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Soobia ou la chaleur du prodige

28/04/2019|Alain E. Andrea

Soobia, un discours explosif entre le piano et le violoncelle où virtuosité et poésie coexistent dans un univers unique de subtilité et d’imagination, plonge son auditoire au cœur du mystère que recèle la musique de deux jeunes compositeurs libanais : Sary et Ayad Khalifé. Unissant intimement éloquence et vivacité, les neveux du « Bob Dylan du Proche-Orient » édifient des transparences sonores d’une beauté inouïe où la richesse mélodique de la musique traditionnelle arabe s’apparente à la structure et à la forme de la musique savante occidentale et à l’harmonie du jazz, le tout agrémenté de rythmes orientaux. Les frères Khalifé seront en concert ce mardi 30 avril à 20h au théâtre Béchara El Rahi de l’Université Notre Dame de Louaizé. L’occasion d’aller leur poser quelques questions et de plonger dans leur monde fascinant.

« Soobia exprime parfaitement la nostalgie que représente, pour nous, nos souvenirs d'enfance dans lesquels nous avons puisé toutes les ressources nécessaires à notre inspiration. C'est la chaleur humaine et l'authenticité décrites à travers nos yeux de jeunes hommes modernes », note Ayad Khalifé passionnément. En effet, cet album suprêmement équilibré, entre musique et silence, émotions et tempéraments, orientalisme et occidentalisme, parle tant à l’âme qu’au corps. La question qui se posait alors : quel serait le titre idéal pour cette musique « lyrique, authentique et profonde mais aussi jeune et faisant preuve d’ouverture d’esprit » ? « Le mot Soobia nous est apparu comme une évidence. Ce dernier n’est autre que le terme arabe du mot français "salamandre" qui désigne un poêle en fonte à combustion lente qui, outre son utilité primaire, est un objet artistique, massif, orné et éblouissant de beauté qui peut se présenter comme un digne représentant de l'Art nouveau du XXe siècle », expliquent-ils. Financé par AFAC (Arabic Fund for Art and Culture), ce projet met en scène le violoncelle, l’instrument sensuel à voix humaine joué par Sary, et le piano, « l’instrument roi » où la révolte côtoie la sérénité, joué par Ayad. Un duo sur lequel se greffent une batterie jazz, des percussions traditionnelles, une basse et des instruments invités comme la clarinette orientale et le buzuq. Ce mardi soir, toutes les pièces de l’album seront jouées ainsi qu’un nouveau morceau inédit spécialement composé pour l’occasion et qui sera « une sorte d’hommage à Sarkis Koshkarian, notre ancien mentor musical et premier professeur de violoncelle de Sary, une personne très spéciale et chère à nos yeux que nous avons perdu il y a quelques années ». Les jumeaux seront aussi accompagnés par Florient Allirot à la basse, David Paycha à la batterie, Zad Khalifé aux percussions orientales et deux invités surprise, l’un au oud et l’autre à l’accordéon. C’est un voyage enivrant et dépaysant qu’ils proposent de mener avec le public libanais afin de « changer d'air vis à vis de la médiocrité musicale ambiante qui ronge le pays, d'oublier pour un instant les difficultés de la vie et se réunir pendant une heure et demie autour d'une SOOBIA qui brûle à pleine puissance ». Des mots qui ne font que donner l’eau à la bouche aux mélomanes les plus affamés en titillant leur curiosité, et l’envie de mieux connaître ces artistes.

Ayad Khalifé commence ses études de piano à cinq ans au Conservatoire national supérieur de musique du Liban où il obtient avec brio son diplôme à quinze ans. Il joue à deux reprises, en tant que soliste avec l'Orchestre philharmonique du Liban. En 2006, il intègre le Conservatoire National de Région de Boulogne-Billancourt où il étudie le piano avec Paul-André Gaye et la musique de chambre avec Hortense Cartier-Bresson. Quatre ans plus tard, le jeune pianiste obtient son premier Prix de piano à l’unanimité. Il poursuit ses études supérieures en rejoignant le Pôle supérieur de Paris en 2010 et décroche brillamment, trois ans plus tard, son diplôme national supérieur professionnel de musicien parallèlement à une licence en musicologie. Parallèlement, il prend des cours de jazz avec le jazzman Damien Nédonchelle, de musique de chambre avec Jérôme Voisin puis d'improvisation avec Vincent Lê Quang. En 2015, Ayad Khalifé acquiert son diplôme d'Etat d'enseignement du piano au Centre de formation des enseignants de la danse et de la musique. Depuis, il est professeur de piano à temps plein aux conservatoires Oliver-Messiaen et Alberic-Magnard. Il participe à plusieurs concerts en France comme à l'étranger dans les salles les plus prestigieuses dont la Place des Arts à Montréal, le Barbican Hall à Londres, le Qatar National Convention Centre à Doha ou encore le Grand Palais de Paris.

Quant à Sary Khalifé, il débute ses études pianistiques à l’âge de cinq ans mais suit, en même temps des cours de violoncelle à partir de sept ans sous l’égide du professeur Sarkis Kochkarian. A douze ans, il interprète le concerto pour violoncelle no.1 en la mineur de Saint-Saëns avec l’Orchestre philharmonique du Liban puis trois ans plus tard le concerto pour violoncelle no.2 en ré majeur de Haydn avec le même orchestre. Deux concerts qui, de par leur magistrale prestation, ont ébloui les mélomanes qui ont applaudi à tout rompre. En 2004, le violoncelliste libanais est admis sur concours au célèbre West-Eastern Divan Orchestra dirigé par le virtuose international Daniel Barenboïm, avec lequel il sillonne les plus grandes salles de concert. Parallèlement à cette jeune carrière, Sary intègre, en 2006, la classe de Xavier Gagnepain au CRR de Boulogne-Billancourt, et obtient, en juin 2008, son premier prix à l’unanimité. En 2011, il est admis au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris où il peaufine son talent sous la supervision de Rolland Pidoux, Xavier Phillips, Marc Coppey et Pauline Bartissol. En janvier 2013, il interprète avec son frère Ayad Khalife (piano) et Karim Saleh (violon) l’incontournable triple concerto de Beethoven avec l'Orchestre philharmonique du Qatar sous la direction de Michalis Économou. Par ailleurs, Saryfut, entre 2017 et 2018, membre de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg.
Forts de leur expérience musicale, les frères Khalifé refusent toute « attribution automatique de mérite » liée à une appartenance familiale : « Tout ce que nous avons pu acquérir jusqu’à maintenant, n’a été que le fruit de notre propre travail. Ce fut un chemin semé d'embûches et chaque étape de notre vie musicale a été un combat acharné. Aujourd'hui, nous pouvons dire, la conscience tranquille, que nous avons évolué loin de la carrière musicale de notre oncle ». Les deux artistes tiennent à exprimer, toutefois, leur reconnaissance à leurs parrains musicaux : « La musique de Marcel a tout de même laissé une trace dans notre constitution musicale et c'est un honneur de porter son nom de famille. Il a œuvré et participé à notre éducation musicale en France, tout comme notre père. Et rien que pour cela nous les remercions du fond du cœur ». Et de conclure, un dernier mot aux libanais : « Nous vous attendons nombreux, ce mardi 30 avril, pour partager avec vous, pour la première fois, notre deuxième album au Liban. L'occasion est parfaite grâce aux efforts de l'Université Notre de Dame de Louaizé, le Conservatoire national libanais et tous les sponsors qui ont voulu que ce projet voie le jour sur la scène libanaise. L'entrée est gratuite ! »







 

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