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Père Richard Abi Saleh : « Ecrire l’avenir à partir de l’engagement d’aujourd’hui »

Livre

LIVRE
10/02/2022|Nelly Helou

Prêtre libanais maronite du diocèse de Beyrouth, actuellement curé de la paroisse Saint Maron-Gemayzé, Richard Abi Saleh vient de publier un ouvrage intitulé « Un Journal Engagé ». A travers 100 textes poétiques écrits entre avril 2020 et avril 2021 il y exprime ses états d’âme, sa lutte, sa quête, ses émotions. Chaque poème est illustré par Carole Elias économiste de profession mais profondément intéressée par la culture et l’art. 

La signature du livre publié par Calima édition artliban se fera le 17 février à 18 heures à Saint Maron.  Le prix de lancement de l’ouvrage sera de 400.000 LL et le prix des toiles de 150 à 250 dollars. Les recettes du livre et des peintures seront intégralement reversées au profit de la paroisse Saint Maron et de l’Association Drames et miracles.  

 

A l’église de Saint Maron, nous avons rencontré père Richard pour évoquer la conception de cet ouvrage. 

Parlez-nous de la genèse de ce « Journal engagé » 

En fait, pendant le confinement strict et sévère de l’année 20-21, je commençais à avoir un peu plus de temps pour moi, et je me suis trouvé à écrire des pensées, des réflexions que je partageais de temps en temps avec quelques amis, ou sur Facebook, mais je n’avais pas du tout l’intention de finir par un livre. J’avais juste l’envie d’exprimer mes états d’âme, mon confinement, ce qui s’est passé le 4 août, de partager mon quotidien de prêtre engagé aussi bien dans le religieux, le social, que le souci d’être à l’écoute des uns et des autres. Au fil des jours je me suis retrouvé avec 100 textes. Autour de moi, ceux avec qui j’avais partagé certains de mes poèmes, ne cessaient de me dire : imprimez et publiez vos écrits. Pour les dater, j’ai repris le mouvement par rétrospection et c’est la sollicitude des uns et des autres qui a fini par donner jour à cet ouvrage.  

 

Quel sens a le titre de « Journal engagé ». S’agit-il d’un engagement politique humanitaire, social, religieux ?

L’engagement est un tout. Il est politique, humain, social, chrétien, religieux. Mon engagement est celui du citoyen que je suis dans ce pays avec les soucis des uns et des autres parce que nous vivons tous dans la même barque et le contexte de cette année était très spécial pour le Liban.  

 

Vos poèmes devraient donc créer un élan d’engagement chez ceux qui les lisent.

Ceux qui en avaient pris connaissance m’encourageaient sans cesse de les publier en me disant que j’exprime ce qu’ils avaient enduré, ce qu’ils ont envie de dire sans toujours trouver les mots. Moi j’essayais de le dire de façon poétique, colorée par des parfums, par des mots, par des mouvements et il me semble que ça faisait écho.

 

Les 100 poèmes s’étendent d’avril 2020 à avril 2021 Avez-vous fait une sélection parmi l’ensemble des textes écrits ? Y en a-t-il qui ont votre préférence ?

J’ai fait une sélection, car il y a des textes que j’ai gardé pour moi. Et parmi les textes publiés certains ont ma préférence. Mais plutôt que d’en parler j’aimerais souligner que ces textes peuvent être classés sous trois grandes catégories. Il y a ceux qui expriment des états d’âme existentiels, comme la solitude, la peur, le rêve, le partage etc, une façon d’être par rapport à une situation, d’accueillir la réalité qui se présente, de la percevoir, de la vivre… la deuxième catégorie de poèmes a une connotation essentiellement chrétienne, du fait que je suis prêtre dans un contexte bien particulier, celui de Beyrouth. La troisième catégorie est en relation avec le 4 août cette date qui nous a tous profondément secoué, bousculé. Et dans chaque catégorie j’ai un ou deux poèmes qui me sont plus chers, mais je préfère ne pas les signaler pour laisser au lecteur la libre appréciation. 

 

Aviez-vous auparavant ce gout d’écrire ?

Non je n’avais jamais écrit de façon continue et soutenue comme je l’ai fait au cours de ce confinement. Ce désir d’écrire s’est manifesté durant cette année si exceptionnelle à cause du strict confinement, de l’explosion dramatique du 4 août et de toutes ces impasses que vit le pays. Ce fut une année très spéciale pour tous.  

 

Vous continuez à écrire maintenant que vous en avez pris le pli ?

Oui, je continue à écrire.  C’est un mouvement qui a commencé et qui ne s’arrête pas.  

 

Père Richard, quel est votre message ?

Celui d’une espérance engagée. Je pense que tout ce qu’on peut vivre n’est pas à lire dans l’instantané du présent, qui ferme des horizons, mais se dire qu’il y a toujours une avenir à tracer et cela se fait par l’engagement de chacun au quotidien. Pour cela j’ai appelé ce livre « Journal engagé ». 

 

Quel est l’impact des illustrations de Carole Elias dans cet ouvrage  

Carole est une paroissienne de Mar Maroun. Économiste de formation elle est portée vers le monde de l’art et de la littérature et ses illustrations reflètent la densité de chaque texte. Je lui faisais lire mes poèmes elle les illustrait sans rien me dire, et ses illustrations ont donné l’autre versant de l’écrit car aux côtés des paroles il y a aussi les couleurs. Quand j’ai vu que j’avais cent textes et cent illustrations entre mes mains, j’ai réalisé que cela valait la peine de les publier et le livre a vu le jour. Le rôle de l’éditrice Nidal Haddad de Calima Edition Artliban, avec l’apport de Raidy printing ont contribué à donner naissance à ce livre qui est le fruit de notre collaboration à tous, une finalité qui lui donne sa légitimité.

 

Que représente la couverture intitulée « La quête », signée Carole Elias ?

La couverture représente ce que chacun de nous veut y voir. C’est l’ouverture vers l’infini et cette main levée montre que cet infini est possible, que l’engagement rend les choses impossibles, possibles.  

 

Les battements du cœur 

Dans la préface du livre, Philippe Jabre, homme d’affaire et grand mécène écrit : « Dans cette terrible épreuve qui nous a tous frappé au milieu de tout ce malheur, j’ai découvert en père Richard, un homme de foi rassembleur, un homme d’église, de grande culture, de cœur, de solidarité, d’affection et d’attention. Un refuge pour les jeunes, un homme de confiance pour les paroissiens, un sage ». Jabre donne ce conseil au lecteur : « alors écoute ce que le sage à te dire. Profite de son savoir et de son expérience. Lis. Prends du recul. Lis lentement et relis encore ses textes fruits de ses réflexions. Laisse-les imprégner ta personne. C’est ainsi seulement que le message aura passé ». 

 

Il évoque ses liens avec la paroisse saint Maron : « qui remontent à loin dit-il, c’était la paroisse de ma famille, là où mes parents se sont mariés, celle de mon baptême et de ma première communion ». Mais avec la guerre il s’était éloigné de Beyrouth et du Liban pour poursuivre ses études et ce n’est qu’après le 4 août qu’il fait la connaissance de Père Richard dans les décombres du quartier suite à l’explosion du port. « Sa porte était grande ouverte et je fus impressionné par la manière dont la Paroisse avait été transformée en un lieu de secours pour les nombreuses personnes du quartier, leur apportant réconfort, recueillant leurs doléances, écoutant leurs besoins ». 

 

Par ailleurs, dans l’introduction de ce journal engagé on peut lire : « l’auteur n’est pas romancier, mais il aime profondément la vie et sait la déployer à travers ses mots. Il crée des torsades de textes qui s’amarrent bord à bord dans une langue source une langue d’amour connue des sages qui s’enrichit à l’épreuve du temps. Deux piliers fondamentaux enfantés des entrailles de l’auteur rythment les écrits : l’engagement et l’espoir. Engagement d’un homme libre qui nous entraîne le cœur battant sur les pas de ses combats multiples : la fraternité la dignité, la résistance et la justice. Toutes ses valeurs qui ont l’intransigeance des purs mais si bien imbibé d’un torrent d’espoir pour faire triompher la lumière » 

 

Carole Elias illustre les textes par des esquisses parlantes. Acrylique ou aquarelles et technique mixte sur papier « exhalant le rêve pour mieux l’accompagner dans sa course effrénée vers la lumière et parfois rajouter une couleur aux ailes des oiseaux brisés ». 

 

Il en découle un diptyque à deux volets indissociables arpentant une même destinée comme un acte de foi estampillée d’espérance. « Un diptyque infiltré de toutes les émotions du monde, qui nous engage dans un aller-retour persistant entre spleen et idéal, réel et virtuel ». 

 

Nidal Haddad éditrice de l’ouvrage nous parle de sa motivation à le publier : « ce journal dit-elle pourrait être celui de chacun d’entre nous. En le lisant on se retrouve dans chaque mot, ligne, réflexion. Il y est question de la pandémie mais plus particulièrement de l’étendue des drames et difficultés du Liban où l’on ne voit pas la moindre lueur, de l’explosion du 4 août au port et tous les malheurs qu’elle a engendrés. Père Richard est toujours à l’écoute de l’autre, prêt à aider. Ses mots sont expressifs, touchants et reflètent la réalité avec toujours une note d’espoir ».  

 

L’illustration de la couverture « est un symbole dit-elle de la quête de l’être, tel que l’exprime la parole du Christ : « je suis le chemin, la vérité et la vie ». L’homme levant la main vers le soleil symbolise la recherche de la Vérité pour toucher à l’essence de l’être. La main tendue est la main de Dieu, des miracles, mais aussi la main de l’entraide fraternelle.     

 

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