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Ramzi Salman : ‘‘L'ADN de Bkerzay c'est le retour à la terre’’

28/06/2019|Hatem Lahoud

Directeur du groupe de construction A.R. Hourie, Ramzi Salman est aussi un rêveur qui a lancé un village eco-touristique dans le Chouf de son enfance, sur un domaine de 200.000m2. Rencontre.


Vous êtes connus pour avoir travaillé sur des projets très urbains comme le port de Beyrouth, la mosquée Al Amine ou Zaytounay Bay. Qu'est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans un projet comme Bkerzay, loin du tumulte de la ville ?
C'est très différent. Je suis chef d'entreprise dans la construction et architecte de formation. Bkerzay est un projet privé, une passion née d'un rejet personnel de la détérioration de l'environnement et des constructions sauvages au Liban ces 50 dernières années. Ce projet est le résultat de plusieurs décennies de réflexions. Mon ambition était de retrouver le charme et la beauté unique au monde du Levant que nous avons perdu. Nous avons voulu donner un exemple de développement durable qui ramène les visiteurs au Liban d'avant la guerre.

Que propose Bkerzay concrètement et qui sont ses visiteurs ?
Le but premier était de redynamiser cette région et de la faire redécouvrir aux libanais, notamment les Beyrouthins. L'idée c'était de promouvoir les valeurs de cette région et encourager son artisanat. Nous avons rouvert des ateliers de poterie artisanale de la vallée El Kadi que nous avons mis en lien avec des artistes. Nous produisons aussi de l'huile d'olive, du miel et du thym. Rapidement, nous avons voulu passer la vitesse supérieure et créer un petit village et accueillir les visiteurs pour que Bkerzay soit auto-suffisant. Il y a 34 unités d’hébergement, un restaurant, un hamam traditionnel avec salle de massage et piscine et nous venons de terminer la construction d'un amphithéâtre. Le domaine est aussi proche de la réserve de Baakline et de ses sentiers de randonnées en pleine forêt. C'est un échange gagnant-gagnant. Les urbains et les touristes étrangers viennent se ressourcer et profiter de la nature et leur pouvoir d’achat plus élevé permet de faire vivre les habitants de la région. En totalité, il y a une centaine de familles locales qui bénéficient de ce projet. On compte aussi 70 à 80% de visiteurs libanais pour 20 à 30% d'étrangers. C'est aussi une façon de montrer que les projets comme celui-ci ne sont pas des utopies, c'est économiquement viable.

D'où vient votre attachement à cette région et comment cette aventure a-t-elle commencé ?
Bkerzay est situé entre Baakline et Deir Dourit dans le massif du Barouk qui se caractérise par une biodiversité rare au Liban. Baakline est le village de ma mère, j'avais l'habitude de passer mes étés dans la maison de mon grand-père. C'est une région qui m'est très chère. Contrairement au littoral, la région du Chouf et la réserve de Baakline ont été très préservées des constructions sauvages pour des raisons qui tiennent autant au leadership politique qu'à l'attachement des populations pour leur environnement. C'est cet esprit que j'ai voulu conserver. L'ADN de Bkerzay c'est le retour à la terre. Le village que nous avons construit n'occupe que 15% du domaine, tout le reste est une surface boisée. Nos constructions répondent aux normes environnementales américaines et sont alimentées par l'énergie photo-voltaïque. Nous avons aussi installé un centre de collecte des eaux usées. L'idée était de rentrer en synergie avec la nature.

Ce genre de projet eco-touristique est de plus en plus en vogue. Vous y voyez le signe d'un changement d'époque ?
Malgré tout ce qui se passe dans la région, ses tiraillements et ses conflits, il y a une partie de la population qui veut croire que la situation peut changer et qui œuvre dans ce sens. Depuis les années 90, il y a de nombreuses initiatives qui vont dans le bon sens. J'aime dire qu'il faut avoir de projets qui réconcilient les libanais avec leur pays. A ce titre l'environnement doit être une préoccupation commune, ce qui est encore très loin d'être le cas. Mais il y a une quête d'authenticité, un retour à la terre qui s'impose chez de nombreux libanais et qui créé un cercle vertueux. L'industrie de l'éco-tourisme se développe et attire de nouveaux investisseurs. Le Liban a connu des dégâts irréparables, mais il faut sauver ce qui peut l'être.



 

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