américains qui prêchaient le protestantisme à Beyrouth décident de créer un établissement d’enseignement supérieur répondant aux aspirations des habitants. La Mission protestante de Syrie dépêche alors le révérend Daniel Bliss aux États-Unis pour tenter de convaincre les Américains du bien-fondé de cette idée qui, à l’époque, passait pour audacieuse. Bliss met près de quatre ans à réunir les fonds nécessaires à pareille aventure. Il revient au Liban avec la bénédiction du nouveau monde. L’établissement, baptisé Syrian Protestant Collège, occupe les locaux d’une école à Zokak el Blat et, le 3 décembre 1866, seize étudiants triés sur le volet inaugurent la faculté de lettres. Les choses se mettent alors rapidement en place et un conseil de régents est désigné pour diriger cette institution dont le président sera Daniel Bliss, détenteur du titre de docteur en théologie. En 1867, la faculté de médecine est inaugurée et le Collège élargit peu à peu ses horizons avec des étudiants de plus en plus nombreux. L’enseignement est pratiqué en arabe et en anglais, par des professeurs libanais et américains. Mais vint le temps de passer aux choses sérieuses et le révérend Bliss ainsi que le président du Board of Trustees, Stuart Dodge, se mettent à la recherche d’un terrain à la mesure de leurs ambitions. C’est à Ras Beyrouth, à quelques kilomètres du centre de la ville, que leur choix se fixe sur une parcelle en friche envahie de mauvaises herbes et d’animaux sauvages. C’est de là, décident-ils, que partira le savoir. L’institution prend de plus en plus forme avec l’adjonction de nouveaux pavillons comme le bâtiment médical, le Post Hall, le West Hall et l’observatoire. En 1920, le Syrian Protestant College changera de nom et deviendra l’Université Américaine de Beyrouth répartie sur 300 000 mètres carrés avec une plage privée. 

Plus de 440 000 volumes, 1320 manuscrits, 15 000 microfilms et 4000 périodiques font de la Jafet Library, une des plus importantes bibliothèques de la région. Sur une superficie de près de 5000 mètres carrés, les ouvrages les plus rares côtoient toutes sortes de nouvelles publications mises à la disposition des étudiants conscients de ce trésor national. C’est dès les débuts du Collège que s’est mis en place ce sanctuaire du livre qui se devait d’accompagner les enseignements diffusés. En 1951, un Libanais établi au Brésil, Namy Jafet fait un important don à l’université qui construit alors un bâtiment pour regrouper tous les ouvrages. Aujourd’hui, une équipe de soixante personnes dont dix bibliothécaires professionnels a la charge de conserver précieusement ces trésors inestimables. 

 

Pour voyager dans des siècles d’histoire inondés de lumière, il suffit d’entrer dans l’enceinte de l’université, d’aller à droite, de dépasser le banyan centenaire et de pousser la porte du Post Hall. Fondé en 1868, le musée de l’AUB, le troisième plus ancien musée du Proche-Orient après celui du Caire et d’Istanbul, a fait peau neuve en 2006. Tout a commencé par une donation. Le général Cesnola, alors consul américain à Chypre, décide de céder au Syrian Protestant Collège sa collection de poteries chypriotes appartenant aux périodes s’étendant de l’âge de Bronze à l’âge de Fer. Ces poteries sont intéressantes à plus d’un titre, d’abord par leur incontestable valeur archéologique ensuite par leurs probables similarités avec les poteries levantines. Cette donation est le premier apport à ce qui deviendra le Musée que l’on connaît. Raconter, coucher sur le papier toutes les merveilles qui se présentent à nous dans toute leur splendeur serait réducteur et injuste tant il est important aujourd’hui de faire le déplacement, d’aller admirer ce musée et ce qu’il contient, de prendre la peine de lire les explications, d’admirer les évolutions, de suivre l’histoire. 

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