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BEYROUTH BY DAY: Aїn el Tineh

07/07/2021|Tania Hadjithomas Mehanna

La ville de Beyrouth était riche de nombreux puits. Les habitants qui venaient s’y abreuver leur donnaient des noms affectueux souvent, espiègles parfois, qui avaient tôt fait de s’étendre à tout le quartier. Aïn el Tineh signifie littéralement la source du figuier. Et le nom de Sakiet el Janzir, une des rues principales, dérive aussi d’une source généreuse. Mais, à Beyrouth, ce quartier sera connu sous le nom de Verdun bien que la rue du même nom ait été rebaptisée rue Rachid Karamé en 1990. Mais Verdun c’est Verdun, le lieu privilégié des immeubles bourgeois, des centres commerciaux, des boutiques de luxe, des sièges des banques, du lycée français et de grandes artères très empruntées par des automobilistes toujours pressés qui tentent, dans un déluge de klaxons, de conjurer les embouteillages quotidiens. 

 

Biruta est mentionné sur les tablettes de Tel el Amarna qui datent du XIVe siècle av. J.-C. Ce nom vient d’une racine sémitique qui veut dire puits, bir. En effet, la ville était connue comme la ville aux sept puits. Les Égyptiens, eux, l’appellent Baruth sur une correspondance du pharaon Thoutmosis III. Sanchoniaton, le plus célèbre chroniqueur de la ville dans l’Antiquité, raconte, en 1150, que Birot avait été fondée par Gebal ou Byblos. En 64 av. J.-C. les Romains la rebaptisent Colonia Julia Augusta Berytus. Nonnos de Panopolis la chantera dans ses Dionysiaques sous le nom de Beroe, déesse marine. Les armées arabes lui donnent le nom de Barut alors que les Croisées la surnomment Baurim ou Berot. 

Loin de l’urbanisme moderne des grands boulevards, Aïn el Tineh, c’est aussi de petits quartiers dans le quartier. Des agglomérations de petites maisons agrippées les unes aux autres comme en attente du jugement dernier. L’angoisse des habitants est perceptible. Ils savent que leurs souvenirs d’enfance ne pèseront pas lourd face aux ambitions de ce quartier qui demeure l’un des plus prisés de la ville. Et même s’ils soignent encore leur jardin, ils ne se font pas d’illusions. Entourée de ses enfants et de ses petits-enfants, Hyam Chatila est perplexe. Elle habite une des vieilles maisons en deçà de la route principale de Sakiet el Janzir, dans ce qui ressemble à un petit village. Cinq ou six maisons encore debout, des arbres fruitiers, des poules et des chats. Sous le voile, le regard est triste : « Notre principal sujet de discussion est la vente de notre maison. Céder ou pas ? Tous les jours, des gens se présentent et nous proposent une bonne somme d’argent. Mais ici, toutes les familles hésitent. On est quand même quinze frères et sœurs et c’est notre maison familiale. C’est vrai que c’est tentant parce qu’on n’a même pas de quoi arranger nos maisons fortement endommagées par la guerre. Mais si on part, on ira où ? Je ne pourrai jamais vivre au dixième étage d’un immeuble. Je veux mes arbres et mon potager. Je veux mes plantes et mes fleurs. »

 

Aïn el Tineh, c’est aussi un certain art de vivre. Dans les grandes artères, les restaurants et les épiceries fines succèdent aux boutiques de luxe. Héritées des traditions ottomanes, la plupart des pâtisseries qui font le délice des gourmands sont à base de pâte feuilletée et de miel. Ces douceurs orientales méritent bien leur appellation et leurs noms à eux seuls valent le détour et on se régalera de « nids de rossignol », de « mange et remercie », ou des « avant-bras de la dame ». Durant les fêtes ou les événements familiaux, Beyrouth se pare de douceurs avec des traditions sucrées, du meghlé pour une naissance, des baklawa pour un mariage et la préparation des maamoul, gâteaux traditionnels aux dattes, pistaches et amandes donne lieu à des réunions de voisines où chacune y va de la recette de sa grand-mère qui était, incontestablement, la « reine du maamoul ».

 

À l’abri derrière une petite porte cochère, une magnifique maison du début du siècle dernier donne sur une cour pleine d’arbres. Sœur Anne-Marie a beaucoup d’humour. Elle fait partie de l’ordre des dominicaines françaises qui s’occupent de ce qui est devenu un foyer de jeunes filles. « Cette maison a été construite en 1907 pour loger les militaires français. Quand ils sont partis, ils ont laissé leurs maisons aux religieuses pour qu’elles y donnent des cours. Puis l’école s’est transformée en foyer et nous sommes arrivées en 1996. Nous sommes deux religieuses françaises et une sœur irakienne qui nous aide à comprendre l’arabe. Les cinquante jeunes filles que nous accueillons sont des étudiantes dont les parents sont soit à l’étranger, soit loin de Beyrouth. Elles dorment à deux par chambre et sont vraiment très gentilles. Mais elles me font rire avec leurs coiffures modernes. Le seul homme ici est le jardinier mais il fait bien attention à ne pas regarder les filles. Il faut dire qu’elles sont belles les Libanaises. Et ce qui les rend encore plus belles, c’est qu’elles sont très aimables. » 

 

 

 

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