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Sanctions, embargos et blocus

Livre

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15/01/2023|Zeina Saleh Kayali

Alors qu’elle publie Guerres silencieuses, embargos et blocus au Moyen-Orient de 1948 à nos jours, aux éditions Geuthner à Paris, la géopolitoloque Carole André-Dessornes se confie à l’Agenda culturel. 

Il s’agit de votre quatrième ouvrage sur la région du Moyen-Orient. De quoi parle-t-il exactement ? 

Mon dernier livre traite des sanctions, plus particulièrement des embargos et blocus qui ont frappé et frappent encore la région du Moyen-Orient au sens large.

C’est un livre qui a nécessité quatre ans de travail : travail de recherches notamment aux Archives diplomatiques, enquêtes, analyses etc. Avant tout il s’agissait pour moi de me pencher sérieusement sur les conséquences des sanctions imposées par certains pays à d’autres, d’analyser et de mettre en avant leurs conséquences sur la vie quotidienne des populations. C’est un sujet dont on parle très peu et qui mérite que l’on s’y attarde. 

 

Et quelles sont ces conséquences ? 

Elles sont multiples et souvent extrêmement toxiques pour les populations. Pour ce qui est de la région, les sanctions n’ont guère fait plier les régimes qu’elles prétendaient punir, elles ont en revanche fait terriblement souffrir les populations. Prenez l’exemple de l’Iran qui croule sous les sanctions. Est-ce que cela empêche le régime en place de semer la terreur ? Absolument pas. Les sanctions pour violation des droits de l’homme n’arrête pas le pouvoir en place dans sa détermination à écraser les protestations, et ce par tous les moyens. 

L’effet escompté n’est absolument atteint, à part bien sûr peut-être donner bonne conscience aux pays qui édictent les sanctions. Ne rien faire serait aussi préjudiciable. Les embargos et blocus peuvent encourager le régime du pays sanctionné à tirer profit de cette situation pour renforcer son emprise sur la population déjà à bout. 

 

De quelle façon ?

En créant une économie parallèle, un marché noir auquel n’ont accès que les plus fortunés et en général les proches du régime, en favorisant la corruption et le clientélisme, en nourrissant un certain patriotisme et en divisant la population, plaçant l’opposition dans le « collimateur » prétextant que celle-ci est à la solde de pays « sanctionneurs » ? Voyez l’Iran par exemple. En quoi les multiples sanctions qui touchent ce pays ont-elles affaibli le régime ? En rien ! Il est toujours répressif. On le constate chaque jour. 

 

Vous parlez également de l’exemple syrien ? 

Oui, c’est un sujet qui n’est plus beaucoup évoqué depuis un moment déjà car actuellement l’Occident est concentré sur la guerre en Ukraine. Mais la guerre continue en Syrie et l’Etat islamique reprend du « poil de la bête ». Les sanctions qui ont été prononcées contre des membres du régime syrien n’ont en rien arrêté sa politique répressive. Le clan Assad est toujours en place et au final sa priorité est sa survie, et à ce titre il continue à agir « quasi » en toute impunité. Sans compter que le Liban est aussi indirectement impacté par certaines de ces sanctions. 

 

Vous évoquez dans l’ouvrage la catastrophe humanitaire irakienne suite au blocus imposé par les Etats-Unis et la Grande Bretagne ? 

Les premières sanctions ont été imposées très rapidement après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein au cours de l’été 1990. Mais très rapidement l’Irak va être confronté à un embargo global, puis la mise en place en 1995 du fameux programme Oil for Food. A plusieurs reprises, les responsables humanitaires sur le terrain ont tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences terribles de cette politique et on demandé aux Etats Unis et à la Grande Bretagne de lever certaines restrictions imposées sur des produits et matières premières nécessaires à la reconstruction et la remise en état d’infrastructures essentielles. Mais les demandes de certains responsables pour alléger ces restrictions ont été rejetées et il en a résulté une catastrophe humanitaire sans précédent, où un grand nombre d’enfants ont trouvé la mort. 

C’est donc toute une population qui a été prise en otage. 

 

Comment se présente l’ouvrage ? 

En introduction, un chapitre historique qui permet de comprendre que les premières politiques coercitives remontent à l’Antiquité où l’on parlait plutôt de sièges. Ce chapitre permet de balayer cette histoire jusqu’à la chute de l’Empire ottoman. Ensuite j’ai expliqué les différents types de sanctions. Puis je me suis focalisée sur les Etats qui me semblaient le plus emblématiques : Libye, Irak, Iran, Bande de Gaza (qui est sous blocus total depuis 2007). J’évoque aussi le Qatar, dont le blocus a été un échec total pour l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis qui l’avaient imposé : ce blocus a, au contraire, permis au Qatar de rebondir, de redéfinir ses priorités et de réajuster toute sa politique d’investissements. J’évoque également le Yémen, le Régime syrien. 

Dans ma conclusion je fais aussi allusion à l’Afghanistan et bien sûr à ce qui se passe depuis le mois de septembre en Iran.

 

Vous ne dites quand même pas qu’il ne faut pas sanctionner ?!

Absolument pas !!!! Je dis que les sanctions doivent être plus ciblées. Les pires sanctions sont les blocus et les embargos globaux, qui souvent sont contournés par des pays qui ne jouent pas le jeu, y compris ceux qui sont parfois aussi signataires de ces embargos !  Ce qui favorise le développement d’une économie parallèle ; Sans compter bien sûr qu’il y aura toujours des hommes d’affaires pour profiter de ce type de situation. Il serait je pense, mais je ne suis pas juriste, temps de mettre à plat toute la panoplie des sanctions, et de voir clairement ce qui est ou pas efficace sans pour autant impacter les populations. 

 

Donc pour nous résumer, des sanctions oui certainement, mais une autre façon de faire ?

Oui, il serait je pense temps de mettre à plat cette question des sanctions, et de voir clairement ce qui est ou pas efficace sans pour autant impacter les populations.

Mon ouvrage est une analyse non exhaustive et objective, qui en aucun cas ne cherche à dédouaner les régimes en place ou disparus qui sont aussi grandement responsables des tragédies subies par les populations, mais qui examine les conséquences des sanctions sur le quotidien, la santé physique et mentale des populations.

 

Vous considérez que ces sanctions sont de véritables guerres, d’où le titre de l’ouvrage ?

Ce sont des guerres bien sûr. Moins spectaculaires que des bombardements ou des déplacements forcés de population, moins impressionnantes mais tout aussi toxiques et meurtrières. Des rapports concernant l’Irak estiment que 500.000 enfants de moins de cinq ans sont morts des conséquences de l’embargo. Situation due au manque de médicaments, à des infrastructures détruites en partie et qui n’ont pu être réparées : des maladies sont réapparues du fait de l’insalubrité des installations d’assainissement des eaux usées, des coupures d’électricité…etc. Alors évidemment ce n’est pas fracassant médiatiquement, mais c’est tout aussi dramatique. 

 

Vous aimeriez que l’on parle plus de ce sujet ? 

Oui, car ces politiques ont profondément impacté les populations, sans pour autant produire les effets espérés par les nations qui les ont imposées.

 

 

 

 

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