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Nayla Chidiac, plusieurs vies en une

11/06/2019|Zeina Saleh Kayali


Nayla Chidiac est docteure en psychopathologie, psychologue clinicienne, fondatrice des ateliers d’écriture thérapeutique au Centre hospitalier Sainte-Anne, spécialiste du traumatisme psychique chez les adultes. Mais pas seulement. Car Nayla Chidiac est également poète et son œuvre, belle et mystérieuse, est publiée aux éditions de la Librairie-Galerie Racine (quatre recueils à ce jour : ‘Le Pays où les arbres ont peur’, 2010 ; ‘L’Aube à genoux’, 2012 ; ‘Une nuit un matin’, 2015 ; ‘La Flûte de Haschisch’, 2019). Elle raconte son parcours à l’Agenda Culturel.

Comment êtes-vous ‘tombée’ dans la poésie ? 
Je suis tombée dans la poésie très tôt grâce à Paul Eluard et Georges Schéhadé. C’est la poésie surréaliste qui m’a montré quand, j’avais 15 ans, le chemin de la liberté. La poésie affranchit des carcans sociaux et familiaux. 

Est-il facile de concilier votre vie de psychothérapeute et de chercheuse avec celle de poète ? 
Je revendique tout d’abord ma vie de mère ! Elle est mon absolue priorité. C’est une chance au 21e siècle en tant que femme, de pouvoir avoir une liberté de choix de vie. Cette liberté nous l’obtenons grâce à une autonomie qui nous vient de notre métier. Poète aurait pu être mon métier mais je ne l’ai pas envisagé. 

Pourquoi ? 
Dès mon plus jeune âge, j’étais dans un désir de soin. C’était pour moi la voie à prendre, et c’est une dimension qui a primé dans ma vie. La littérature était une passion, je lisais avidement et j’écrivais, mais je n’imaginais que l’on puisse en vivre, faire un métier. Peut-être est-ce l’influence de l’éducation que j’ai reçue. 

Vous avez pourtant combiné écriture et soins par le biais de vos ateliers d’écriture thérapeutiques. Comment est-ce arrivé ? 
A l’hôpital Sainte Anne où je travaillais, nous fonctionnions beaucoup par le biais de l’art thérapie avec les malades : peinture, musique, sculpture, danse. Mais il n’existait pas d’atelier d’écriture. Je l’ai donc créé. C’était un sujet que je possédais. Ce n’est pas un atelier pour littéraires mais un atelier thérapeutique où j’utilise la médiation de la littérature comme moyen thérapeutique, car tout le monde n’est pas nécessairement dans le verbal. Certains s’expriment plus librement par écrit. 

Ces ateliers ont conduit à la publication d’un ouvrage de référence sur le sujet ? 
Comme j’étais dans un service hospitalier universitaire et que nous sommes tous amenés et encouragés à faire des recherches, j’ai commencé par publier plusieurs articles et j’ai alors été contactée par des éditeurs qui ont réalisé qu’il n’existait pas d’ouvrage sur le sujet. Atelier thérapeutique d’écriture a été publié en 2010, puis une deuxième édition enrichie est sortie en 2013. 

Quels sont vos projets ? 
J’écris un autre ouvrage sur les ateliers d’écriture, qui ont le vent en poupe ! Mais ce sera moins universitaire, plus accessible au grand public. 


 


 

ADA


 

Nabokov

M’intimide terriblement


 

Alors je lui écris

Pourquoi je ne peux pas

Ecrire


 

Paradoxe

Liaison fatale

A l’écriture


 

Découpage

Collage

Du mot


 

Le vent s’est pendu

L’espérance noyée

Et le sens caché de

L’écrit transpercé


 

Couper le mot

A la verticale

Ou 

A l’horizontale

Il faut trancher


 

Alors Nabokov je vous hurle

Je me consumerai 


 

Je perdrai ma féminité

Ma virilité 

Je perdrai la raison

Je succomberai à la passion

Pour devenir

Ecriture 


 

Extrait de La Flûte de haschisch

Librairie-Galerie Racine Paris


 

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