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Micheline Abi Samra : Beirut Chants, une nécessité

20/11/2018|Nelly Helou

Beirut Chants (BC) entame sa onzième édition et se veut fidèle à sa vocation initiale cherchant à offrir toujours le meilleur tout au long de ce mois de décembre dans les églises de la capitale. Telle est la détermination de sa fondatrice et présidente Micheline Abi Samra, qui se dépense sans relâche pour surmonter toute difficulté de parcours et aller de l’avant. Entourée de son équipe, soutenue par ceux qui croient en ce Festival, et répondant à l’attente du public, elle présente un excellent cru 2018.
Rencontre avec la fondatrice

Nous sommes à un mois de Beirut Chants. Comment se présente cette onzième édition ?
Je dédie cette édition, en premier lieu à la mémoire de ma mère décédée au mois d’avril de cette année et qui était toujours à mes côtés durant ce festival, confie Micheline Abi Samra. L’an dernier alors qu’elle était déjà gravement malade, elle venait assister aux concerts pour me soutenir, me montrer son appréciation. C’était une battante et elle m’a toujours appris à l’être. 
Au-delà de ce sentiment personnel, cette année est spéciale, car le pays passe par une phase très difficile à tous les niveaux : politique, économique, social, au quotidien. Phase difficile aussi au niveau de Solidere où je travaille depuis 26 ans et qui est aussi ma famille. Même la culture est devenue un luxe. Autour de soi on ne voit pas une porte de sortie de ce long tunnel, plus de joie de vivre. Il nous fallait dès lors à Beirut Chants surmonter les difficultés avec détermination pour offrir le meilleur à notre public.
Loin de me décourager, ce contexte sombre a renforcé en moi la conviction que Beirut Chants est plus que jamais une nécessité. Nécessité de poursuivre la mission entamée il y a 11 ans avec les principes de base : la qualité des concerts donné et l’entrée libre. Plusieurs personnes ont proposé qu’on fasse payer cinq à dix dollars l’entrée. Mon refus est catégorique ! Je veux que les gens sachent qu'il y a cette fenêtre d'espoir, d'amour, de fraternité de culture qui leur est offerte sans aucune contrepartie. Il ne leur est demandé que de passer un moment agréable, une belle soirée. 
Je voudrais saluer le l’équipe avec laquelle je travaille, tous des bénévoles de toutes confessions qui ont cru en Beirut Chants. Ils sont aussi acharnés que moi à garder ce Festival intact et vivant et se mobilisent toute l’année pour assurer sa réussite.

Quid du problème du financement de ce Festival ? 
Précisément, c’est le point crucial. Les principaux sponsors avec qui j’ai entamé dès le départ ce festival, ont diminué de 50% et même de 70% leur aide car tout le monde connaît des moments difficiles. Même le ministère du Tourisme a réduit de 20% son aide. Dans ce contexte je tiens à préciser que la Société solidere n'a jamais financé d'un centime ce festival, car beaucoup de donateurs pensent que nous sommes déjà couverts par Solidere. Ce n'est pas du tout le cas. Peut-être que Solidere sponsorise d'autres festivals mais pas Beirut Chants. 
Mais, si l’aide des sponsors de la première heure a diminué, de nouveaux sponsors se sont proposés d’eux-mêmes pour nous aider à faire face au financement. Le fait qu’il se déroule dans les églises à cachet historique de Beyrouth stimule leur appui. Je salue tous ceux, individus, banques, complexes hôteliers, société, institutions, de toutes confessions qui ouvrent leur cœur à notre mission. Chacun sent que ce Festival lui appartient. Je ne peux pas taper à toutes les portes mais je lance un appel pour que ceux qui peuvent aider le fassent car je sais que l'année prochaine le financement sera encore plus difficile.

Par ailleurs, j’aimerais bien que le public de Beirut Chants comprenne que si on donne quelques privilèges à nos bienfaiteurs en leurs réservant de bonnes places avec leurs invités ceci est pour nous la seule façon de les remercier car ce sont eux qui nous donnent l’opportunité de poursuivre. Je vous dis ceci car l’an dernier nous avons eu des critiques et des attaques parfois virulentes dans les médias sociaux ou même ouvertement pour ces quelques privilèges. Certain disaient prenez de l’argent et donnez-nous de bonnes places. Pas question !
Il est de même regrettable de constater que les membres de notre équipe soient parfois pris à parti par certains de façon brusque et incompréhensible, eux qui font de tout pour assurer la meilleure organisation de ces soirées.


2018 : Une des plus belles éditions de ce festival 

Après ces dix années remarquables et nonobstant les difficultés qu'allez-vous offrir pour Noel 2018 ?
Malgré tout ce qui se passe dans le pays et dans nos vies je peux affirmer que cette édition est l'une des plus belles pour ne pas dire la meilleure. Aux côtés des formations musicales et voix libanaises nous avons plusieurs participations de très haut niveau de l’étranger. Le mois s'ouvre le premier décembre, avec ‘la Messe Solennelle’ de Charles Gounod à la Cathédrale Saint Georges des maronites, sous le patronage et en la présence du Premier ministre Saad Hariri qui dès le premier jour a soutenu Beirut Chants. Le 2 décembre sera un moment particulier car nous allons comme l'an dernier éclairer l'arbre de Noël à la place des martyrs dans le cadre d’une belle soirée populaire et je demande à tout le monde d'être présent. Beirut Chants accueillera aussi le grand chef d’orchestre Pierre Bleues le 7 décembre. Le Vatican nous offre chaque année quelque chose de spécial. L'an dernier il m'a offert un très beau cadeau avec ma rencontre avec sa Sainteté le pape François. Cette année il nous envoie sans aucune contrepartie, la célèbre chorale ‘Coro Idica’ formée de 70 à 80 adultes accompagnés de leur conducteur Marco Rovaris. Le concert aura lieu le 9 décembre à la cathédrale Saint Georges. Ce même jour, j’invite le public à assister à 18 heures au concert donné par la chorale des non-voyants en l’église des All Saints, et qui me tient à cœur. Une soirée d’exception : ‘la Serenata espagnola’ avec Xavier de Maistre célèbre harpiste déjà venu au Liban, qui sera accompagné par l’espagnole Lucero Tena star mondiale des castagnettes. C'était mon rêve de les avoir, et ils seront à Saint Maron et je salue le père Richard Abi Saleh au grand cœur.
Autre événement de choix le ‘Beirut oratorio’. La poésie de Nadia Tueini, ‘Beyrouth mille fois morte mille fois revécue’ sera déclamée, avec un accompagnement au piano par Wassim Soubra et un orchestre exceptionnel et se déroulera à l'Assembly Hall. Je voudrais encourager ce genre de soirées poétiques et musicales.
Nous collaborons aussi avec l'Institut français de Paris et avec l’ensemble baroque. De même, les sopranos Samar Salamé et Aline Maalouf, qui vit en France, nous enchanteront. Omar Rahbani petit-fils de Mansour Rahbani, un jeune libanais très talentueux, une étoile montante interprétera ses compositions au piano accompagné d’un orchestre.
La grande surprise de cette onzième édition sera la soirée Soufi à l’Assembly HalL avec la voix d’Ahmad Halawi et les derviches tourneurs. Cette soirée réclamait un budget élevé qui dépassait nos possibilités. Des bienfaiteurs mis au courant sont venus d’eux-mêmes proposer le financement. Je tiens à préciser que Beirut chants ne tire aucun profit de ces soirées musicales. 
Ce ne sont là que les quelques grandes lignes de l’édition 2018 qui sera dévoilée lors de la conférence de presse.

Qu’avez-vous récolté et appris de ces dix années de parcours ? 
Les valeurs et les principes inculqués par ma mère sont enracinés en moi, et m’ont aidée à dépasser les obstacles et difficultés de parcours dans tout ce que j’entreprends. J’ai appris qu’il est essentiel de partager, d’aimer et de rechercher la qualité. Je ressens que mon message est crédible car il vient du fond de l’âme, et c’est ma façon de rendre hommage à mon pays et à sa capitale, chers à mon cœur. Beyrouth sera toujours une capitale que l’on nous envie. 

Quand vous avez lancé Beirut Chants vous pensiez que ce Festival aurait une telle envergure et saura fidéliser un si large public ? 
Oui, car j’étais déterminée à m’impliquer avec tout mon potentiel dans cette mission, et entrainer tout le monde autour de moi pour bien la mener. Croyez-moi, toute chose qui vient du cœur doit avoir une réponse du cœur. C’est l’essentiel. Avec le public de Beirut Chants on est devenu une famille. On ne se connaît peut être pas tous de nom, mais ce sont des visages familiers qui reviennent tous les ans, seuls, en groupe, en famille, on se retrouve dans nos belles églises, dans un même esprit, une même fraternité. Je sens de l’affection diffuse entre nous. Tous les ans dès la fin de l’été les gens que je côtoie interrogent : 'quoi de neuf, quoi de beau cette année'. Vous pensez que je peux leur dire ‘il y a trop de difficultés je ne vais rien faire !’ Nous sommes un peuple résiliant, et vis-à-vis de mon public je dois aller de l’avant et poursuivre cette mission. 
Ce festival de décembre nous permet surtout de nous préparer à la fête de Noël, de méditer, d’accueillir la Nativité du Christ dans une quiétude intérieure, en paix avec nous-mêmes et les autres. Nous en avons grand besoin.

Est-ce que vous rencontrez des difficultés pour avoir des groupes musicaux de l’extérieur ?
Nous sommes déjà bien connus à l’étranger et nous n’avons pas de difficulté à faire venir des chorales et des musiciens. Nous en sommes fiers. Le problème réside dans leur logement sur place et je suis reconnaissante à l’un des grands hôtels de la capitale qui m’a offert de les héberger.
Cette reconnaissance en dehors de nos frontières est dûe en premier lieu à l’action menée par notre directeur artistique père Toufic Maatouk. En Italie à Paris, et ailleurs il donne de multiples interviews, prend contact avec les musiciens pour les inciter à venir animer les concerts de Beirut Chants. Il est une vraie valeur nationale et doit être reconnu et décoré. De même, les médias libanais et étrangers jouent un rôle primordial dans ce contexte. Leurs opinions sont précieuses et nous stimulent à aller de l’avant. Je les remercie et je tiens à remercier l’Agenda Culturel pour son appui continu.


 

Consultez le programme du festival en cliquant ici

 

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