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Kalim Bechara : entre collection et composition

Art

RENCONTREART
04/03/2022|Léa Samara

Kalim Bechara est un jeune musicien libanais établi au Caire. Il est également collectionneur, et il a pris la décision d’acheter exclusivement de l’art libanais. Dans une démarche passionnée, à caractère aussi bien individuel que collectif, il nous explique comment il participe à la diffusion de la culture et de l’esthétique libanais dans la scène égyptienne. 

Quel est votre historique en tant qu’artiste ? 

Je suis musicien depuis l’âge de six ans ; la musique ayant toujours été, et restera probablement ma plus grande passion et source d’inspiration dans la sphère artistique. Paradoxalement, enfant, les cours de piano étaient ma hantise. C’est en prenant du recul sur le concept même de la musique, et sur les émotions qu’elle permet de transmettre que j’en suis littéralement tombé amoureux. À partir de ce véritable déclic, la musique est devenue une addiction. C’est à l’adolescence qu’un de mes professeurs, Monsieur Fouad Fadel, a su déceler et exploiter chez moi un talent pour la composition. J’ai alors approfondi cette direction, ainsi que celles de la science de l’harmonie et de la théorie musicale. Mon chemin artistique est aussi défini et nourri par plusieurs sources d’inspiration, notamment le grand Patrick Fayad, un piano-concertiste franco-libanais. 

 

Vous êtes aussi un collectionneur. D’où vous vient cette passion ? Comment sélectionnez-vous vos peintures ? 

J’ai depuis mon enfance été sensibilisé à l’art par mes parents ; j’ai donc eu la chance et l’habitude d’apprécier les voyages en Europe, les musées à Paris, en Italie, en Espagne. De facto, j’ai réellement été exposé à la beauté des peintures, aux différents courants et artistes, aux détails. En 2018, j’ai acheté mon premier tableau au Liban. Comme pour la musique, c’est devenu une passion, et une addiction, aujourd’hui depuis l’Égypte. L’année suivante, j’ai rencontré Marc Guiragossian, un peintre au talent fou, qui est devenu un ami proche. Marc a participé à faire grandir mon amour pour la peinture libanaise, et surtout ma connaissance de son histoire et de ses nuances. 

Je sélectionne mes peintures selon l’émotion qu’elles me procurent quand je suis face à elles. Je suis très instinctif, il me faut des papillons dans le ventre ! Si je devais identifier un élément qui m’attire à chaque fois, ce serait étonnamment la couleur rose, je ne saurais pas expliquer pourquoi.  Par ailleurs, il y a évidemment un côté entrepreneurial qui me fait considérer le prisme de l’investissement. 

 

Enfin, le plus important, c’est que le tableau me donne envie de composer dès les premières minutes ; chaque œuvre de ma collection est une muse pour moi.

 

Vous ne collectionnez que l'art libanais. Selon vous, quelles en sont les principales caractéristiques ? 

En effet, j’ai une collection exclusivement libanaise. Pour moi, la peinture libanaise est caractérisée par une beauté particulière, unique ; une beauté qui découle directement de la variété des histoires et des cultures rassemblées dans notre petit pays. Par exemple, les Phéniciens ont créé sur ce territoire les pigments de couleur violette ! Plus généralement, le Liban est un mélange à la fois complexe et savant de traditions, mais aussi une jonction entre les cultures de l’Ouest et de l’Est. Au niveau de la création artistique, c’est donc une véritable plaque tectonique. Cependant, c’est désolant de voir que cette richesse est si peu, ou pas valorisée, entretenue, partagée. Je prends donc cette initiative au travers de ma plateforme ArtCairo pour encourager les artistes libanais, il faut bien être patriote ! Il y a de l’Histoire, il y a de la beauté, il y a des artistes, pourquoi ne pas les aider à briller encore plus ? 

 

Comment est-ce que vous percevez la nouvelle génération d’artistes libanais ? 

Concernant celle nouvelle génération d’artistes libanais, le premier mot qui me vient à l’esprit est sans hésiter le talent. Ce talent incontestable est pour moi synonyme d’un potentiel de croissance important, et en cela d’opportunités à l’international. Selon moi, le départ des artistes libanais n’est pas uniquement négatif, car le lien étroit entre la diaspora et le pays est toujours intact. Néanmoins, il est vrai que cette fierté caractéristique et ce sentiment d’appartenance serait d’autant plus bénéfiques directement dans le pays. 

 

Quels sont vos prochains évènements en rapport avec la musique ? 

Mon premier réel évènement date seulement de 2021 ! J’ai joué un récital de piano à la Art House à Gemmayze, à Beirut, en collaboration avec l’artiste Marc Guiragossian. Dans le courant de l’année, je prévois de présenter à Beyrouth ma série de compositions Obsession, inspirée par ma compagne. 

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet de créer des ponts entre les artistes libanais et égyptiens ?

D’une part, ArtsCairo est une manière de rester connecté personnellement au Liban. D’autre part, dans une démarche plus collective, mon objectif est de promouvoir l’art libanais dans l’immensément riche scène culturelle en Égypte. En me plaçant en tant qu’acteur de ce réseau, je cherche, au-delà d’exposer les œuvres de ma collection, à éduquer la sphère des collectionneurs.

 

Vous êtes très actif sur plusieurs pages Instagram. Pensez-vous que c'est le nouveau réseau obligatoire en matière d'art ?

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est une obligation, mais je pense que négliger la valeur ajoutée de son utilisation dans le cadre de projets culturels est une erreur. Tout d’abord, les réseaux sociaux, et en particulier Instagram, sont des outils privilégiés pour informer une communauté en temps réel, dans un monde qui glisse rapidement vers le virtuel et l’instantané. Ensuite, la variété offerte par l’interface Instagram, avec les posts, stories, IGTV, reels permet une communication dynamique et très ludique. 

 

En quoi consiste votre collaboration avec Tamim Metlej ? 

Il y a quelques mois, après avoir acheté une de ses œuvres par le biais d’un collectionneur au Liban, je me suis intéressé de près au travail de Tamim. Après un processus de réflexions et de discussions collectives, nous nous sommes dit que son esthétique serait probablement compatible avec un projet NFT. J’ai alors contacté mon cousin, qui est un spécialiste du secteur des crypto-monnaies, et nous avons commencé à collaborer. D’ici cet été, nous espérons pouvoir lancer notre projet sur la plateforme Opensea, et vendre les œuvres, digitales, et non pas digitalisées (faites sur IPad) de Tamim. 

 

Pensez-vous que les artistes libanais vont adhérer à la tendance NFT ? En tant que collectionneur, pensez-vous que ce nouveau monde, y compris le métaverse, etc. menace l'art physique ?

Je pense en effet que les artistes libanais ont non seulement tout intérêt à se lancer dans les NFT, mais qu’ils sont déjà sur la bonne voie. C’est encore la genèse de cette vague immense. Cependant, je me dis que certains échoueront, lorsque certains auront un succès fulgurant. Dans le secteur des NFT, il ne suffit pas d’avoir le talent. Il faut une stratégie, un management et un marketing bien planifiés ; en somme, il faut une solide équipe technique pour se démarquer et gérer les considérations légales. 

Quant à l’art physique, je fais partie des optimistes. Je considère qu’un tableau dans un musée restera toujours la forme la plus noble de l’art pictural, celle qui transmet les émotions les plus sincères, les plus complexes, mais surtout les plus intenses. 

@artscairo

 

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