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Sur les toits de Bourj Hammoud

Art

EXPORENCONTREART
29/09/2021|Jorge Ballif

C’est de la fenêtre de son appartement d’enfance que Maral Der Boghossian nous raconte, à coup de pinceau, ses souvenirs, ses peurs et ses espoirs. L’art de Maral Der Boghossian est urbain, onirique, identitaire : il nous transporte aux confins de l’orient et de la banlieue nord-est de Beyrouth, toujours sous un soleil éclatant. C’est à l’occasion d’une exposition collective sur le thème du post-colonialisme à laquelle elle participe que l’artiste peintre libanaise d’origine arménienne s’est confiée à l’Agenda Culturel.

Quand elle arrive pour me rejoindre à la table de ce café du nord de Gemayzé, la discrétion et l’humilité dont elle fait preuve pourrait presque faire oublier que Maral Der Boghossian est une artiste confirmée, avec derrière elle une vingtaine d’années de carrière dans le monde de l’art. Artiste peintre, photographe, enseignante, c’est en tant qu’enfant de Bourj Hammoud qu’elle a choisi de s’ouvrir à l’Agenda Culturel. 

Tout commence, petite fille, sur le balcon de son appartement de la banlieue nord-est de Beyrouth. C’est là que le premier contact, décisif, se fait entre la jeune artiste et ce qui deviendra par la suite sa principale source d’inspiration : les toits du quartier de Bourj Hammoud. Comme beaucoup d’autres libanais de cette génération (elle nait en 1976) son enfance est marquée par un état de guerre constant, et donc par la peur, elle aussi constante, de voir sa maison, son quartier, son monde, être détruit. C’est dans ses rêves que surgissent les effets de cet environnement traumatisant : même après la fin de la guerre, elle ne peut s’empêcher de voir en rêve les ruines de ces toits détruits par la violence des hommes. 

Elle, elle voit son « obsession » à peindre ces toits dans un parfait état depuis 25 ans comme l’expression d’un sentiment d’insécurité, ou comme la volonté de s’approprier ce paysage pour mieux le protéger. L’artiste veut donner un caractère « lumineux et radiant » à cet environnement qu’elle peint. Le but recherché étant de ramener l’observateur à un passé proche qui inspire l’espoir d’un futur meilleur. Le ciel bleu rayonne et illumine les bâtiments qui nous font ressentir le collectif et l’accueil, deux aspects propres à la vie de ces quartiers. 

 

Cette peur de perdre son identité, ce qui est proche d’elle aussi bien géographiquement que culturellement, est un thème central de la peinture de Maral Der Boghossian. 

Ce sentiment de peur a été ravivé par l’explosion du port de Beyrouth qui a détruit en partie la maison où vivait toute sa famille dans le quartier de Mar Mikhael. Sa dernière série, qu’elle expose à la galerie Minus Two et qu’elle a sobrement intitulé Beirut cityscapes paintings 2021, émane directement de ce besoin de réconfort et de sécurité que la destruction de sa maison a engendré. 

Mais cette crainte de l’artiste se change parfois en volonté, en hargne : il est très important selon elle de ne jamais oublier d’où l’on vient, de ne pas oublier ses racines. C’est cette volonté qui est eu cœur du propos postcolonial de l’artiste. En mettant en scène sur certaines de ses toiles des miniatures de personnages du folklore arménien et perse dans des décors de paysages urbains à l’occidental, Maral Der Boghossian critique la disparition des cultures traditionnelles orientales au profit d’une forme d’uniformisation culturelle dont l’urbanisme est un trait caractéristique. Au contraire, elle célèbre l’affluence des héritages culturels qui composent son identité, son pays, sa ville. 

 

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